Li - le chemin parcouru

De temps en temps je réfléchis au passé, à ma vie et à certains de ses mystères (dont la plupart touchait comment j'allais sortir de l'adolescence). Ces réminiscences m'aident à mettre en perspective l'adolescence de mes propres enfants, quand je réalise qu'ils sont probablement bien plus raisonnables que moi et beaucoup plus résilients que je ne l'étais (sans que cela n'allège ma tâche de parent). Ces réflexions m'ont conduit à faire le parallèle entre nos problèmes de croissance et ceux de la lutte intégrée dans l'industrie des cultures de serre. Quand il m'arrive de douter et que je m'interroge sur nos progrès, une rapide récapitulation des quinze à vingt dernières années me réconforte.

La lutte intégrée est maintenant bien différente de ce qu'elle était quand j'ai commencé dans l'industrie il y a environ 17 ans. À cette époque, l'épandage de pesticides à large spectre à intervalles réguliers était normal à titre de mesure préventive pour protéger les cultures contre certains ravageurs, pucerons et acariens par exemple. On procédait d'ordinaire à des applications hebdomadaires et il n'était pas rare qu'un producteur pulvérise deux fois par semaine pendant l'été. On ne parlait pas de pièges jaunes encollés dans la culture, de programme de gestion intégrée ni de dépistage pour maîtriser les ravageurs et les maladies. La lutte biologique était encore une nouveauté qui avait fait ses preuves dans l'industrie de la production légumière de serre, mais la plupart des producteurs (et des chercheurs) en voyait peu l'utilité dans les cultures de plantes ornementales.

Transportons-nous en 2005. De nombreux pesticides en usage au milieu et vers la fin des années 1980 ont disparu. Pour ceux qui s'en souviennent, pensons à Diazinon, Lesan, Lindane, Manzate, Metasystox, Parathion, Pentac, Plictran, Sulfotep, Temik et Zineb. Des produits beaucoup plus sécuritaires les ont remplacés pour protéger les travailleurs, l'environnement et les organismes non visés; ils sont beaucoup plus spécifiques quant aux ravageurs qu'ils combattent. Des produits comme Avid, Citation, Confirm, Dimilin, Dyno-Mite, Endeavor, Enstar II, Floramite, Intercept, Tristar, Vectobac, Aliette, Compass, Decree, Milstop, Mycostop, Nova, Phyton 27, RootShield, Bonzi, Fascination et Sumagic (même les noms sont rassurants) étaient pour la plupart inconnus quand j'ai commencé à travailler au MAAARO. De plus, les producteurs les utilisent de façon beaucoup plus stratégique. L'usage des pesticides a probablement diminué de plus de 50 % pendant cette période. La rotation entre les familles de pesticides permet de gérer la résistance (quand c'est possible) et elle est pratiquée par la plupart.

D'autres aspects de la lutte intégrée ont aussi changé. Le dépistage des ravageurs et des maladies est maintenant une pratique culturale acceptée par la majorité des producteurs de cultures annuelles qui ont adopté des programmes de surveillance en continu. Dans plusieurs installations, les employés inspectent les cultures et tiennent de dossiers de surveillance. Dans d'autres, on a recours à des consultants en LI qui fournissent au producteur des dossiers hebdomadaires sur les populations de maladies et de ravageurs, auxquels s'ajoutent dans certains cas des recommandations sur la lutte antiparasitaire.

Dans la lutte antiparasitaire, la lutte biologique est passée d'un rôle plutôt marginal à un choix de plus en plus courant, les sondages indiquant qu'à l'heure actuelle de 25 à 30 % des producteurs ont recours à une forme ou à une autre de lutte biologique. Non seulement ils introduisent maintenant des prédateurs en grand nombre, mais ils tiennent aussi compte des organismes bénéfiques venant de l'extérieur et ils en protègent les populations en limitant l'utilisation des pesticides. Les producteurs ont aussi d'autres stratégies :

  • les serres sont couramment festonnées de grandes quantités de rubans jaunes encollés le long de chaque lit ou banc pour la capture en masse d'insectes volants;
  • certains ont mis des moustiquaires aux ventilateurs pour éviter que les insectes volants ne pénètrent dans les serres de l'extérieur;
  • de nouvelles méthodes comme l'usage de plantes pièges, sont mises à l'essai par certains producteurs et spécialistes;
  • on intègre mieux les stratégies de LI de base dans un programme global de gestion antiparasitaire. On adopte de plus en plus de programmes sanitaires et de lutte antiparasitaire contre des maladies comme l'oïdium et la pourriture grise.

Il y a un changement général des mentalités chez les producteurs par rapport à la LI, et cette tendance se reflète aussi dans les conférences auxquelles j'assiste à l'extérieur de l'Ontario et du Canada. Les raisons du changement sont multiples. L'industrie de la culture de serre est étroitement liée à cause de ses similarités aux systèmes de production, aux liens personnels et familiaux et aux relations d'affaires (p. ex. achat et vente de matériel végétal). De la même façon, il existe de par le monde une communauté de chercheurs et de vulgarisateurs agricoles aussi étroitement liée, qui œuvre avec les producteurs locaux à la promotion de la LI. L'information sur la LI et la lutte biologique se retrouve partout dans les livres, sur Internet et elle est au programme des conférenciers partout dans les foires et les salons agricoles. Même s'ils ne cherchent pas délibérément à s'informer, les producteurs ne manqueront pas d'être influencés par l'énorme volume de renseignements auquel ils sont confrontés, en discutant avec d'autres producteurs, en lisant des revues sur le sujet ou en surfant sur le net.

En me rappelant les 17 dernières années, je vois clairement le chemin parcouru. En retournant 35 ans en arrière, je me dis que chacun se doit de vieillir un jour ou l'autre dans la vie (quoique mes enfants semblent en douter quelque peu en ce qui me concerne).

 


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