La philosophie de la lutte antiparasitaireDans le contexte de cet article, le Petit Robert définit entre autres la philosophie comme " le principe général sur lequel se fonde le fonctionnement d'un système ". (On mentionne aussi l'utilisation de la raison et de conceptions dans la recherche de la vérité et de la connaissance de la réalité. Mais, je crois qu'il n'est pas nécessaire d'aller jusque-là et qu'on peut se limiter à la première définition qui a l'avantage d'être au moins plus courte.) Pardonnez-moi si le ton de cet article vous envoie directement chercher une autre tasse de café, mais depuis quelques jours je ne peux m'empêcher de réfléchir à ce sujet (Oui, d'accord. Certains d'entre vous diront qu'il est temps que j'aie une vie en dehors du travail, mais enfin. . .). En fait, ces réflexions me sont venues à l'esprit, car j'ai souvent utilisé l'expression " la philosophie de la lutte antiparasitaire " lorsque je présentais des exposés aux producteurs sur la lutte intégrée (LI) ou la lutte biologique. Je disais plus ou moins quelque chose comme " la lutte intégrée (ou la lutte biologique) implique un changement dans votre philosophie de la lutte antiparasitaire ". Et je l'ai redit encore une fois cette semaine dans le cadre d'un atelier sur la lutte intégrée. Cette expression me vient si facilement que je m'arrête rarement pour penser à ce qu'elle veut dire vraiment (certains diront que ce genre de situation n'est pas rare du tout!). Alors, à quoi est-ce que je fais allusion lorsque j'emploie ces termes? En fait, ce que je veux transmettre à mes auditeurs, c'est qu'il est nécessaire de changer sa façon de penser lorsqu'on passe d'un programme de lutte antiparasitaire fondé surtout sur l'objectif d'éliminer les ravageurs (ce qui est bien compréhensible si on considère que les objectifs des ravageurs sont aussi de supprimer les récoltes) à un programme qui reconnaît que l'élimination demeure peu probable, sinon impossible. Retournons brièvement en arrière. J'ai déjà rappelé dans le cadre de cette chronique les mauvais souvenirs associés aux calendriers de pulvérisation où le choix du pesticide dépendait du jour de la semaine et la période où l'élimination des ravageurs était vraiment l'objectif à atteindre (pas seulement pour les producteurs, mais aussi pour bon nombre de scientifiques et de chercheurs). Des pas de géants ont été franchis par la suite avec le développement du concept de la lutte intégrée (LI) qui ne propose pas nécessairement l'élimination des pesticides, mais qui suggère la possibilité de les utiliser de manière stratégique en combinaison avec d'autres méthodes de lutte qui font appel au bon sens. Le changement majeur dans la manière de penser qui caractérise cette approche c'est que l'efficacité des mesures employées dépend du programme de dépistage des cultures qui permet au producteur de bien comprendre comment ces dernières évoluent. Le dépistage doit notamment porter sur les points suivants :
La réaction du producteur est encore peut-être d'aller chercher sa lance de pulvérisation, mais maintenant il s'en sert en connaissance de cause. Les décisions sont fondées sur la nécessité d'intervenir et non pas sur le jour de la semaine. Les pulvérisations sont moins fréquentes et les insectes sont ciblés avec plus de précision. Non seulement on reconnaît que le dépistage améliore l'efficacité des programmes de pulvérisation, mais on se rend compte qu'il n'est pas nécessaire de tuer tous les insectes utiles. Ce changement de philosophie au sein de l'industrie des plantes ornementales en serre au Canada a eu lieu il y a 10 ou15 ans et cette façon de penser est maintenant bien établie. La prochaine étape de cette évolution philosophique survient lorsque les producteurs choisissent la lutte biologique dans le cadre de leurs programmes de lutte intégrée. D'autres pas doivent alors être franchis, qui peuvent être plus difficiles à accepter que de passer du calendrier des pulvérisations à un programme fondé sur la lutte intégrée. Il faut évidemment pour cela acquérir de nouvelles connaissances :
Acquérir de nouvelles connaissances est une chose (après tout, il s'agit d'une industrie qui est liée aux nouvelles technologies et sciences de l'information). Mais, ce qui est plus difficile, c'est de laisser de minuscules insectes et acariens diriger les interventions de lutte et de leur faire confiance. (Il y a en effet quelque chose de très thérapeutique à pouvoir saisir la lance de pulvérisation, se rendre dans le champ et diriger concrètement sa rancur sur ces fichus pucerons qui s'assemblent sur des chrysanthèmes qui viennent d'éclore et qui sont prêts à être expédiés. Et même si le produit n'est pas aussi efficace qu'il l'était auparavant ou autant qu'on le souhaite, on peut encore avoir la satisfaction que le simple jet du pulvérisateur rappellera aux pucerons qui est le maître). De plus, l'objectif d'élimination
est non seulement impossible, mais n'est plus souhaitable. Après tout,
les agents de lutte biologique ont besoin de proies pour se nourrir. Lorsqu'il
prend la décision de passer à la lutte biologique et qu'il introduit
les premiers prédateurs ou guêpes parasitoïdes, le producteur
devient un facilitateur (comme dit le gouvernement) au lieu d'être un exécutant.
Le producteur peut donner un coup de main, s'assurer que les conditions sont idéales,
surveiller quotidiennement s'il le souhaite les populations de ravageurs et d'agents
de lutte biologique, mais il ne peut pas décider de ce qui se passe lorsque
le prédateur rencontre sa proie. Et c'est ce que je veux dire par changement
de philosophie : accepter son nouveau rôle dans le cadre de son propre programme
de lutte antiparasitaire.
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