Parasitoïde de la punaise terne établi dans les régions productrices de fraises en Ontario


La punaise terne, Lygus lineolaris, est un ravageur important dans les régions productrices de fraises en Ontario. Les adultes et les nymphes de la punaise terne se nourrissent de toutes les parties de la plante en suçant la sève, en détruisant l'embryon dans les graines et en empêchant les tissus autour des graines de croître. Il en résulte une déformation des fraises appelée " face de chat " qui rend les fruits non commercialisables. En Ontario, la punaise terne compte deux générations complètes par année et peut développer une troisième génération partielle dans le sud de la province. Cet insecte ravageur a des effets nuisibles dans les cultures fraisières pendant toute la saison de croissance : les nymphes de la première génération causent de sérieux dommages économiques aux cultivars produisant en juin, alors que les nymphes de la deuxième génération sont un facteur limitatif d'importance aux cultivars à jour neutre.

En se basant sur l'exemple d'une culture de fraise organique en Californie, une stratégie de lutte intégrée a été développée par des scientifiques de CABI Europe - Switzerland en collaboration avec le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO) et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), combinant des cultures-appâts, des méthodes de lutte biologique conventionnelles et une approche de lutte chimique à risques réduits. L'adoption de cette stratégie dans les exploitations productrices de fraises en Ontario a débuté en 2007 et s'est poursuivie en 2008. L'initiative a été financée par AAC dans le cadre de son Programme de réduction des risques liés aux pesticides utilisés dans le secteur agro-alimentaire.

Dans l'approche de LI, plusieurs centaines de guêpes parasites européennes Peristenus digoneutis ont été introduites à plusieurs endroits dans l'est et le sud de l'Ontario comme agent de lutte biologique contre la punaise terne. Au printemps, la guêpe femelle injecte un seul œuf dans une nymphe de punaise terne et sa larve se nourrit à l'intérieur de la jeune punaise. Après 7-10 jours, la larve parvenue à maturité quitte la nymphe mourante de la punaise terne et tombe sur le sol où elle se nymphose. Une deuxième génération de guêpes émerge en juillet et parasite la génération d'été de la punaise terne. La guêpe Peristenus digoneutis a déjà été introduite dans le passé dans le nord-est des États-Unis et il a été démontré que sa présence aurait réduit les populations de punaise terne dans les cultures de luzerne. Depuis le premier lâcher de P. Digoneutis, la guêpe s'est naturellement répandue au Canada et elle est maintenant présente parmi les populations de punaise terne au Québec, en Nouvelle-Écosse et dans des parties de l'Ontario.

Les lâchers à grande échelle dans le cadre de ce projet, issus d'élevages en masse à AAC, London, Ontario, visaient à accroître la dispersion de ce parasitoïde dans la province et d'avoir un impact positif plus rapide dans les champs de fraises de l'Ontario. Suite aux lâchers consécutifs de P. digoneutis dans les régions productrices de fraises de l'est et du sud de l'Ontario, l'analyse des échantillonnages de punaises ternes a démontré que la guêpe est maintenant bien établie à plusieurs endroits dans ces deux régions de la province. Des données sur P. digoneutis dans des champs de fraises où la guêpe n'avait pas été introduite suggèrent que P. digoneutis se répand déjà naturellement dans les régions de l'Ontario. Dans tous les sites où des lâchers ont eu lieu, une augmentation prometteuse de parasitisme a été observée peu de temps après les premiers lâchers en 2007. Il est toutefois trop tôt pour pouvoir dire si P. digoneutis a réussi à réduire les populations de Lygus en Ontario et si l'approche de LI est une réussite. Dans les états américains du nord-est, il a fallu attendre près de 10 ans pour reconnaître l'impact significatif de P. digoneutis et une diminution des populations de Lygus.

Il faut poursuivre les travaux en cours pour encourager le développement des populations de guêpes parasites et pour évaluer les résultats. De plus, le dépistage dans d'autres parties de l'Ontario pourra aider à identifier les régions où le parasite n'est pas encore présent, et où des lâchers pourraient contribuer à accélérer la dispersion et l'établissement de P. digoneutis.

Pour de plus amples renseignements sur le projet de " Lutte intégrée contre Lygus dans les champs de fraises de l'Ontario ", veuillez visiter le site suivant : http://www.cabi.org/ProjectsDetail.asp?ProjectID=382 (page disponible en anglais seulement).

Figure 1. Guêpe parasite attaquant une nymphe de punaise terne.

Figure 1. Guêpe parasite attaquant une nymphe de punaise terne. (photo : courtoisie de Tim Haye)

Figure 2. Lâcher de guêpes parasites dans un champ de luzerne

Figure 2. Lâcher de guêpes parasites dans un champ de luzerne. (photo : courtoisie de Peter Mason)


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