Points saillants du 8e symposium nord-américain sur la fraise

Tout comme les Olympiques, ce symposium sur la fraise a lieu tous les quatre ans. Il rassemble des chercheurs, des représentants d'agroentreprises ainsi que des producteurs d'Amérique du Nord et du monde entier. Organisé par la North American Strawberry Growers Association (association nord-américaine de producteurs de fraises) et une équipe de bénévoles, les " Olympiques fraisières " de cette année se sont déroulées à Ventura, en Californie. La rencontre regroupait plus de 50 conférenciers, avec présentation de 30 affiches et une visite de terrain. Beaucoup de choses ont changé depuis ma participation au 6e symposium, il y a huit ans, lequel avait aussi eu lieu à Ventura. Voici quelques points saillants de l'évènement.

DAS = désinfection anaérobie du sol. Il s'agit d'un nouveau sujet chaud en Californie, étant donné que les producteurs cherchent des solutions de rechange au bromure de méthyle et à d'autres fumigants du sol. Il y a huit ans, les solutions de rechange au bromure de méthyle étaient les " autres fumigants ". Actuellement, on cible la DAS et d'autres options puisque les restrictions concernant les fumigants deviennent plus sévères. La désinfection anaérobie du sol se fait en plusieurs étapes : 1. Incorporation d'une source de carbone, comme du son de riz, ou un produit similaire économique. 2. Recouvrement avec une bâche imperméable. 3. Irrigation sous la bâche jusqu'à saturation du sol, puis maintien de la capacité au champ durant trois semaines. 4. Soleil espéré ! Les températures du sol sous la bâche devraient atteindre une moyenne de 20 0C à une profondeur de 15 cm (6 po) pendant au moins une semaine. Exécutée correctement, la désinfection anaérobie du sol contribue à réduire les maladies des plantes dues à des agents pathogènes du sol comme verticillium (Figure 1).

Joji Muramoto et Oleg Daugovish expliquent la DAS dans un champ de fraises biologiques. Il est encore trop tôt pour savoir si cette technique sera efficace contre Macrophomina qui provoque l'affaissement des plants par temps chaud et sec.

Figure 1. Joji Muramoto et Oleg Daugovish expliquent la DAS dans un champ de fraises biologiques. Il est encore trop tôt pour savoir si cette technique sera efficace contre Macrophomina qui provoque l'affaissement des plants par temps chaud et sec.

Initiative en développement durable de Walmart. La fondation Walmart a fourni trois millions de dollars en 2013-2015 pour un projet national de développement durable lié à la fraise, par le biais de subventions obtenues par voie de concours qui sont administrées par l'Université de l'Arkansas. De nombreux rapports de recherche au symposium sur la fraise étaient issus de projets ainsi financés.

Exemples:

  • Production durable hors-saison de fraises hydroponiques de qualité supérieure dans le désert du sud-ouest - Chieri Kubota, Université de l'Arizona
  • Pratiques durables de gestion des sols pour des fraisiers : évaluation de méthodes ponctuelles et intégrées - Michelle Schroeder-Moreno et Amanda McWhirt, Université de la Caroline du Nord.
  • Mise en place de tuyaux additionnels d'irrigation goutte -à goutte pour améliorer la fumigation du sol et l'efficacité de l'irrigation et minimiser les impacts environnementaux - Oleg Daugovish, Cooperative Extension de l'Université de la Californie.

On peut en savoir davantage sur ces projets en téléchargeant le rapport à http://strawberry.uark.edu/ (en anglais seulement). Il existe également des vidéos et des liens vers des présentations sur un grand nombre de projets.

California Cooperative Extension emploie un groupe de spécialistes compétents en horticulture et en lutte antiparasitaire. Des pages Web des comtés de Ventura, San Luis Obispo, Santa Barbara et Santa Cruz offrent une grande quantité d'information pour les producteurs, en anglais et en espagnol (taper dans le navigateur cecountyname.edu). Des agents de Cooperative extension affichent leurs exposés et la documentation des rencontres en ligne. Les producteurs ontariens de petits fruits pourraient être intéressés par le blogue de Mark Bolda http://ucanr.edu/blogs/strawberries_caneberries/(en anglais seulement), ou par les exposés présentés à de récentes rencontres locales sur les petits fruits www.ucanr.edu/meetingpresentations (en anglais seulement) ou par une vidéo d'Oleg Daugovish ( en anglais seulement) sur la désinfection anaérobie des sols http://ceventura.ucanr.edu/Com_Ag/Strawberry/.

National Clean Plant Network for Berries reçoit un financement stable du USDA pour assurer que des stocks sains et exempts de maladie de première génération sont offerts aux propagateurs de plants aux États-Unis. Les plants et les nouvelles sélections peuvent faire l'objet de tests visant à déceler la présence de virus, et être " assainis " à l'aide de diverses méthodes à l'un des trois centres avant d'être distribués aux propagateurs de plants. Cette aide financière est aussi dirigée vers la recherche et l'amélioration des diagnostics des virus et des maladies d'apparence virale qui s'attaquent aux plants de petits fruits. De plus, une norme nationale de certification des fraisiers est en voie d'élaboration aux États-Unis. On se demande si les programmes canadiens vont progresser de manière synchrone avec le processus américain.

Pénuries d'eau. Les conditions de sécheresse dans le sud de la Californie vont d'extrêmes à exceptionnelles. Après six ans de sécheresse, la rivière Ventura et de nombreux autres lacs et rivières se sont asséchés. Par ailleurs, l'épaisseur de couche neigeuse ne représente qu'une petite fraction de la normale dans la Sierra et les autres chaînes de montagnes. Les producteurs tentent de remédier à cette pénurie d'eau en creusant des puits plus profonds, mais l'intrusion d'eau salée devient problématique. La désalinisation, qui est coûteuse et énergivore, semble être le plan de rechange actuel s'il ne se met pas à pleuvoir bientôt.

Insectes. Il n'est pas surprenant que ces deux tétranyques représentent un énorme problème sous les conditions chaudes et sèches de la Californie : le tétranyque à deux points et une espèce plus nouvelle, le tétranyque de Lewis. La résistance aux acaricides est préoccupante puisque certains produits plus anciens offrent moins d'efficacité que par le passé. Les producteurs utilisent des insecticides et des aspirateurs à insectes contre une sorte de punaise (hétéroptère miride), qui est une espèce apparentée à la punaise terne qu'on retrouve dans l'Est. Les aspirateurs d'insectes sont reconnus pour leur inefficacité, car ils ne capturent qu'une faible proportion de la population à chaque passage, ce qui fait que les producteurs doivent les utiliser deux fois par semaine. Des chercheurs tentent de trouver des moyens d'améliorer l'efficacité de ces coûteux appareils.

Visite de ferme. Le point culminant de la tournée fut la visite chez Will Terry, de Terry Berries. Will est un producteur d'Oxnard, de 5e génération, qui possède une très vaste superficie de fraisiers et de légumes-feuilles. On a pu observer trois ou quatre aides-récolteuses dans le champ. Ces appareils se déplacent dans le champ en avant des cueilleurs qui n'ont qu'à déposer leurs cageots sur une courroie de transmission, ce qui réduit le temps consacré aux allers et retours dans le champ. Ces aides-récolteuses sont couramment utilisées surtout dans la région d'Oxnard. Bien que les frais de main-d'œuvre soient considérablement réduits, cela prend environ cinq ans pour amortir l'investissement initial de plus de 100 000$ par appareil (figure 2). Quelles sont les grandes préoccupations actuelles de Will Terry? Ses trois principales inquiétudes pour l'avenir de la production de fraises sont les solutions de rechange aux fumigants du sol, l'approvisionnement en eau et la disponibilité de la main-d'œuvre.

Récolte de fraises à Oxnard, Californie. Les aides -récolteuses permettent de réduire les coûts de main-d'œuvre en diminuant le temps requis par les travailleurs pour aller porter leurs cageots. Ces aides conviennent mieux aux vastes champs de la région d' Oxnard.

Figure 2. Récolte de fraises à Oxnard, Californie. Les aides -récolteuses permettent de réduire les coûts de main-d'œuvre en diminuant le temps requis par les travailleurs pour aller porter leurs cageots. Ces aides conviennent mieux aux vastes champs de la région d' Oxnard.


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