Manuel du jardinier
Chapitre 2: Lutte Intégrée
Méthodes de lutte biologique

Table des matières

  1. Méthodes de lutte biologique
  2. Protection des insectes utiles
  3. Liens connexes

Méthodes de lutte biologique

La lutte biologique consiste à utiliser un ennemi naturel d'un ravageur pour réduire les populations de ce dernier. Ces ennemis naturels, qualifiés collectivement d'espèces « utiles », peuvent être des prédateurs, des parasitoïdes, des organismes pathogènes ou des nématodes. Les prédateurs tuent et dévorent de nombreux autres insectes (généralement plus petits qu'eux); ce sont les carabes, les coccinelles, les mantes religieuses et certains acariens (Tableau 3). Les insectes parasitoïdes pondent leurs œufs à la surface du corps d'un autre insecte ou à l'intérieur de celui ci, et les jeunes se nourrissent aux dépens de leur hôte, qui finit généralement par mourir (Tableau 4). La plupart des insectes parasitoïdes sont de minuscules guêpes ou mouches. Les pathogènes sont des micro organismes qui infectent les insectes et les acariens et les tuent. Les insectes sont naturellement sensibles à une vaste gamme de bactéries, champignons, protozoaires et virus. Et enfin les nématodes sont de minuscules vers semblables à ceux qui s'attaquent aux plantes. Cependant, au lieu des végétaux, ils envahissent le corps des insectes par leurs orifices naturels et se nourrissent de leur chair à partir de l'intérieur, ce qui finit par les tuer.

De nombreux prédateurs et parasitoïdes sont de proches parents des espèces nuisibles et leur ressemblent beaucoup. Il est donc souhaitable de se familiariser avec les espèces utiles les plus communes du jardin. À cet effet, des photos et des informations connexes sont affichées sur le site Web du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales. Afin de déterminer si un insecte donné est utile ou nuisible, inspecter les plantes sur lesquelles il se trouvait pour voir s'il s'en est nourri. L'observer pour voir s'il mange la plante ou un membre d'une autre espèce. Voir également comment il se déplace : les prédateurs sont généralement rapides, leur agilité leur permettant d'attraper leurs proies.

Il y a deux principales formes de lutte biologique, soit la mise en œuvre de diverses mesures pour favoriser et protéger les populations d'espèces utiles présentes naturellement, ou l'introduction d'ennemis naturels achetés dans le commerce.

Protection des insectes utiles

La meilleure stratégie de lutte biologique consiste à favoriser les populations d'ennemis naturels des ravageurs en leur offrant un habitat qui leur convient. Chez de nombreux parasites des insectes, les adultes survivent plus longtemps s'ils peuvent se nourrir de nectar, et certains prédateurs doivent s'alimenter de pollen pour pouvoir se reproduire. De plus, beaucoup de ces espèces utiles se portent mieux lorsqu'elles disposent d'abris. Pour favoriser leurs populations, faire pousser diverses plantes à fleurs dont les adultes pourront consommer le pollen et le nectar. Veiller à choisir des végétaux qui ne se comportent pas comme des mauvaises herbes envahissantes; à cet égard, les espèces indigènes peuvent constituer un bon choix. On pourra offrir un abri aux insectes utiles en maintenant un habitat diversifié dans le jardin et autour de celui ci. Il existe plusieurs stratégies possibles à cet effet, mais aussi certains risques. Les paillis que l'on pose entre les rangs de cultures forment un refuge pour des prédateurs comme les carabes, mais ils font également le bonheur des limaces et des cloportes.

Au jardin, il faut utiliser les produits chimiques avec prudence parce que certains insectes utiles résistent à des doses moins fortes d'insecticide que les espèces nuisibles. Éviter aussi la dérive de ces produits vers les plantes du voisinage qui peuvent abriter des insectes utiles.

Introductions

De nombreux ennemis naturels des ravageurs peuvent être achetés dans le commerce et relâchés dans les cultures et les jardins pour lutter contre les ravageurs. Bien que ces agents biologiques donnent de très bons résultats dans les serres, beaucoup d'entre eux ne présentent qu'un intérêt limité pour les jardins familiaux. Certains, comme les mantes religieuses, sont des prédateurs généralistes qui s'attaquent à un si grand nombre d'espèces qu'ils ont un effet limité sur les populations du ravageur visé. De plus, de nombreux prédateurs naturels introduits ne restent pas longtemps sur place.

On peut aussi relâcher des prédateurs naturels indigènes comme les coccinelles, mais l'achat de l'espèce Hippodamia convergens, importée des États Unis, n'est pas d'une grande utilité. Ces coccinelles sont recueillies pendant leur hivernation dans les montagnes de Californie. Dès qu'elles sont relâchées, elles s'envolent et parcourent de grandes distances avant de reprendre leur activité prédatrice. Il en restera donc tout au plus quelques unes pour livrer bataille dans le jardin. De plus, les coccinelles ne peuvent que contribuer à circonscrire les invasions d'insectes non mobiles comme les pucerons, et seulement si on les introduit avant que la population de ravageurs soit bien établie. Par contre, certains parasitoïdes et prédateurs utiles présents à l'état naturel en Ontario se prêtent bien aux introductions dans les jardins privés et peuvent être achetés auprès de fournisseurs. Pour qu'ils soient efficaces, il faut en relâcher à intervalles réguliers dans le jardin.

Dans la province, il est également possible d'acheter divers produits à base de nématodes parasites des insectes, qui peuvent donner de bons résultats contre les populations de certains ravageurs terricoles. Comme ces produits contiennent des organismes vivants, pour assurer leur efficacité, il faut bien suivre les instructions sur l'entreposage et le traitement qui figurent sur l'étiquette.

Divers pathogènes des insectes et des plantes nuisibles sont vendus dans le commerce, mais ils sont préparés et réglementés comme des insecticides et nous n'en parlerons pas dans le présent manuel.

S'en tenir aux ennemis naturels des ravageurs qui sont vendus dans le commerce par des fournisseurs reconnus. Ne jamais relâcher d'insectes utiles capturés par vous même ou une autre personne hors de l'Ontario et amenés dans la province. L'introduction d'organismes étrangers est illégale et peut causer de graves problèmes écologiques à long terme.

Tableau 3. Prédateurs communs et leurs proies.

Prédateur Proie
Coccinelles et leurs larves Pucerons, acariens, thrips et autres petits insectes ainsi que leurs œufs
Carabes Chenilles et autres petits insectes à corps mou
Syrphes Pucerons et petites chenilles
Larves de chrysopes Pucerons, œufs d'insectes, thrips et autres insectes et larves de petite taille
Réduves Pucerons, œufs d'insectes, cicadelles et autres insectes et chenilles de petite taille
Autres punaises, notamment pentatomes, anthocorides, Geocorus spp. et nabidées Acariens, thrips, pucerons et autres petits insectes et leurs larves, œufs d'insectes et chenilles
Libellules et demoiselles Moustiques et autres insectes ailés
Mantes religieuses Généralistes, prédateurs d'une vaste gamme d'insectes
Grenouilles, serpents et souris Divers insectes

 

Tableau 4. Parasitoïdes communs et leurs hôtes.

Parasitoïde Hôte
Ichneumonides Papillons de nuit, papillons, larves et nymphes de coléoptères et de mouches
Braconides Larves de papillons de nuit, de coléoptères et de mouches et divers autres insectes, nymphes ou adultes

 

Tableau 5. Ennemis naturels des ravageurs disponibles dans le commerce.

Ravageur viséEnnemi naturel
TypeEspèces
AcariensAcariens prédateursPhytoseiulus persimilis
Galandromus occidentalis
Amblyseius fallacis
Mesoseiulus longipes
Neoseiulus californicus
Mouches prédatricesFeltiella acarisuga
Coccinelles prédatricesStethorus punctillum
AleurodesGuêpes parasitoïdesEretomocerus mundus
Eretomocerus eremicus
Encarsia formosa
Coccinelles prédatricesDelphastus catalinae
PuceronsCoccinelles prédatricesHippodamia convergens
Adalia bipunctata
ChrysopeChrysoperla carnea
Chrysoperla rufilabris
Mante religieuse (prédatrice)Tenodera aridifolia
Larves prédatrices de mouchesAphidoletes aphidomyza
Guêpes parasitoïdesAphidius colemani
Aphidius matricariae
Aphelinus abdominalis
ThripsAcariens prédateursAmblyseius swirskii
Amblyseius cucumeris
Amblyseius degenerans
Orius insidiosus
ChenillesPunaise prédatricePodisus maculiventris
Guêpes parasitoïdesTrichogramma pretisoum
Trichogramma minutum
Trichogramma ostriniae
Nématodes parasitesSteinernema carpocapsae
Diverses larves terricoles de coléoptèresNématodes parasitesHeterorhabditis bacteriophora
Heterorhabditis megidis
Steinernema kraussei
MineusesGuêpes parasitoïdesDacnusa sibirica
Diglyphus isea
Cochenilles farineusesGuêpes parasitoïdesLeptomastix dactylopii
Coccinelles prédatricesCryptolaemus montrouzieri
CochenillesGuêpes parasitoïdesAphytis melinus
Metaphycus spp.
Coccinelles prédatricesLindorus lophanthae
LimacesNématodes parasitesPhasmarhabditis hermaphrodita

À noter que beaucoup de ces espèces, sinon toutes, sont davantage destinées aux cultures en serre et peuvent ne pas donner les résultats escomptés en plein air; de plus, elles n'ont pas toutes la même efficacité.

Liens connexes


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 4 juillet 2005
Dernière révision : 18 août 2010

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