Manuel du jardinier
Chapitre 5: Fruit
Lutte contre les ennemis des cultures fruitières

Table des matières

  1. Mesures préventives
  2. Floraison, pollinisation et mise à fruits médiocres
  3. Introduction
  4. Descriptions et lutte
  5. Toutes les espèces fruitières (sauf le fraisier)
  6. Liens connexes

Mesures préventives

Pour protéger vos arbres fruitiers, adopter de bonnes pratiques culturales comme cela est indiqué au Chapitre 2, lutte intégrée, notamment en ce qui concerne la taille des arbres et la destruction des fruits malades. Acheter uniquement des variétés compatibles pour la pollinisation croisée.

Floraison, pollinisation et mise à fruits médiocres

Les parasites ne sont pas la seule cause de mauvaise floraison. Les dommages abiotiques* sont souvent les coupables. Par exemple :

  • des températures extrêmes ou fluctuantes pendant l'hiver peuvent tuer les bourgeons floraux;
  • des gelées en début de printemps, lorsque les bourgeons floraux commencent à gonfler, peuvent causer la nécrose des tissus de la fleur;
  • une surfertilisation ou une taille excessive durant la saison précédente peut provoquer une croissance végétative excessive.

Une mise à fruits médiocre peut aussi résulter de causes diverses :

  • dommages causés au pistil et aux étamines avant la floraison, empêchant la pollinisation et la fécondation;
  • lorsque le temps est froid et pluvieux au cours de la floraison, les abeilles sont moins portées à butiner;
  • une fructification excessive au cours d'une saison, particulièrement chez les pommiers et les poiriers, peut entraîner une mauvaise mise à fruits l'année suivante. Un éclaircissage fait à la fin de juin ou au début de juillet minimise ce problème.

Certaines variétés s'autofécondent : elles sont pollinisées par leur propre pollen et ne nécessitent pas la présence d'arbres au pollen compatible à proximité. D'autres, comme les cerisiers à fruits doux, sont allogames : leurs fleurs ont besoin d'être fécondées par le pollen d'un autre arbre compatible. Certains, comme les pommiers, nécessitent la présence d'une variété compatible qui fleurit à la même date. Acheter seulement des variétés d'arbres fruitiers nommées compatibles entre elles pour la pollinisation croisée.

Introduction

Le présent chapitre contient une description de divers ravageurs des cultures fruitières ainsi que des conseils sur des méthodes de lutte excluant l'utilisation de pesticides. Les jardiniers amateurs peuvent encore se procurer certains biopesticides et certains pesticides à faible risque pour lutter contre les mauvaises herbes et les ravageurs des gazons et des jardins. Pour avoir plus d'information, voir le Chapitre 2 de ce manuel et le site Web du ministère de l'Environnement. Pour obtenir des conseils sur la lutte contre certains ravageurs ou mauvaises herbes en particulier, s'adresser à un horticulteur, à un maître jardinier ou à un centre de jardinage de votre localité.

Note à l'intention des propiétaires d'arbres : L'interdiction sur les pesticides prévoit une exception pour l'embauche d'un exterminateur titulaire d'un permis et habilité à employer des pesticides commerciaux pour protéger la santé de vos arbres. Cette exception ne vise que les ravageurs qui menacent la santé des arbres. Par exemple, on ne peut l'invoquer pour lutter contre des espèces qui nuisent à la qualité des fruits sans tuer l'arbre lui même. Pour pouvoir s'en prévaloir, les exterminateurs titulaires d'un permis doivent obtenir l'avis écrit d'un professionnel spécialiste de l'arboriculture établissant que l'emploi d'un pesticide est nécessaire au maintien de la santé de l'arbre. Pour plus d'information, communiquer avec le ministère de l'Environnement.

À noter que de nombreux arbres fruitiers tolèrent certains dommages, en particulier au feuillage, sans en souffrir de façon durable. Les descriptions de ravageurs ci dessous sont accompagnées de conseils sur les méthodes de lutte culturale, mais dans de nombreux cas la mise en œuvre de celles ci peut ne pas être nécessaire.

Descriptions et lutte

Certains des ravageurs présentés dans ce manuel sont fréquents dans les exploitations agricoles, mais ils peuvent être absents de votre jardin familial si vous n'habitez pas dans une région de production fruitière à l'échelle commerciale. Cependant, il ne faut pas oublier que des pommiers, poiriers et pruniers négligés présents un peu partout en Ontario hébergent de nombreux pathogènes et insectes nuisibles.

Les maladies et les insectes sont énumérés sous chaque type de fruit. Cependant, si vous ne trouvez pas l'ennemi qui peut produire les symptômes observés, vous pouvez consulter la partie intitulée toutes les espèces fruitières ci dessous.

Pour les maladies ou les insectes qui s'attaquent à plusieurs types de fruits, la description complète n'apparaît qu'une fois et un renvoi figure dans la partie consacrée à tous les autres fruits.

Toutes les espèces fruitières (sauf le fraisier)

Gale du collet

La gale ou tumeur du collet est causée par des bactéries qui vivent dans le sol de la plupart des jardins et entrent par les blessures des plantes. La maladie est courante sur les arbres et arbustes fruitiers, la vigne, les framboisiers et beaucoup d'autres végétaux. Des gales ou des tumeurs lignifiées se forment sur les racines ou à la base des plantes.

Méthodes de lutte

Retirer les gales à l'aide d'un sécateur ou d'un couteau propre et aiguisé. Pour limiter la propagation, se laver les mains et nettoyer les outils dans une solution faite d'une partie d'eau de Javel pour quatre parties d'eau. Éviter autant que possible de blesser les plantes et ne jamais planter de végétaux dont les racines portent des gales. Remplacer le sol à l'endroit où un plant très atteint de gale a poussé.

Chenilles

Plusieurs types de chenilles s'attaquent aux arbres fruitiers (livrées, enrouleuses, larves de noctuelles, spongieuses). De façon générale, elles sont actives au début de la saison, du début du printemps à la mi juin.

Les livrées tissent de gros nids de soies à la fourche des branches. Ces chenilles sont velues et noires; elles portent sur le dos des bandes blanches et, sur les côtés, de fines rayures brunes et jaunes ponctuées de bleu.

Les enrouleuses tissent une toile autour des feuilles, qu'elles enroulent ensemble. Elles se nourrissent dans cet espace protégé, en commençant peu après l'ouverture des bourgeons et jusqu'à environ trois semaines après la chute des pétales. Il existe plusieurs espèces d'enrouleuses, la plus commune étant la tordeuse à bandes obliques.

La larve de la noctuelle des fruits verts atteint une bonne longueur (de 30 à 40 mm); elle est d'une teinte vert lime à vert foncé avec des bandes longitudinales blanches. Elle se nourrit de bourgeons, de feuilles, de fleurs et de petits fruits en cours de développement.

La spongieuse est une espèce introduite qui s'attaque aux forêts; elle s'établit souvent dans les arbres fruitiers à partir des boisés adjacents. Les larves sont jaunes, grises ou noires avec de longs poils fins. Juste derrière la tête, elles présentent cinq paires de taches bleues suivies de six paires de taches rouges.

Méthodes de lutte

Dès qu'on remarque les toiles au printemps, on s'en débarrasse en détruisant les chenilles ou en sectionnant les rameaux colonisés, de préférence de soir quand la majorité des chenilles sont rentrées dans le nid. Au début du printemps, enlever les masses d'œufs en frottant ou élaguer les branches où elles sont agglutinées. Les oeufs ceinturent le rameau d'un anneau brun foncé de 1 cm de largeur et leur aspect rappelle la mousse de polystyrène. Lors des petites invasions, au printemps, les chenilles qui se nourrissent peuvent être ramassées à la main et tuées. À ce moment là, elles ont de nombreux prédateurs et parasites et sont sensibles aux maladies bactériennes, virales et fongiques.

Charançon

Les charançons ont une longueur de 4 à 6 mm, avec un long rostre (museau); ils sont brun foncé avec des taches grises et blanches sur le dos. Ils pondent dans les pommiers, les poiriers, les pruniers, les pêchers et les cerisiers peu après la chute des pétales, provoquant l'apparition d'une lésion en forme de croissant sur les fruits. Sur la pomme, il n'est pas rare que de la sève suinte des blessures et forme en séchant une croûte blanche. Les larves, qui sont grisâtres, creusent des galeries dans les fruits et les font tomber prématurément.

Méthodes de lutte

Étaler des feuilles de plastique sous l'arbre, secouer les branches et détruire les charançons adultes qui tombent sur le plastique. Ramasser et détruire tous les fruits tombés. On peut étendre des sacs de jute à la base des arbres pour attirer les adultes qui cherchent des cachettes. Les inspecter souvent, ramasser et tuer les charançons.

Scarabée japonais

Le scarabée japonais représente le stade adulte d'un ver blanc qui est bien connu comme destructeur des pelouses. Cependant les adultes se nourrissent du feuillage d'une vaste gamme de plantes, et ils sont devenus des ravageurs saisonniers dans de nombreux types de cultures dont les arbres fruitiers, les petits fruits, les vignes et les noyers. Ils dévorent principalement les feuilles, mais parfois aussi les fruits à noyau. Les scarabées adultes ont une longueur de 10 à 13 mm, ils sont d'une couleur vert métallique à bronze verdâtre avec des ailes rouge cuivré et de petites touffes blanches sur les côtés et à l'extrémité de l'abdomen. Ils grignotent la face supérieure des feuilles, qu'ils réduisent à l'état de squelette. Ils se nourrissent généralement en groupes en commençant au sommet de la plante et en descendant.

Méthodes de lutte

Ramasser les scarabées à la main et les jeter dans un seau d'eau savonneuse. Si possible, placer les cultures fruitières à l'écart des vignobles ou des gazons, ou prendre des mesures pour lutter contre les vers blancs dans les pelouses. Il est ainsi possible de réduire les populations présentes sur une propriété, sans pour autant empêcher les adultes de venir d'ailleurs. Les centres de jardinage offrent des pièges à scarabées japonais. Bien que les appâts vendus avec les pièges soient très efficaces et puissent attirer un grand nombre de scarabées chaque jour, les recherches montrent qu'ils attirent davantage d'insectes qu'ils n'en capturent. Par conséquent, les plantes susceptibles qui se trouvent au voisinage de ces dispositifs risquent d'être plus endommagées qu'en l'absence de pièges. Dans le commerce, on vend aussi des nématodes parasites qui permettent de réduire les populations de scarabées.

Tordeuse orientale du pêcher

La tordeuse orientale du pêcher est un ravageur qui inflige de graves dommages aux arbres fruitiers auxquels il s'attaque directement. Sa gamme d'hôtes comprend des arbres à fruits à noyau (pêcher, prunier, abricotier, nectarinier et occasionnellement cerisier) et des arbres à fruits à pépins (pommier, poirier). Historiquement, dans la plupart des régions de l'Ontario, les dommages se limitaient aux cultures de fruits à noyau et aux poiriers; cependant, depuis la fin des années 1990, cette espèce s'attaque de plus en plus souvent aux pommiers. Les larves hivernent sur le sol dans les mauvaises herbes et les fruits momifiés ainsi que sous l'écorce ou dans d'autres parties protégées de l'arbre. Elles atteignent l'état de pupe au printemps et émergent à la fin d'avril ou au début de mai, sous la forme de papillons gris de 6 mm avec des taches brun chocolat sur les ailes. Les larves de première génération pénètrent dans les jeunes rameaux, qui se flétrissent et meurent. Sur les pousses de pommier, les infestations produisent un affaissement moindre et sont moins visibles que sur les pêchers et les autres fruits à noyau. Les larves ont 1,5 mm de long, avec une tête noire et un corps blanc lorsqu'elles viennent d'éclore, puis elles atteignent une longueur de 9 à 13 mm; elles ont alors un corps crème à rosâtre et une tête brune. Les générations suivantes pénètrent dans les fruits en train de mûrir. Les fruits infestés au début de la saison tombent généralement. Les lésions produites sur les fruits peuvent être très visibles, avec des matières fécales ou un suintement de gomme au point d'entrée. La tordeuse orientale du pêcher est présente dans les régions où l'on pratique la culture fruitière commerciale, mais elle peut être absente ailleurs. On peut la confondre avec d'autres ravageurs des cultures fruitières, dont le carpocapse.

Méthodes de lutte

Enlever et détruire fréquemment tous les fruits infestés qui sont tombés sous les arbres. Tailler les arbres pour faciliter le passage des ennemis naturels tels que les oiseaux et les prédateurs, qui peuvent avoir un effet sur les larves. On peut enrouler des bandes de carton ou de jute autour des troncs pour piéger les larves qui s'y abritent pour la pupaison. Inspecter fréquemment ces endroits et tuer les larves ou les pupes qui s'y trouvent.

Acariens

Les acariens sont de minuscules ravageurs rouges ou bruns, semblables à des araignées, qui rongent le revers des feuilles. Leur petite taille les rend difficile à voir sans l'aide d'une loupe. Ils sucent la chlorophylle des feuilles, ce qui crée de petits points blancs et, dans les cas graves, provoque le bronzage des feuilles. Les traitements ne sont pas nécessaires sauf si le feuillage commence à prendre une teinte bronzée, en général pendant une période de temps chaud et sec. Pour plus d'information, voir la partie sur les acariens au Chapitre 1.

Méthodes de lutte

Sur les arbres jeunes ou les variétés naines, déloger les acariens au moyen d'un fort jet d'eau dirigé sous les feuilles. Cette méthode est inefficace sur les grands arbres. Comme les plantes soumises à un stress hydrique tolèrent moins bien les dommages, assurer une bonne irrigation. Les acariens ont de nombreux ennemis naturels qui limitent leurs populations. Les acariens prédateurs vendus dans le commerce peuvent également être utiles.

Cochenilles

Les cochenilles vivent sous de petites écailles dures, semblables à des boucliers, collées sur l'écorce des arbres. À force de sucer la sève des arbres, elles les affaiblissent. Selon l'espèce, les écailles ressemblent à de petites coquilles d'huîtres grises ou à de petits boutons bruns. Pour plus d'information, voir la partie sur les cochenilles au Chapitre 1.

Méthodes de lutte

Les oiseaux et les insectes utiles peuvent tenir en échec une infestation légère. Dans le commerce, on trouve des produits de lutte biologique qui permettent de limiter les populations de cochenilles.

Maladie du plomb

La maladie du plomb est causée par un champignon qui pénètre par les blessures infligées durant la taille. Le pommier, l'abricotier, le groseillier, le pêcher, le prunier, le framboisier et le cerisier à fruits acides ainsi que nombre de plantes ornementales ligneuses sont sensibles à cette maladie. Parmi les symptômes, notons le feuillage argenté ou à reflets plombés des branches malades dont l'intérieur brunit et devient strié. Des branches et même des arbres entiers peuvent périr lorsque les canaux conducteurs d'eau sont envahis. Le champignon produit un organe de fructification en forme de lame ayant jusqu'à 2,5 cm de diamètre, sous les branches et dans l'écorce. Ces organes, plus nombreux après les pluies d'automne, sont alors d'un violet clair.

Méthodes de lutte

Ne pas tailler les arbres pendant la période la plus propice à l'infection, soit à partir de la montée de la sève au début du printemps, et jusqu'à la floraison. Si possible, ne pas effectuer de taille trop sévère. Enlever et détruire les branches et les arbres morts des environs qui peuvent abriter le champignon. Même en taillant les branches touchées, il est parfois impossible de sauver un arbre infecté parce que le champignon est souvent bien établi dans toutes ses parties avant l'apparition des symptômes.

Punaises

Les punaises percent les pommes, les pêches, les poires et les nectarines, et en sucent la chair, ce qui creuse des lésions déprimées en entonnoir (dites « catfacing » en anglais). Dans le cas des pêches, des abricots et des nectarines, de la gomme ambrée s'écoule parfois des lésions. Sur les pêchers, les punaises s'en prennent aussi aux jeunes pousses, causant un flétrissement et un dépérissement. Pour plus d'information, voir la partie sur les punaises au Chapitre 1.

La punaise terne adulte est brune tandis que la punaise à quatre raies (PQR) est jaune verdâtre et ornée de quatre bandes noires. Les deux espèces ont le thorax triangulaire, mesurent de 6 à 7 mm de longueur et de 3 à 4 mm de largeur. Elles sont très actives et s'envolent dès qu'on s'approche. La jeune punaise terne est vert pâle tandis que la jeune PQR est rouge vif avec des points et des marques foncées. Les punaises ternes peuvent causer des dommages tout au cours de la saison tandis que les PQR font des ravages surtout à la fin du printemps et en été.

Méthodes de lutte

Nettoyer le jardin à fond à l'automne, parce que les nymphes ou les adultes passent l'hiver dans les débris et dans les mauvaises herbes. Pour réduire le nombre de sites de reproduction, on peut arracher les mauvaises herbes et tondre l'herbe autour des jardins. Certains producteurs commerciaux ont obtenu de bons résultats en plaçant une rangée de marguerites Shasta comme culture piège autour de leurs plantations. Cette méthode ne donne des résultats que si les marguerites ont constamment des fleurs, parce que les punaises les quittent à la fin de la floraison. Ces insectes ont plusieurs ennemis naturels. On peut planter des espèces productrices de nectar autour cultures à protéger, ce qui constitue une forme de protection biologique.

Liens connexes


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 16 juin 2010
Dernière révision : 9 août 2010

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