Le phosphore : un élément nutritif indispensable à la production de soya

Lorsqu'on fertilise un champ de soya, l'accent est habituellement mis sur le potassium (K). Les fèves soya ont la réputation de ne pas réagir aux engrais contenant du phosphore (P). Cette opinion provient en partie du fait que le soya prélève de grandes quantités de K et beaucoup moins de P. Toutefois, on semble démontrer de plus en plus que le phosphore est vital pour obtenir de hauts rendements dans le soya. Quand les analyses révèlent de faibles teneurs en P dans le sol, les rendements de soya peuvent grandement se ressentir d'un apport de P2O5.

Pourquoi le phosphore est-il important?

Le phosphore ainsi que l'azote et le potassium sont les principaux éléments requis par les plantes pour compléter leur cycle de vie. Le phosphore est particulièrement important durant les premiers stades de croissance et de développement de la culture. L'un des rôles importants du P dans les plantes est de stocker et de transférer l'énergie produite par la photosynthèse afin qu'elle soit utilisée ensuite pour la croissance et la reproduction. Si les quantités de P sont restreintes, les plantes ne peuvent croître de manière appropriée, ce qui limite leur capacité à surmonter le stress. Une croissance lente des racines et des pousses entraîne des retards de maturité et des réductions de rendement. Le phosphore est également un composant des membranes cellulaires et fait partie de la structure de l'ADN. Une culture donnant 50 boisseaux/acre de soya prélèvera jusqu'à 50 lb/acre de P2O5. Les plantes ont besoin de relativement grandes quantités de P comparativement à la plupart des autres éléments nutritifs.

Effet du P sur les rendements de soya

On croit généralement que les engrais phosphatés n'ont pas beaucoup d'effet sur les rendements du soya, à moins que la concentration en P dans le sol soit très faible. Des essais récents ont cependant montré que le P avait un effet surprenant sur le rendement du soya. Les symptômes visuels des carences en P sont rares et difficiles à identifier lorsqu'ils sont présents. Dans les cas extrêmes, les plants poussent lentement, ils sont filandreux et les feuilles demeurent plus petites et plus pâles. La plupart du temps, ces symptômes sont discrets et ne sont pas perçus, à moins que l'on compare le plant directement avec un plant sain. Le compactage du sol freine la croissance racinaire, ce qui entraîne des carences induites par les conditions de température. Des essais menés en Ontario au cours des cinq dernières années par l'Université de Guelph et le MAAARO ont montré que lorsque les teneurs dans le sol étaient inférieures à 20 ppm pour le P et à 120 ppm pour le K, l'application de potasse seule n'augmentait les rendements que de 1 boisseau/acre. Lorsqu'on appliquait du P et du K, les rendements augmentaient de 4 boisseaux/acre. Lorsque les teneurs en P dans le sol étaient faibles, mais que celles du K étaient adéquates, l'application de P augmentait les rendements de 3 boisseaux/acre. Il est donc évident que le phosphore contribue de manière importante à l'obtention de rendements élevés dans le soya. Lorsque les teneurs en P et en K étaient adéquates dans le sol, l'apport d'engrais n'augmentait pas les rendements.

L'une des plus importantes conclusions de l'étude jusqu'à maintenant est que l'application d'engrais dans des sols dont les concentrations en éléments nutritifs sont faibles donne de moins bons rendements que dans les sols qui contiennent de bonnes quantités de P et de K. Il semble que d'arriver à avoir un sol dont les concentrations en P et K sont raisonnables (20 ppm pour le P et 120 ppm pour le K) soit une bonne stratégie à long terme pour maximiser les rendements dans le soya.

Le phosphore et l'environnement

Les pertes de phosphore vers les eaux en raison de l'érosion du sol sont une préoccupation majeure sur le plan environnemental. Toutefois, le P peut aussi s'échapper des champs sous forme soluble, soit par le ruissellement de surface ou par les conduites de drainage souterrain. Les pratiques de gestion optimales qui atténuent l'érosion du sol peuvent être efficaces pour réduire les pertes de P au champ, mais elles doivent être utilisées conjointement avec un bon placement des engrais et des applications en temps opportun qui minimisent les risques de pertes. L'été (après la récolte du blé) est une période idéale pour appliquer les engrais, étant donné que le risque de perte est plus faible à ce moment. Lorsqu'on applique du phosphore hors de la saison de croissance (comme en octobre), on ne doit pas le laisser à la surface du sol sans l'incorporer à ce dernier.

Il n'y a pas de raison de croire que des quantités excessives de P dans le sol, obtenues par une surfertilisation vont être rentables économiquement. Par ailleurs, de très grandes concentrations de P dans le sol peuvent accroître les risques environnementaux. Par contre, le fait de négliger d'amener le sol à avoir des concentrations raisonnables fera baisser les rendements à long terme. Il apparaît donc évident de privilégier une approche équilibrée, c'est-à-dire d'apporter la quantité de P2O5 qui convient au soya au bon moment, ce qui semble vouloir dire que l'on vise à obtenir d'assez faibles teneurs dans le sol durant un certain nombre d'années. Amener les concentrations de P dans le sol à des niveaux modérés n'augmente pas nécessairement les risques de pertes dans l'environnement, mais il faut alors absolument respecter les pratiques de gestion optimales appropriées.


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