Lis, champignons et fongicoles de pâques
(ou quelque chose comme ça!)
Les lis de Pâques ne souffrent pas de façon aussi évidente
de problèmes de ravageurs que d'autres cultures. Ils ne sont pas envahis
par le thrips, l'aleurode des serres, la mineuse ou les acariens qui rendent la
vie si difficile au producteur d'autres cultures. Oui, les pucerons affectionnent
les lis de Pâques autant que d'autres cultures, mais ils les attaquent sporadiquement
et peuvent être d'ordinaire maîtrisés sans trop de difficulté.
On aura aussi des problèmes dus au ciron des bulbes, même si souvent
les producteurs vont traiter automatiquement contre ces derniers ravageurs assez
tôt en saison.
Les problèmes les plus répandus dans
les cultures de lis sont plus difficiles à détecter car ils sont
sous la surface du sol, en plus d'être souvent étroitement liés
les uns aux autres. Les fongicoles adultes sont de petites mouches noires que
l'on voit rarement sauf sur les pièges encollés ou quand les populations
sont très élevées. Elles pondent leurs oeufs dans le sol
et leurs larves, semblables à des vers, s'y nourrissent de la matière
organique, des poils racinaires, des racines et des champignons. Ce qui nous amène
au problème suivant : les pourridiés. Des maladies comme le pourridié
pythien et le rhizoctone commun peuvent causer de graves pertes économiques
au producteur s'il n'y a pas un dépistage rigoureux de la récolte.
Quel est le lien entre les fongicoles et les pourridiés? Les fongicoles
sont attirés par les végétaux affligés de maladies
fongiques des racines, qui constituent un lieu privilégié pour pondre
leurs ufs. En volant dans la serre, les adultes peuvent transporter des
spores fongiques et les propager à d'autres plants. Leurs larves se nourrissent
aussi des spores fongiques et peuvent les transmettre ce faisant, ou quand elles
deviennent adultes. Les blessures de nourrissement infligées aux racines
par les larves des fongicoles servent souvent de point d'entrée à
de nouvelles infections.
Qu'est-ce qui vient en premier, les fongicoles
ou les pourridiés? Peu importe, l'important est de traiter les deux éléments
qui sont liés, la maladie et le ravageur. Noyer les racines avec un fongicide
ne règle pas tout s'il y a une population endémique de fongicoles
non maîtrisée. Mieux vaut ne pas attendre une infestation galopante,
il faut établir en début de saison un programme de lutte contre
les fongicoles et surveiller régulièrement la croissance des racines
pour détecter des indices précoces de maladies.
Pour éradiquer
les fongicoles, on s'attaque d'abord à la population de larves sous la
surface du sol (on sait que les adultes sont difficiles à éradiquer)
et on commence au plus tôt. Une fois que la culture s'épanouit (fin
janvier ou début février) l'accès au sol est plus difficile.
Il faut commencer le programme dès la mise en terre des bulbes.
Il
existe différentes possibilités. Divers pesticides offrent une excellente
maîtrise des fongicoles. Trumpet en pulvérisation sur la surface
du sol ou un régulateur de croissance des insectes comme Dimilin ou Citation
en arrosage du pied sont très efficaces. Il faut les appliquer environ
une semaine après la mise en terre des bulbes (les fongicoles raffolent
des mélanges de mousse de tourbe nouvellement ensemencés), quand
les pièges encollés en signalent le besoin. Les périodes
vraiment dangereuses sont :
- immédiatement après la
première mise en terre;
- si les bulbes sont refroidis en pot, dès
la sortie du réfrigérateur;
- juste avant que la culture
se referme et qu'il soit difficile d'arroser le pied et de détremper le
substrat de culture.
On peut avoir recours à un agent de lutte
biologique qui offre une excellente maîtrise des fongicoles. Il est primordial
de commencer tôt (dans l'idéal, le premier jour) avant que les populations
ne prolifèrent, autrement les insectes bénéfiques n'ont que
peu de chances de remporter la partie.
On peut utiliser des organismes
bénéfiques. Deux prédateurs, l'acarien Hypoaspis et le staphylin
Atheta, vivent dans le sol et se nourrissent des ufs et des larves de fongicoles
dans les premiers stades. On peut libérer l'un ou l'autre, ou les deux,
au moment de la mise en terre des bulbes. Un seul traitement suffit. On peut aussi
avoir recours au nématode bénéfique Steinernema feltiae,
commercialisé sous différentes appellations. On en arrose le sol
comme on le ferait d'un pesticide. L'insecticide biologique Vectobac s'applique
de même manière. En cas de problèmes récurrents de
fongicoles dans les lis :
- ne pas attendre de voir les fongicoles;
- libérer Hypoaspis ou Atheta ou les deux, au moment de mettre les
bulbes en terre;
- arroser avec les nématodes de sept à dix
jours après la mise en terre et à nouveau quelques semaines plus
tard. Si la culture doit être refroidie, traiter de nouveau après
la sortie du réfrigérateur. Un dernier traitement peut être
utile juste avant que le couvert se referme au point où il est difficile
de submerger le pied du plant;
- inspecter les racines et surveiller tout
indice de maladie.
Personne ne veut être aux prises avec des
nuées de fongicoles pendant les dernières semaines de culture. Il
vaut mieux planifier tôt et s'en tenir au plan de lutte établi.

Figure
1. Larves de fongicoles (à noter les capsules noires sur la tête)
se nourrissant des racines des végétaux.