Vers un changement de mentalité? Notre rôle comme protecteurs des habitats et défenseurs de la biodiversité

Le travail de coordonnateur des grandes cultures du MAAARO présente de nombreux avantages; entre autres, il offre l'occasion de parcourir les routes de l'Ontario pour rendre visite aux agriculteurs, effectuer de la recherche appliquée et prendre la parole à des rencontres. Pour moi le spectacle des nombreuses exploitations agricoles qui agrémentent le paysage rural est un plaisir renouvelé. Je suis toujours impressionné par la somme de travail que les gens font pour donner une image soignée leurs fermes dont, de toute évidence, ils tirent une grande fierté.

Cependant, au cours des deux derniers étés, j'ai commencé à me demander si cet état d'esprit ne nous empêchait pas de voir une partie de la réalité. Sans que nous le sachions, certaines des pratiques que nous suivons depuis toujours par pure fierté seraient-elles nuisibles à notre environnement? Je pense aux innombrables kilomètres d'accotements routiers adjacents à des cultures qui sont tondus comme des pelouses urbaines. C'est ce qu'on peut voir sur les routes rurales de toute de la province (Figure 1).

Figure 1. Paysage typique d'accotements tondus le long des routes rurales de l'Ontario.

Figure 1 : Paysage typique d'accotements tondus le long des routes rurales de l'Ontario.

Selon ma collègue Tracey Ryan de l'Office de protection de la nature de la rivière Grand, la notion de « pelouse soignée » remonte aux premiers colons qui éprouvaient le besoin de «déboiser ». À leurs yeux, le potentiel de réussite de toute personne se reflétait dans sa capacité à « dompter »la nature.

Mais à la lumière de certains évènements survenus à l'échelle mondiale et locale, il est devenu évident que nous devons nous soucier davantage de biodiversité et de la perte d'habitats. Les accotements routiers abritent une multitude d'êtres vivants (micro-organismes, plantes, insectes, oiseaux et mammifères) qui ont besoin de cet espace pour se nourrir, se reproduire et se cacher; autrement dit, c'est leur « habitat »! Les accotements routiers laissés à l'état naturel constituent également d'importantes voies de déplacement pour les espèces qui s'y abritent tout en recherchant leur nourriture. Il est vrai que de façon générale, dans les régions rurales de l'Ontario, nous accordons une grande importance à l'habitat, mais je crois que nous avons en oublié la véritable signification.

Dans nos vies quotidiennes, nous ne pensons pas souvent à l'importance de la biodiversité. Il semble que l'on sous-évalue son rôle dans l'écosystème, malgré la place qu'elle tient dans nos vies. Tracey souligne que « la biodiversité est essentielle parce qu'elle constitue le point de départ du fonctionnement de l'écosystème qui nous fournit nos aliments et notre eau, et dont nous sommes tributaires pour notre santé et nos loisirs ». Voici quelles sont les principales fonctions biologiques de la biodiversité :

  • régulation des paramètres chimiques de l'atmosphère et des réserves d'eau;
  • recyclage des éléments nutritifs essentiels au maintien de la fertilité du sol;
  • fonctions écologiques telles que la pollinisation de masse des cultures alimentaires à l'échelle mondiale;
  • fourniture de variantes génétiques pour la création de nouvelles cultures et de nouveaux produits pharmaceutiques.

Avec l'accroissement de la taille des champs cultivés et l'élimination des clôtures, avec l'augmentation des superficies consacrées aux cultures de maïs, de soya et, on l'espère, de blé d'automne et de céréales de printemps, peut-être même avec du trèfle rouge ou d'autres cultures de couverture, et avec la réduction des cultures fourragères et des pâturages ces dernières années, nos champs ont perdu une partie de leur diversité (http://bitly.com/OMAFRAFarmStats or http://bit.ly/1LN44sT). Devons-nous concevoir autrement la façon dont nous contribuons à la biodiversité et, dans la mesure du possible, laisser place à des « espaces naturels » sur les surfaces non cultivées et boisées qui restent dans la province? Nous offririons ainsi à ces organismes l'habitat dont ils ont besoin pour prospérer. Bien que nous ne pensions pas souvent à eux et qu'ils se montrent rarement, ils sont bien là et ils jouent un rôle important dans l'écologie globale de notre environnement.

Lorsque nous tondons ces espaces publics qui longent les routes, est-ce que nous détruisons un habitat sans penser aux conséquences? Étant donné les réalités de notre environnement, notre conception de ce qui a « belle allure » est-elle dépassée?

Et il y a la consommation de carburant, les gaz d'échappement et les gaz à effet de serre que nous produisons dans un but purement « esthétique »; devrions-nous donc repenser tout cela?

Lors de mes derniers déplacements en Ontario et dans les Maritimes je pensais encore à ces « espaces naturels »; j'ai aussi remarqué les endroits suivants, qui sont à la fois de magnifiques habitats et un plaisir pour l'œil.

Figure 2: Lupins et autres espèces présentes sur les accotements routiers de l'Île-du-Prince-Édouard, juillet 2014.

Figure 2 : Lupins et autres espèces présentes sur les accotements routiers de l'Île-du-Prince-Édouard, juillet 2014. Figure 3: Lupins et autres espèces présentes sur les accotements routiers de l'Île-du-Prince-Édouard, juillet 2014.

Figure 3 : Lupins et autres espèces présentes sur les accotements routiers de l'Île-du-Prince-Édouard, juillet 2014. Figure 4:Accotements routiers laissés à l'état naturel dans des régions rurales de l'Ontario, juillet 2015.

Figure 4 : Accotements routiers laissés à l'état naturel dans des régions rurales de l'Ontario, juillet 2015.

Figure 5: Accotements routiers laissés à l'état naturel dans des régions rurales de l'Ontario, juillet 2015.

Figure 5 : Accotements routiers laissés à l'état naturel dans des régions rurales de l'Ontario, juillet 2015.

Dans le domaine de l'agriculture, nous nous considérons souvent comme les « premiers environnementalistes » parce que nous jouons un rôle important en matière de gestion de l'écologie de l'Ontario, en particulier dans le Sud de la province. Avec quelques efforts, nous pouvons améliorer grandement notre contribution; il nous suffirait d'y penser et d'assurer un entretien plus écologique des accotements routiers, pour le bien de tous. La documentation existante regorge de renseignements intéressants sur ce sujet; je vous recommande en particulier ces quelques bonnes sources d'information (en anglais seulement) :

http://bitly.com/RoadSides1
http://bitly.com/RoadSides2
http://bitly.com/RoadSides3


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Local : 519 826-4047
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