La lutte biologique, une méthode efficace

La lutte biologique se généralise depuis qu'un nombre croissant de producteurs ont compris qu'elle pouvait jouer un rôle de premier plan dans leur programme global de lutte antiparasitaire. Nous sommes loin du début des années 1990, lorsque des innovateurs faisaient les premiers pas sur cette nouvelle voie. Mais beaucoup de choses ont changé. Il existe maintenant de nouveaux ravageurs, de nouveaux pesticides (mieux adaptés à la lutte intégrée) et de nouveaux agents de lutte antiparasitaire.

Depuis quelques années, en Ontario, le nombre de producteurs qui adoptent la lutte biologique s'accroît rapidement; parmi les diverses raisons qu'ils invoquent, celle qui revient le plus souvent est la perte d'efficacité des pesticides et l'absence de solutions de rechange acceptables. Beaucoup d'entre eux ont compris que la lutte biologique était la seule option viable qui leur restait, ce qui explique leur détermination.

Les producteurs qui préfèrent encore les pesticides à la lutte biologique justifient leur position de deux façons :

  • Ils perçoivent la lutte biologique comme étant moins efficace que les pesticides;
  • Ils croient également que la lutte biologique est plus coûteuse.

Ce sont là deux obstacles assez importants. Pour les cultures ornementales, l'efficacité de la lutte antiparasitaire est cruciale. Combien de fois avons nous entendu parler de " tolérance zéro " à l'égard des ravageurs et des maladies? (Il se trouve que j'ai de nombreuses réserves sur l'emploi de ce terme, mais nous en parlerons à une autre occasion.) Il est incontestable que les producteurs de plantes ornementales prennent très au sérieux la lutte contre les ravageurs (et avec raison). Et qu'en est il des coûts? Tous ceux qui travaillent dans ce secteur savent quels énormes coûts les producteurs doivent supporter à l'heure actuelle. S'il leur semble que la lutte biologique est plus coûteuse que l'emploi des pesticides, il sera difficile de les convaincre de faire le saut. Et ils seront d'autant plus réticents que cette solution leur paraît moins efficace.

Premièrement, comment pouvons nous vaincre les appréhensions des nombreux producteurs qui doutent encore de l'efficacité de la lutte biologique? Il est facile de comprendre les raisons de leurs craintes. Aux premiers jours de la lutte biologique dans les cultures ornementales, il faut bien avouer que les échecs étaient plus nombreux que les réussites, et les mauvaises expériences sont celles qui sont restées dans les mémoires. On se servait d'agents de lutte biologique moins bons que ceux qui existent aujourd'hui, mais c'étaient les seuls dont on disposait. De plus, beaucoup des pesticides que nous avions il y a 15 ans n'étaient pas compatibles avec la lutte biologique.

Il n'est pas facile de démontrer l'efficacité de la lutte biologique; cependant dans les conversations entre producteurs, on entend de plus en plus souvent parler de succès. La lutte biologique donne actuellement de bons résultats chez une vaste gamme de producteurs sur des cultures aussi diverses que les fleurs coupées (roses, chrysanthèmes, gerberas, mufliers), de nombreuses cultures en pots et plantes à massif, et contre divers ravageurs (thrips, aleurodes, pucerons, acariens, mineuses des feuilles et fongicoles). L'efficacité de la lutte biologique dépend de plusieurs facteurs :

  • Bonne planification
    • On optimise les chances de succès lorsqu'on travaille avec des personnes ayant une expérience préalable de la lutte biologique (autres producteurs, techniciens spécialisés en lutte biologique, spécialistes en communication, consultants) pour éviter les problèmes de résidus de pesticides et s'assurer de faire les bons choix (culture, ravageur visé, partie de la serre, moment de l'année). Il faut avoir des attentes réalistes sur les possibilités de la lutte biologique et connaître ses limites.
  • Programmes de surveillance
    • Les bons programmes de surveillance jouent un rôle essentiel, qu'il s'agisse des populations de ravageurs ou de leurs prédateurs naturels. Diverses stratégies de surveillance peuvent être nécessaires. Les plaquettes adhésives jaunes donnent encore de bons résultats pour les agents de lutte biologique volants comme les abeilles parasites (mais vous devrez apprendre à reconnaître les nouveaux insectes). Cependant, dans le cas des acariens prédateurs, il faut avoir une bonne paire d'yeux et inspecter les plantes soigneusement pour les voir se déplacer sur les feuilles.
  • Adaptabilité
    • La lutte biologique, c'est plus que le simple lâcher d'un nombre prédéterminé d'individus dans l'espoir qu'ils fassent le travail. Les nombreux facteurs qui font de chaque serre un milieu unique peuvent être la culture elle même (et sa planification), la structure de la serre (verre, tunnel de polyéthylène, abri grillagé), le milieu (chauffage, ventilation, irrigation, culture surélevée ou sur le sol) et l'emplacement géographique (Canada ou Sud des États Unis). Tous ces paramètres ont un effet sur le déroulement de la lutte biologique, et le programme doit être adapté pour mettre à profit les particularités de chaque situation.
  • Patience
    • Souvenez vous que vous devez avoir des attentes raisonnables. Il ne serait pas réaliste de croire que cette forme de lutte vous permettra de maîtriser parfaitement tous les ravageurs en quelques mois alors même que les pesticides n'ont pas donné de tels résultats après des années. Et n'oublions pas qu'en faisant appel à quelqu'un qui a une expérience de la lutte biologique, on peut éliminer une bonne part d'incertitude.

En ce qui concerne les aspects économiques, il ne fait aucun doute que l'importance des coûts liés à la lutte biologique peut susciter des réticences. Mais réfléchissons y : si (comme c'est souvent le cas en Ontario) un producteur opte la lutte biologique en raison des mauvais résultats obtenus avec les pesticides, alors on peut faire les suppositions suivantes :

  1. Il existe une population de ravageurs bien établie dans la serre, et les agents de lutte biologique devront devenir assez nombreux pour y faire face;
  2. Le producteur a probablement employé les pesticides en quantité excessive avant d'opter pour la lutte biologique, de sorte que les résidus vont retarder l'établissement des populations de prédateurs.

Et, pour ces raisons, les producteurs qui viennent d'adopter la lutte biologique passent souvent trois à six mois à tenter de réduire les populations de ravageurs à l'aide de pesticides dont les résidus nuisent aux prédateurs. Indépendamment de cela, l'établissement d'un programme de lutte biologique et la maîtrise du ravageur peuvent prendre un certain temps. On compare souvent ce délai (du moins c'est mon cas) à un passage difficile de 6 à 12 mois que les producteurs doivent traverser lorsqu'ils mettent en place un tel programme. Il peut alors survenir des difficultés liées à l'efficacité du programme et à ses coûts, qui peuvent être plus élevés la première année. On évitera des surprises si l'on connaît cet aspect dès le départ. Lorsque les programmes de lutte biologique sont bien établis et que les producteurs les maintiennent sur plusieurs années, leurs coûts redeviennent comparables à ceux des traitements aux pesticides.

Il peut être utile de citer des exemples réels de producteurs qui ont pu maximiser l'efficacité de leurs programmes tout en limitant les coûts.

  • Un producteur de chrysanthèmes en pots était en guerre contre les thrips et les tétranyques, qu'il combattait à l'aide de pesticides depuis plusieurs années, et il était sur le point de perdre la bataille. Le producteur, le consultant en lutte intégrée et un autre producteur ayant opté pour la lutte biologique, après s'être rencontrés, ont élaboré une stratégie qui mettait à profit le fait que les thrips et les tétranyques étaient plus particulièrement attirés par certaines variétés de chrysanthèmes. Le producteur met ses boutures en terre dans une zone à éclairage long pendant quatre semaines. À cet endroit, les plants sont regroupés dans les pots, la température et l'humidité sont élevées, et les conditions sont donc idéales pour l'établissement et la propagation d'acariens prédateurs. Des introductions hebdomadaires d'acariens dans cette zone permettaient de couvrir très efficacement toutes les variétés. Lorsque la culture était espacée dans la partie principale de la serre, avec un éclairage court, le programme portait sur les variétés qui attiraient le plus les ravageurs. Les acariens prédateurs étaient ajoutés uniquement à ces variétés, qui faisaient l'objet d'une surveillance attentive. Cette stratégie a donné de très bons résultats pendant plusieurs années.
  • L'emploi de grandes quantités de bandes adhésives jaunes peut être utile dans un programme de lutte biologique, notamment là où il s'appuie principalement sur les acariens prédateurs (p. ex. si les thrips sont le principal ravageur visé). Si l'on se sert de guêpes parasitoïdes, ces bandes adhésives peuvent en capturer des nombres inacceptables.
  • Depuis le début des années 1990, on emploie des plantes banques pour la lutte contre les pucerons. Celles ci encouragent la multiplication de guêpes parasites des pucerons et leur présence continuelle dans la serre, ce qui permet une maîtrise plus efficace et plus rapide de ces ravageurs. Les producteurs se servent aussi de divers autres systèmes de plantes banques. En Floride, Lance Osborne, PdD, a mis au point un système de plantes banques pour l'acarien prédateur Phytoseiulus persimilis; à cette fin, il emploie des plants de maïs infestés par un acarien appelé le tétranyque des prés. Un autre système met à profit Trialeuroides variabilis (une mouche blanche) pour produire des guêpes parasites contre les aleurodes. En Ontario, les producteurs ont utilisé avec succès l'aubergine et la tomate pour attirer l'aleurode des serres et encourager la multiplication d'Encarsia. D'autres systèmes de ce type sont en cours d'élaboration.
  • Certains producteurs ont leurs propres plantes mères qu'ils conservent toute l'année. Les cultures de plantes mères sont idéales pour l'emploi de la lutte biologique. Il n'y a généralement pas de fleurs dont les ravageurs comme les thrips peuvent se nourrir, la récolte est souvent à long terme, ce qui laisse tout le temps pour établir le programme de lutte biologique, et la culture est très intensive, la future récolte (boutures non récoltées) étant rassemblée dans une très petite superficie. Cela permet une utilisation efficace de la lutte biologique, qui est ensuite transférée au reste de la serre avec les boutures. Certains des programmes de lutte biologique les mieux réussis en Ontario ont commencé dans des plantations de plantes mères.

La lutte biologique est en voie de devenir une stratégie de lutte intégrée très employée en Ontario. Les succès ont suscité la confiance des producteurs, et la nouvelle se répand dans l'ensemble de l'industrie. La lutte biologique n'est plus considérée comme une stratégie à peine acceptable, mais comme une vraie solution de remplacement des pesticides.


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