Quatre conférenciers parlent de la drosophile à ailes tachetées (DAT) lors d'un symposium international de la fraise tenu à Québec en 2016

Pam Fisher, spécialiste de la culture des petits fruits, MAAARO

La drosophile à ailes tachetées (DAT) est devenue un nouveau ravageur mondial, provoquant des pertes sans précédent dans la culture des petits fruits partout dans les Amériques, en Europe et en Asie. Les chercheurs de quatre régions différentes ont donné leur compte rendu sur ce ravageur en 2016, lors du Symposium international de la fraise.

Justin Renkema, Gulf Coast Research and Education Center, Floride, a examiné les facteurs qui influent sur la survie des DAT immatures dans les fraisières. Habituellement, les larves de la DAT sortent des fruits et tombent ou rampent vers le sol et entrent en pupaison sous une couche de sol de quelques millimètres. M. Renkema a constaté que les sols sablonneux ayant un taux d'humidité de normal (10 %) à élevé (15 %) favorisent le succès de la pupaison des larves mais, si le sol est très sec (0 % d'humidité), très peu de DAT survivent pour former la génération suivante. Dans les sols sablonneux et secs de Floride, il n'y avait aucun avantage à supprimer les fruits non commercialisables entre les rangs - le nombre de DAT dans les fruits commercialisés était le même peu importe l'assainissement du champ.

Vaughn Walton, Université d'État de l'Oregon, a traité des environnements où la DAT a été repérée et a en établi la grande capacité d'adaptation aux climats rigoureux. La disponibilité de sources précoces de nectar, par exemple la rosée sur les conifères, peut relever le taux de survie de ce ravageur dans le paysage. M. Walton a conclu que l'élagage ouvert sur les plants de bleuet peut réduire considérablement les populations de DAT en raison de différences d'humidité et de température dans le couvert des arbustes selon que l'élagage est fréquent ou non. Une autre façon de rendre le microclimat moins favorable à la DAT est d'utiliser comme couverture de sol un tapis de mauvaises herbes ou un géotextile. Cela empêche le ravageur de pénétrer dans sol, où la pupaison a lieu, et réduit la survie des DAT en raison d'une humidité moindre et de températures de surface plus élevées. M. Walton a également fait état de quelques études à long terme sur des mouches parasites, en Corée, qui pourraient être utilisées en lutte biologique contre la DAT en Amérique du Nord.

Catherine Baroffio, IPV Agroscope, Suisse, a parlé de la lutte contre la DAT en Suisse, où il n'y a que deux ingrédients actifs homologués pour lutter contre ce ravageur dans les cultures de petits fruits. Les producteurs utilisent l'assainissement, le piégeage de masse et les filets protecteurs pour compléter la lutte contre la DAT dans certaines cultures. En ce qui a trait à l'assainissement, les producteurs détruisent les fruits infestés dans une immense cuve scellée, où ils sont laissés à fermenter avant élimination. Les producteurs de framboises ont apporté des améliorations à la lutte en rapprochant les intervalles de récolte de quatre à deux jours. Le piégeage de masse à l'aide d'une substance attractive mise au point en Suisse semble prometteur pour les cultures de petits fruits, mais non pour les vergers. Par contre, le piégeage de masse exige un nombre très élevé de pièges pendant toute la saison, d'abord pour le piégeage hivernal dans les bois et ensuite, il faut ajouter des pièges aux deux mètres sur le périmètre de la culture lorsque les fruits commencent à prendre de la couleur. Mme Baroffio s'est également intéressée aux possibilités d'épandre de l'hydroxyde de calcium sur les fruits pour dissuader la DAT d'y pondre. On peut trouver beaucoup de renseignements sur le programme de recherche de Mme Baroffio à cette adresse : www.drosophilasuzukii.agroscope.ch. Les producteurs dépensent habituellement de 5 000 à 15 000 euros par ha pour la répression de la DAT!

Miet Boonen, PC Fruit, Belgique, a présenté au nom d'une vaste équipe de chercheurs, un rapport sur les effets toxiques et répulsifs de l'érythritol sur la DAT, en laboratoire. L'érythritol est un alcool de sucre et additif alimentaire qui a un effet répulsif sur les femelles DAT en période de ponte et un effet toxique sur les mouches adultes et au stade larvaire si ingéré. Même si ces études initiales en laboratoire semblent prometteuses, il faudra, selon Madame Boonen, des études sur le terrain pour préciser les conditions où le produit pourra être utile dans la lutte contre la DAT.

Résumé - Les chercheurs de par le monde travaillent à trouver des moyens de lutter contre la DAT dans les cultures de petits fruits. À l'avenir, les répulsifs à faible risque, combinés au piégeage de masse et aux ennemis naturels, seront utilisés dans les programmes de lutte contre la DAT. En majorité, les chercheurs, par contre, reconnaissent qu'il faudra une combinaison de stratégies pour vaincre la DAT et qu'il ne faut pas s'attendre à une solution magique.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca