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Emplacement optimal pour les agents de lutte biologique

Auteur : Gillian Ferguson - spécialiste de la lutte intégrée - Légumes de serre/MAAARO
Date de création : 01 avril 2006
Dernière révision : 01 avril 2006

Les guêpes parasites font partie intégrante des programmes de lutte biologique pour les cultures en serre. Les guêpes appartenant aux espèces Aphidius et Encarsia formosa en sont des exemples répandus; elles sont respectivement utilisées dans la lutte contre les pucerons et les mouches blanches. Ces guêpes sont des agents de lutte biologique particulièrement efficaces en raison de leur aptitude au butinage et de leur efficacité à localiser leurs proies. Dans le cas des cultures en serre, cependant, où les infestations initiales de ravageurs sont isolées ou se manifestent par parcelles, il est possible que les guêpes parasites n'arrivent pas à localiser ces endroits et à supprimer les ravageurs au moment voulu. Il est très important pour les producteurs que les interventions aient lieu au bon moment, compte tenu du fait que les populations de pucerons peuvent, en serre, se multiplier par 12 chaque semaine, selon les températures. Les utilisateurs d'agents de lutte biologique peuvent favoriser l'action de ces derniers en les plaçant dans les cultures de la manière la plus stratégique possible. Le présent article a pour objectif de démontrer l'importance de bien choisir l'emplacement des lâchers de guêpes des espèces Aphidius colemani et Trichogramma pour obtenir une distance de dispersion optimale.

Dispersion d'Aphidius colemani

Pour les lâchers de l'espèce Aphidius, bon nombre de producteurs placent des plantes banques le long des allées principales, à l'extrémité des rangs (Fig.1) qui ont souvent 90 mètres de longueur. Il est vrai qu'il est beaucoup plus facile d'installer et d'entretenir les plantes banques à cet endroit; par contre, dans ce cas, il est plus difficile pour les guêpes de localiser les lieux où se tiennent les pucerons. Des études de terrain réalisées en Allemagne ont démontré que A. colemani peut se disperser de manière aléatoire dans un rayon d'environ 16m du point de lâcher, dans les 24 heures suivant ce dernier. La majorité des guêpes cependant ne s'éloignaient que d'un ou deux mètres du point de lâcher dans les 24 heures suivantes et 88 % de leurs œufs ont été pondus dans les deux jours qui ont suivi l'émergence. De telles données confirment que la plus grande partie du parasitisme par A. colemani se produit dans un rayon de quelques mètres du point de lâcher. L'étude révèle aussi que la mise en place des plantes banques le long des allées ne favorise pas le repérage rapide des pucerons par les guêpes, ce qui complique la lutte antiparasitaire. Une meilleure répartition des plantes banques dans la serre (en les gardant distancées de 40m au maximum) pourrait favoriser la gestion des populations de pucerons.

Fig 1: Plantes banques servant à élever des parasitoïdes de pucerons, placées le long des allées au début des rangs.

Fig 1: Plantes banques servant à élever des parasitoïdes de pucerons, placées le long des allées au début des rangs.

Dispersion des différentes espèces de trichogrammes *

Un essai réalisé en 2003 comparait la distance de dispersion et le taux de parasitisme de masses d'œufs (œufs précédemment congelés de noctuelles des céréales) par Trichogramma ostriniae et T. brassicae dans une serre commerciale de poivrons, en Ontario. Les masses d'œufs sur les cartons ont été placées en quadrillage dans les poivrons, le point central du quadrillage étant le point de lâcher unique de T. ostriniae ou T. brassicae. Les masses d'œufs étaient situées à 3,6m (12 pi) 7,3 m (24 pi) ou 11 m (36 pi) du point de lâcher. Un total de 48 masses d'œufs ont été utilisées pour chacune des trois répétitions. Les œufs ont été placés dans le dernier tiers supérieur de la couverture végétale et les trichogrammes ont été placés à environ la moitié de la couverture à un taux de 200 000/acre (500 000/ha). La collecte des masses d'œufs en vue de déterminer le taux de parasitisme a commencé 96 heures après le lâcher de chacune des espèces de trichogrammes. Le taux moyen de parasitisme était respectivement de 61, 19 et 4 % pour les masses d'œufs situées à 3m, 7,3 m et 11 m, pour T. ostriniae, et 10, 17, et 42 % respectivement pour T. brassicae. Un essai ultérieur, comportant trois niveaux de lâchers (250 000/ha, 500 000/ha et 1 000 000/ha) évalués dans le cadre d'un protocole expérimental semblable, a démontré que pour une distance donnée du point de lâcher, une hausse de la quantité de parasitoïdes à l'hectare n'augmentait pas le parasitisme de manière significative. Par conséquent, c'est la distance et non la quantité de parasitoïdes qui est déterminante pour l'efficacité du parasitisme.

En conclusion, les parasitoïdes sont des agents spécialisés de lutte biologique qui ont des aptitudes manifestes à trouver leurs proies. Toutefois, compte tenu du faible seuil limite de ravageurs tels que les pucerons dans les légumes de serre, ainsi que de la répartition aléatoire et isolée des infestations initiales, il apparaît nécessaire, pour optimiser les résultats, de trouver les endroits qui conviennent le mieux comme point de lâcher.

*Remerciements : Sincères remerciements aux personnes suivantes pour leur contribution aux essais :- Dave Delellis et Xin-Tong Yang de DelSol Greenhouses, Ontario; Jay Whistlecraft du Centre de recherches du Sud sur la phytoprotection et les aliments, Agriculture et Agroalimentaire Canada, London, Ontario; François Fournier, anciennement d' Insecterra, Québec.

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