Cultures appâts et plantes banques - des solutions de lutte antiparasitaire hors de l'ordinaire

La plupart des producteurs savent (depuis leur toute première récolte probablement) que les insectes et les acariens préfèrent d'emblée certaines cultures à d'autres, et certaines variétés aussi. Ils ont donc mis à profit cette connaissance de diverses façons. Par exemple :

  • ils utilisent souvent certaines de ces cultures ou de ces variétés comme aides au dépistage pour favoriser la détection précoce de problèmes de ravageurs;
  • ils regroupent les variétés ou les cultures sensibles pour restreindre la propagation d'un ravageur ou d'une maladie dans la serre;
  • certains ciblent ces variétés pour leur appliquer de façon plus rigoureuse des pesticides ou des mesures de lutte biologique;
  • dans les cas extrêmes, un producteur pourrait renoncer à une certaine culture ou variété si un problème dû à une maladie ou à un ravageur devient incontrôlable.

Voilà toutes des stratégies de LI parfaitement légitimes, une étape de plus avec les autres moyens pour maîtriser les populations de ravageurs. Ces stratégies sont toutefois en réaction à une situation souvent due aux pratiques culturales habituelles du floriculteur.

Il y a un changement de point de vue si le producteur modifie délibérément ses pratiques culturales et commence à exploiter les différences de susceptibilité aux ravageurs entre les cultures et les variétés. C'est ici que les cultures appâts et les plantes banques entrent en jeu. Voyons quelques définitions.

  • Une plante piège (ou culture piège) est une plante qui pour un certain ravageur est plus attrayante que la culture principale. Elle est utilisée soit comme aide pour faciliter le dépistage précoce d'un ravageur (ou d'une maladie) et favoriser son éradication, ou elle est intégrée à la stratégie de lutte.
  • On associe plus spécifiquement les plantes banques à la lutte biologique. Elles sont disposées dans la serre et on laisse l'infestation de ravageurs suivre son cours. Des agents de lutte biologique sont libérés sur les plantes banques, à mesure qu'ils se reproduisent et qu'ils augmentent en nombre, ils investissent toute la serre. C'est un mini système d'élevage d'agents de lutte biologique. Cette stratégie a gagné en popularité ces dernières années grâce à son introduction par des producteurs biologiques surtout dans la lutte contre les pucerons. Dans la situation la plus répandue, une graminée (blé, avoine, orge) est vendue dans des cubes de laine minérale, déjà infestée d'un puceron spécifique qui s'en nourrit. Le cube est rempoté dans un contenant plus grand ou un panier suspendu et il pousse comme le reste de la culture. On libère des guêpes parasites des pucerons sur ces plantes banques, et à mesure que les adultes émergent, ils s'envolent vers la culture principale. Le système permet une excellente maîtrise des pucerons et présente l'avantage d'introduire continuellement de nouvelles guêpes qui n'ont pas à supporter le transport d'une autre partie du monde avant d'arriver à destination.

Certains producteurs innovateurs commencent maintenant à réfléchir à des façons d'appliquer les principes décrits ici, en les adaptant à leur propre situation et en combinant les deux éléments, la plante piège et la plante banque.

À la base, la plante piège utilisée doit évidemment être plus attirante pour le ravageur que ne l'est la culture principale. Il s'ensuit alors que dans certaines cultures, ça ne marchera pas puisque elles semblent être les plus attrayantes de toutes pour certains ravageurs. Par exemple, existe-t-il une plante plus attirante que le rosier pour l'acarien? Le gerbera pour l'aleurode? Ou la cinéraire pour le puceron? Peut-être pas, mais ces plantes peuvent par ailleurs (comme d'autres tout aussi irrésistibles) servir de plante appât.

De nombreuses cultures souffrent de dégâts dus aux infestations d'aleurodes, peut-être pas totalement incontrôlées, mais assez pour être une nuisance constante. Pensons aux cultures comme l'alstroemeria, le rosier et certaines cultures de printemps. Un producteur de fuchsia du Niagara a dû lutter contre les aleurodes chaque année depuis qu'il est engagé dans cette culture. Il a adopté la lutte biologique pendant plusieurs années puis a songé aussi aux plantes appâts et aux plantes banques. La tomate est une plante appât de choix, elle agit comme un aimant sur les aleurodes, mais elle donne également de bons résultats dans les programmes de lutte biologique. Après les avoir ensemencées en décembre, il a libéré la guêpe parasite Encarsia formosa directement sur les tomates. En février ou en mars, les plants étaient assez gros pour que l'on constate des résultats. Quand il a expédié ses fuchsias en mai, tous les plants de tomates étaient gravement infestés d'aleurodes parasités. Quant aux fuchsias, pour la première fois depuis le début de cette culture, ils ont quitté la serre sans parasite et sans avoir été traités aux pesticides.

On pourra à de nombreuses autres occasions mettre à profit nos connaissances sur les préférences alimentaires des ravageurs. Il suffit parfois d'un peu d'imagination et de volonté pour trouver des solutions qui sortent de l'ordinaire en matière de lutte antiparasitaire.

 


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