En savoir plus sur les plantes pièges et les plantes banques - poinsettia et tomate - drôle de couple!

J'ai déjà écrit sur l'utilisation des plantes pièges et des plantes banques dans les programmes de lutte biologique. Voici un bref rappel de cet article :

  • les plantes pièges sont plus attirantes pour certains insectes ravageurs, elles servent à les éloigner de la culture principale;
  • les plantes banques sont en quelque sorte des systèmes d'élevage d'agents de lutte biologique dans la serre.

J'ai déjà expliqué comment combiner les deux fonctions en un seul système et je donnais en exemple des plants de tomates servant à maîtriser les populations d'aleurodes dans le fuchsia. Les aleurodes préféraient les plants de tomates aux fuchsias; les agents de lutte biologique étaient libérés juste sur les tomates où ils se reproduisaient et proliféraient, pour fournir une excellente maîtrise des aleurodes dans toute la serre.

Un producteur de poinsettias du Niagara a collaboré avec Mike Short d'Eco Habitat, firme de consultants en lutte antiparasitaire, et ils ont mené le concept plus loin. Ils ont tenté d'adapter le concept de la plante piège (en utilisant la tomate) à la culture du poinsettia. Il restait une grande question : laquelle des deux plantes serait la plus attirante? On sait que les deux cultures peuvent abriter d'importantes populations d'aleurodes. Qu'arriverait-il si les ravageurs avaient le choix? Les producteurs innovateurs qui osent prendre des risques pour faire progresser la recherche ont toute notre reconnaissance.

Le producteur en question avait précédemment essayé des méthodes de lutte biologique dans la culture du poinsettia, sans grand succès à long terme. Des boutures infestées et la pression de l'extérieur tôt en saison avaient fait éclater les populations d'aleurodes, ce qui avait souvent rendu le parasitisme inefficace. On avait éventuellement eu recours à des pulvérisations chimiques pour maîtriser les populations croissantes d'aleurodes. Pour réussir avec la lutte biologique, il fallait clairement tôt en saison évaluer les populations de guêpes parasites, sans hausser les taux d'introduction, et que la lutte ne devienne dispendieuse. Le travail avec le fuchsia et la tomate a servi comme point de départ de la recherche dans la culture de poinsettia en 2004.

Qu'ont-ils fait?

  • Les boutures de poinsettia ont été repiquées au début août et elles étaient relativement libres d'aleurodes à leur arrivée.
  • Au même moment, on a semé les plants de tomates Beefsteak (en rétrospective, il faudrait procéder quelques semaines avant l'arrivée des boutures de poinsettias, ou alors acheter des plantules d'un propagateur commercial).
  • Une fois la culture de poinsettias repiquée et disposée dans la zone principale de production (10 000 m2), les plants de tomates ont été empotés dans des pots de 15 cm et installés à une distance d'environ 10 m (1 plant le 100 m2). C'était la 38e semaine. On a positionnés les plants de tomates près des poteaux de soutien de la serre et on les a rattachés à ces derniers qui les soutenaient comme des tuteurs (sinon, il faut pincer les plants sur une base régulière pour éviter qu'ils ne deviennent buissonnants et jettent de l'ombre sur les poinsettias environnants).
  • Les tomates recevaient les mêmes apports d'engrais que les poinsettias, mais avaient besoin d'arrosage supplémentaire (à la main) sur le dessus en plus de l'irrigation normale fournie par le réseau.
  • On a commencé par introduire la guêpe parasite Eretmocerus eremicus à un taux de 1/m2 (dans tous les points chauds potentiels de la culture de poinsettia comme les zones plus chaudes, le long des murs, etc.). À compter de la 41e semaine, on a libéré une autre guêpe parasite, Encarsia formosa, seulement sur les plants de tomate, à un rythme de 100 guêpes par plant par semaine.
  • Il y avait dépistage chaque semaine et le producteur recevait des recommandations.

Que s'est-il passé?

  • Une infestation d'aleurodes des serres a commencé sur les tomates quelques semaines après leur installation et le parasitisme par Encarsia a vite suivi.
  • La plupart des plants de poinsettia n'ont pas démontré de problèmes significatifs d'aleurodes.
  • Dans une petite zone, les aleurodes se sont attaqués aux poinsettias, l'Encarsia a été efficace, le parasitisme était évident et on a obtenu une maîtrise complète de la flambée. On a trouvé des guêpes Encarsia à des points à mi-chemin entre les plants de tomates, leur distribution était donc bonne avec cette densité de plants.
  • On n'a procédé à aucun traitement de lutte chimique sur la culture.

Quels ont été les coûts?

Mike Short a consigné des données intéressantes sur les coûts de cette stratégie antiparasitaire et les a comparé à celles de la récolte de l'année précédente avec des pesticides conventionnels.

Materials 2003 2004
Rubans encollés 2400,00 0
Main-d'oeuvre (traitements, distribution des agents de lutte biologique) 825,00 105,00
Produits chimiques 1960,00 0
Lutte biologique (y compris l'expédition) 200,00 1660,00
Total $ 5185,00 $ 1765,00

On a réalisé des économies dans plusieurs secteurs, dont le prix réduit des produits chimiques. En 2003 cependant, le producteur avait aussi utilisé de grandes quantités de rubans encollés pour maîtriser les aleurodes. Il n'a pas eu à le faire en 2004. Il y a eu économie sur les frais de main-d'œuvre. Notons aussi que le système utilisé était de beaucoup moins cher qu'avec une lutte biologique conventionnelle, en distribuant les agents de lutte biologique partout dans la culture de poinsettia. En se concentrant seulement sur 100 plants de tomates, on réduisait grandement les frais de main-d'œuvre et le nombre d'agents introduits.

Est-ce la solution pour maîtriser l'aleurode dans le poinsettia?

Il faut rester prudent.

En 2004 il y a eu peu de la pression venant de l'extérieur. Les températures étaient moyennes et les populations d'aleurodes se sont peu accumulées à l'extérieur. Qu'arriverait-il si des aleurodes entraient en grand nombre par les orifices de ventilation?

  • L'espèce qui prédominait sur la culture était l'aleurode des serres, ce qui est en soi inusité. L'aleurode Bemisia Argentifolii (aleurode de la patate douce) est généralement le plus répandu dans le poinsettia et il est plus difficile à maîtriser. Encarsia, qui a été utilisé avec tant de succès dans cet essai, ne maîtrise pas bien l'aleurode Bemisia Argentifolii.
  • La tomate a fait merveille comme plante piège contre l'aleurode des serres. Serait-elle aussi efficace avec l'aleurode Bemisia Argentifolii?
  • Eretmocerus est un excellent ennemi naturel de l'aleurode Bemisia Argentifolii, mais saura-t-il s'établir aussi bien sur la tomate qu'Encarsia (si les aleurodes sont attirés au départ par la tomate)?
  • Que de questions! La recherche a souvent pour résultat d'en arriver à plus de questions que de réponses, mais petit à petit, les choses s'éclairent.

Ainsi, est-il prématuré de planifier ce type d'approche dans votre culture de poinsettia en 2005? Peut-être pas, mais vous pourriez y songer à titre de recherche personnelle. Demander de l'aide à quelqu'un qui s'y connaît en lutte biologique. Si vous avez la possibilité d'essayer dans une zone restreinte que vous pouvez isoler du reste de vos cultures dans vos serres, c'est toujours une bonne façon de procéder à l'aise. C'est aussi une bonne idée de travailler avec des plants qui vous donnent une plus grande marge de manœuvre. Notons que peu importe la façon dont vous maîtrisez les aleurodes, il faut vraiment une surveillance étroite. Même si les résultats ne sont pas aussi bons que vous le souhaitiez, vous pourrez faire des ajustements avant que les choses ne semblent hors contrôle.

Cette année Mike et ses collègues prévoient poursuivre et chaque essai effectué dans chaque serre et qui s'ajoute à notre banque de données est précieux.

Usine de piège de tomate dans la récolte de poinsettia

Usine de piège de tomate dans la récolte de poinsettia

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