Épandage
d'engrais azotés sur les petits fruits Partie II : Fraises
Nous avons étudié l'absorption et l'utilisation des engrais
azotés chez le framboisier et le fraisier, et nous nous tournons actuellement
vers le bleuet. Dans ce numéro et le suivant, je présenterai les
résultats concernant l'absorption de l'azote et les besoins en engrais
azotés chez le framboisier et le fraisier; nous n'avons pas encore terminé
nos travaux sur le bleuet. Nous remercions Tim Righetti, professeur à la
Ohio State University, Hannah Gascho Rempel, étudiant, et Gil Buller, assistant
de recherche, qui nous ont apporté leur aide dans le cadre de ces projets.
Nous sommes également reconnaissants du soutien accordé par la Oregon
Strawberry Commission, la Oregon Raspberry and Blackberry Commission, la Agricultural
Research Foundation et le NCSFR. Si vous désirez plus d'information sur
ce qui suit, veuillez communiquer avec Bernadine, strikb@science.oregonstate.edu
Fraises
Nous
avons étudié la variété « Totem »,
qui produit ses fruits en juin (un rang natté de 15 pouces sur des
buttes de 40 pouces), de la première saison de production à
la troisième. Certains lots ont été traités par épandage
de granulés (épandage en bandes) comme suit : 1) aucun ajout
d'engrais azoté; 2) 25 livres d'azote par acre en avril, + 50 livres
d'azote par acre à la rénovation; 3) 50 livres d'azote par
acre à la rénovation. Nous avons également procédé
aux traitements foliaires suivants (solution de 5 % d'urée dans 75 gallons
d'eau par acre, ce qui correspond à environ 14 livres d'azote par
acre pour chaque traitement); tous les traitements foliaires ont été
effectués en plus d'un épandage de 50 livres de granulés
d'azote par acre au moment de la rénovation : 1) traitement foliaire
avant la floraison, en avril; 2) traitement foliaire au stade du fruit vert au
début de juin; 3) traitement foliaire au début du stade de post-rénovation,
au début d'août; 4) traitement foliaire à la fin du stade
de post-rénovation, au début de septembre. Nous n'avons pas étudié
les besoins en azote l'année de la mise en terre.
Nous avons
effectué un suivi la part de l'azote ajouté qui était absorbée,
et nous avons observé où elle se retrouvait dans la plante et sa
destinée (stockée ou perdue).
- Au printemps, les plants
se développaient rapidement et leur poids sec total faisait plus que quadrupler
d'avril à début juillet. La rénovation, ou fauchage des feuilles
après la récolte, a provoqué une diminution de 65 à
70 % du poids sec total des plants. Après la rénovation, les
plants croissaient lentement et, avant le début de la dormance, leur poids
sec était revenu juste au-dessus de ce qu'il était au printemps.
- Le
poids sec des plants diminuait au fur et à mesure que la plantation vieillissait.
L'« aspect » des plants changeait également :
de la première à la troisième saison de fructification, le
poids des collets augmentait et le poids du feuillage diminuait.
- De la
première à la troisième saison de fructification, le taux
d'azote ajouté et la méthode d'épandage n'avaient aucun effet
sur la croissance des plants (poids sec), sur leur teneur totale en azote, sur
le rendement ou sur la qualité des fruits (pourriture, fermeté,
concentration de sucre). On notait que l'épandage de fortes quantités
d'azote au printemps s'accompagnait d'un accroissement de la tendance à
la pourriture des fruits. Les plants non traités n'ont accusé aucune
perte de rendement. (Les raisons sont expliquées ci-dessous.)
- Les
plants de fraisier ont absorbé une grande quantité de l'azote (25 livres
par acre) qui avait été épandu sous forme de granulés
au printemps, soit 63 % de la quantité d'engrais épandue. Une
très petite partie de l'azote ajouté au printemps s'est retrouvée
dans les racines ou la couronne; la plus grande partie s'est plutôt retrouvée
dans les feuilles et les fruits. Lorsque les plants ont été rénovés,
tout l'azote ajouté au printemps avait disparu!
- Les plants de fraisier
ont absorbé environ 42 % des 50 livres d'azote par acre ajoutées
au moment de la rénovation. Au départ, l'azote de l'engrais est
allé dans les feuilles, puis il s'est accumulé dans le collet et
les racines. Environ la moitié de l'azote ajouté et absorbé
s'est perdu avant le stade de dormance, lorsque les feuilles ont atteint le stade
de sénescence.
- De plus, environ 40 % de la quantité
totale d'azote emmagasinée dans le plant de fraisier à la fin de
l'hiver provenait de l'engrais qui avait été épandu l'année
précédente au moment de la rénovation. L'azote ainsi emmagasiné
servait à la croissance des nouvelles feuilles et à la formation
des fruits au printemps.
- Les plants qui n'avaient reçu aucun engrais
contenaient la même quantité totale d'azote que ceux qui avaient
reçu 50 livres d'azote par acre au moment de la rénovation.
L'azote absorbé par ces plants provenait probablement de la minéralisation
qui se produit dans le sol à la fin de l'été.
- Au
printemps, environ 46 % (6 livres d'azote par acre) de l'engrais foliaire
azoté épandu a été absorbé, alors que les épandages
foliaires post-rénovation se sont avérés moins efficaces
(absorption de 15 %), probablement à cause de la volatilisation accrue
de l'urée pendant des chaleurs estivales.
- L'emmagasinement de l'azote
ajouté lors des traitements foliaires s'est poursuivi bien après
l'épandage de l'engrais foliaire, ce qui indique que l'absorption se faisait
par les racines plutôt que par les feuilles.
- Tout l'azote absorbé
à la suite du traitement foliaire du printemps a été perdu
au moment de la rénovation.
- Aucun des épandages foliaires
n'a permis d'améliorer le rendement ou la croissance des plants de fraisier.
En
résumé, les plants de fraisier absorbent l'engrais azoté
lorsqu'on le leur fournit. L'azote ainsi ajouté va d'abord dans les feuilles
et les fruits (s'ils sont présents au moment de l'épandage), puis
il se déplace vers le collet et les racines plus tard dans la saison. Tout
l'engrais azoté épandu au printemps est perdu au moment de la rénovation,
lorsque les feuilles sont fauchées. Je ne recommande pas l'épandage
d'engrais azoté au printemps à moins que la plantation soit en très
mauvais état; lors de cette étude, ce type d'épandage n'a
pas permis d'améliorer le rendement, et l'accroissement de la production
foliaire qui en résulte peut favoriser la pourriture des fruits. Comme
les besoins des fraisiers en azote sont à leur maximum lors de la poussée
de croissance qui suit la rénovation, l'azote minéralisé
qui est présent dans le sol en l'absence d'engrais est suffisant. Dans
notre étude, les plants non engraissés ont donné d'aussi
bons résultats que ceux qui avaient reçu 50 livres d'azote
par acre à la rénovation.
Les besoins de vos cultures en azote
dépendent de la teneur en matière organique du sol, du type de sol
et des conditions de croissance. Si vous ne connaissez pas les quantités
d'engrais nécessaires à vos plants besoin ou si vous ignorez si
le sol contient assez d'azote minéralisé en l'absence d'engrais
azoté, laissez une petite partie de votre champ sans engrais après
la rénovation, puis comparez-la à une partie qui a reçu une
quantité normale d'engrais. Je vous invite à me transmettre vos
commentaires.
Note de l'éditeur :
Cet article contient
d'excellents renseignements sur le moment où l'absorption d'azote par les
fraisiers est la plus efficace. Il confirme également ce que nous pensions
sur l'épandage foliaire d'azote.
Cependant cette recherche a été
menée sur des sols de limon argileux contenant de 3 à 4 % de
matière organique. Pour le moment, nous ne modifions pas nos recommandations
concernant l'épandage d'engrais sur les petits fruits. Les producteurs
ontariens trouveront des informations utiles dans la publication du MAAARO no
360F intitulée Recommandations pour les cultures fruitières, chapitre 8,
petits fruits.
Pour en savoir plus: