Lutte contre les limaces et les escargots dans les serres

Les limaces et les escargots ne sont certes pas en tête de liste des ennemis des cultures pour la plupart des serriculteurs, surtout par rapport à des ravageurs d'importance comme les thrips, les aleurodes, les pucerons et les acariens. Ce sont toutefois des ennemis mineurs des plus irritants pour le producteur, qui à un moment ou à un autre doit y faire face, non seulement pour les dégâts qu'ils causent, mais parce qu'il est si difficile de s'en défaire.

La bouche de ces ravageurs, que l'on appelle les gastéropodes (de gastro = estomac et pod = pied), est située sur les dessus du pied, d'où leur nom. Ce sont de petits animaux nocturnes et par conséquent peu visibles. On constate par ailleurs les résultats de leurs activités à la lumière du jour, perforations dans les feuilles, traînées de bave laissées sur le sol et les surfaces des plantes. En réalité ils ne percent pas de trous dans les feuilles, leur bouche agit comme une lime munie de centaines de dents minuscules qui râpent la feuille et la trouent pour lui permettre de se nourrir.

Les limaces prolifèrent dans tout lieu frais et humide, donc dans toute zone au drainage déficient ou qui est mal asséchée comme les bancs d'enracinement, qui sont propices à leur activité. Les dégâts sont surtout nuisibles pour les plantules qui sont souvent complètement détruites. Les cultures de plus grande taille subissent des dommages aux feuilles et aux fleurs, et les disgracieuses traînées de bave sur les plants nuisent à la commercialisation de la récolte.

La lutte chimique se limite à deux types d'appâts différents : l'un avec comme ingrédient actif le métaldéhyde (Slug-Em ou Deadline M-Ps) et l'autre avec du phosphate de fer (Sluggo). Chacun présente certains inconvénients :

  • Le métaldéhyde est un molluscicide spécifique qui ne nuit pas aux insectes bénéfiques ni aux ennemis naturels. Les appâts doivent être répartis uniformément à la surface du sol et non empilés, ce qui pourrait attirer les animaux domestiques et n'assurerait pas de protection adéquate. Dès qu'elles sont empoisonnées par le métaldéhyde, les limaces cessent immédiatement de se nourrir et produisent de grandes quantités de mucus, puis se déshydratent et meurent. C'est un produit toxique, il faut donc s'assurer que les animaux domestiques n'y ont pas accès, surtout lors de l'application quand ils pourraient se méprendre et penser que ce produit leur est destiné. Une fois moisis les granulés ne sont plus efficaces, il faut alors probablement renouveler l'application. Ces dernières années on a amélioré la qualité de nombreux produits commerciaux qui ne se dégradent plus aussi vite.
  • Sluggo présente un grand avantage : il est beaucoup moins toxique pour les animaux. C'est un insecticide d'ingestion à action lente, aussi la limace s'éloigne en rampant et se cache pour aller mourir sans être vue. Ces appâts sont souvent répartis en nombre plus grand que ceux au métaldéhyde et le coût est donc plus élevé. Quand les populations de limaces et d'escargots sont très nombreuses, on peut se questionner sur l'efficacité de la maîtrise des dégâts avec ces appâts.

Il est primordial pour le producteur d'identifier avec précision l'espèce d'escargots ou de limaces responsable des dégâts. Les limaces n'ont pas toutes le même comportement et les mêmes habitudes alimentaires. Certaines vivent dans le sol et s'y nourrissent, d'autres ne touchent pas du tout aux feuilles vertes, se gavent de la moisissure qui pousse sur le sol, mais elles laissent de vilaines traînées de bave et propagent ainsi des maladies aux végétaux. Une fois que l'on sait à quelle espèce on a affaire, choisir la méthode antiparasitaire la plus appropriée. Certaines espèces sont plus faciles à identifier, comme la petite limace grise (Deroceras reticulatum), grise comme son nom l'indique, qui produit une bave laiteuse. Examiner la couleur de la bave produite par les limaces après les avoir touchées plusieurs fois. C'est de loin l'espèce la plus répandue au Canada et on la maîtrise bien d'ordinaire avec des appâts. D'autres espèces, comme les plus grosses limaces foncées, sont parfois difficiles à identifier, il faudra alors faire appel à un spécialiste. Dans les serres on a surtout affaire à cette dernière catégorie.

Certains ennemis naturels s'attaquent aux limaces et aux escargots et les dévorent, mais aucun n'est offert sur le marché. Notons toutefois que les producteurs qui utilisent la LI et la lutte biologique créent un milieu sans résidus de pesticides propice à l'établissement de ces organismes bénéfiques. Ceux qui vivent au sol, comme les mille-pattes et divers coléoptères, se nourrissent d'ordinaire des limaces ou de leurs œufs, de même que les insectes prédateurs du groupe des diptères, qui au stade larvaire dévorent les limaces et les escargots.

Outre les moyens de lutte chimique, certaines techniques culturales et mesures sanitaires permettront au producteur de réduire les dégâts causés par les limaces et les escargots.

  • Améliorer le drainage pour éliminer les planchers humides sous les bancs ce qui, entre autres avantages, empêche la prolifération des limaces et des escargots.
  • Les escargots et les limaces se réfugient dans les fentes des bancs en bois qui conservent l'humidité ou sous les pots, surtout si les bancs commencent à moisir. Des bancs en plastique ou en métal constituent un habitat moins propice.
  • On peut traiter les pattes des bancs au savon noir ou au ruban de cuivre, que l'on trouve chez les fournisseurs de matériel pour l'agriculture biologique, et qui protège contre les limaces et les escargots.
  • Ces ravageurs trouvent souvent refuge sous les planches et les débris. Il faut donc les en déloger et aussi désherber pour éliminer tout ce qui peut servir d'habitat. Autre possibilité, disposer des planches sur le sol dans les zones stratégiques fréquentées par les ravageurs, puis en vérifier chaque jour le dessous et éliminer les limaces et les escargots. Encore mieux, on peut placer des appâts sous les planches, un mélange de nourriture pour les poulets par exemple (qui s'est avéré très efficace). S'assurer de vérifier régulièrement, autrement on n'aura mis qu'un autre habitat à leur disposition.
  • Plusieurs connaissent probablement le truc de la bière, appât qui convient bien aux zones plus restreintes. Bien enfoncer le contenant dans le sol (de la culture ou sous les bancs) ou disposer un plat peu profond sur le banc. Changer la bière tous les deux ou trois jours.
  • Dans les zones plus petites où la production est très intensive (p. ex. bancs d'enracinement ou zones avec dégâts localisés), une visite de nuit où l'on prélève les coupables à la main donne aussi de bons résultats.
  • Certaines substances comme la terre de diatomées peuvent créer un obstacle que les limaces et les escargots ne franchiront pas. On peut en étendre près des zones ou des cultures sensibles.

Les limaces et les escargots ne seront jamais parmi les ravageurs les plus dommageables pour les producteurs, mais leur persistance et la difficulté à les maîtriser en font une vraie plaie. Il vaut mieux s'en tenir aux principes de base, bien examiner les endroits où les problèmes ont fait surface et éliminer les milieux frais et humides favorables aux limaces. Comme pour tout problème de ravageurs, avec de bonnes pratiques culturales et sanitaires, la bataille est à moitié gagnée!

 


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