Le soya a-t-il besoin d'insectes pour être pollinisé?

Le soya est considéré comme une légumineuse autoféconde (ou autogame). Cela signifie que le pollen produit par une fleur féconde l'ovaire de la même fleur sur le même plant. Par conséquent, il n'est pas nécessaire que des insectes assurent la pollinisation d'une culture de soya. Étant donné que les fleurs du soya n'attirent pas les insectes autant que les fleurs d'autres légumineuses, les croisements naturels entre deux plants de soya sont rares. Des essais au champ ont montré que la pollinisation croisée s'observe habituellement dans moins de 1 % des plants de soya.

Les fleurs de soya sont souvent fécondées au moment de leur éclosion et la fécondation peut avoir lieu une journée complète avant le plein épanouissement de la fleur.1 Certains cultivars sont complètement « cléistogames », ce qui veut dire que leurs boutons floraux restent fermés et que la fécondation se fait par autogamie, soit à l'intérieur du bouton. Dans le cas de certains autres cultivars, les fleurs ne s'ouvrent qu'en présence de conditions environnementales précises. Dans le cadre d'une étude sur 12 cultivars de soya, où des populations d'abeilles mellifères et d'insectes indigènes étaient présentes, le taux de pollinisation croisée a varié d'aussi peu que de 0,09 % jusqu'à 1,63 % (moyenne de deux ans 2). On constate donc que les insectes, y compris les abeilles mellifères, ne sont pas nécessaires pour polliniser les plants de soya et que la présence d'insectes ne devrait pas améliorer les rendements de manière significative.

Est-ce que l'absence de fécondation entraîne l'abscission (chute) de la fleur?

Dans les plants de soya, un grand nombre de fleurs ne se développent pas en gousses. Plus de 80 % des fleurs peuvent tomber sans contribuer au rendement. On a émis l'hypothèse que les fleurs de soya se détachent du plant parce qu'elles n'ont pas été fécondées. Toutefois, l'absence de fécondation n'est pas la source de l'abscission des fleurs puisque presque toutes les fleurs qui se détachent sont déjà fécondées et contiennent des préembryons ayant déjà passé par deux ou trois divisions cellulaires.3

Est-ce que les traitements insecticides des semences contaminent le pollen de soya?

Si des pollinisateurs s'alimentent à même des fleurs de soya, est-ce que l'insecticide qui enrobe la semence contamine le pollen? Des recherches menées dans le but d'évaluer l'exposition potentielle des pollinisateurs aux insecticides à base de néonicotinoïdes utilisés pour le traitement des semences ont permis d'analyser 560 échantillons provenant de diverses cultures. On y a mesuré les concentrations de clothianidine, d'imidaclopride, de thiaméthoxame et de leurs métabolites. Selon les résultats obtenus, « des insecticides à base de néonicotinoïdes n'ont pas été détectés dans les fleurs prélevées dans le cadre de quatre essais sur le soya où des traitements d'insecticides à base de néonicotinoïdes étaient évalués ».4

Y a-ta-il des recherches qui montrent que les abeilles peuvent contribuer à hausser les rendements dans le soya?

On a signalé que la présence d'abeilles mellifères semble contribuer à une augmentation des rendements de soya sous certaines conditions. Ces corrélations sont difficiles à vérifier. Certains essais ont montré des hausses de rendement en certaines circonstances précises.5 Une étude récente réalisée au Brésil a indiqué des hausses de rendement de 18 % associées à l'introduction de colonies d'abeilles dans un champ de soya.6 Toutefois, cet essai n'a été effectué que durant une année avec des répétitions limitées, une petite superficie expérimentale et une variété tropicale de soya. Les avantages de la pollinisation croisée ou de l'autofécondation semblent étroitement liés au cultivar, à la température, à l'humidité et au nombre d'insectes présents. Des études ont montré des augmentations de rendement avec la présence d'abeilles en cages, forcées à butiner sur des plants de soya ou tenues à l'écart de la culture. Ces essais limités dans des conditions strictement expérimentales ne peuvent pas être considérés comme étant représentatifs de ce qui se passe dans les champs de soya en Ontario. Aucun lien n'a été établi entre le rendement du soya et la présence d'abeilles dans les conditions de croissance qui prévalent en Ontario. Si des ruches sont placées à proximité d'un champ de soya, il est important d'en informer le producteur, car l'application d'insecticide foliaire contre les pucerons ou les tétranyques est dommageable pour les abeilles.

1Dzikowski, B., Studia nad soja Glycine hispida (Moench) Maxim. Cz. 1. Morfologia. Mem. Inst. Natl. Pol. Econ. Rurale 254: 69-100, 1936.

2Ahrent, D.K. et Caviness, C.E., Natural cross-pollination of 12 soybean cultivars in Arkansas, dans Crop Science 34 :376-378, 1994.

3Abernathy, R.H.,R.G. Palmer, R. Shibles et J.C. Anderson, Histological observations on abscising and retained soybean flower, dans Can. J Plant Sci. 57 :713-716, 1977.

4Environ Sci Technol, 19 août 2014;48(16):9762-9. doi: 10.1021/es501657w. Publication en ligne, 23 juillet 2014.

5Erickson, E.H. Berger, G.A., Shannon, J.G. et Robin, J.M. Honey Bee Pollination Increases Soybean Yields in the Mississippi Delta Region of Arkansas and Missouri, dans Economic Entomology, 71: 601-603, 1978.

6Marcelo de O. Milfont, Epifania Emanuela M. Rocha, Afonso Ode´rio N. Lima, Breno M. Freitas. Higher soybean production using honeybee and wild pollinators, a sustainable alternative to pesticides and autopollination, dans Environ Chem Lett (2013) 11:335-341.


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