La graisse bactérienne commune dans les haricots secs se propage par voie aérienne

Semis tardifs, temps humide et récolte tardive : 2014 est décidément une année que bon nombre de producteurs ne regretteront pas! Malgré tout cela, de nombreux producteurs de haricots secs comestibles ont terminé la saison avec des rendements de bons à excellents, marqués cependant par une hausse de maladies bactériennes. Les graisses bactériennes sont préoccupantes lorsqu'elles surviennent, car elles peuvent affecter et le rendement et la qualité des fèves.

Il existe trois types principaux de graisses bactériennes qui s'attaquent aux haricots secs comestibles :

  • la graisse bactérienne commune;
  • la graisse bactérienne à halo;
  • les taches brunes bactériennes (graisse bactérienne).

La récolte de haricot adzuki a été particulièrement affectée en 2014 par une grave éclosion de taches brunes bactériennes. Les infections ont d'abord été observées tard en juillet alors que les taches se sont rapidement répandues en raison de l'humidité élevée et du vent. La maladie a continué à se propager dans les champs jusqu'à ce qu'il fasse plus sec à la mi-août. À ce moment, l'infection était répandue aux feuilles, aux tiges et aux gousses, ce qui a fait chuter les rendements et affecté la qualité.

La graisse bactérienne commune est la plus répandue dans les haricots secs. Ce fut par ailleurs la première fois qu'on a observé des taches brunes bactériennes dans tout type de haricot sec comestible en Ontario. Les autres types de haricots peuvent agir comme hôtes de la maladie, mais les haricots adzuki semblent particulièrement vulnérables. Certains producteurs ontariens de haricots mange-tout ont également signalé des dommages causés par les taches brunes bactériennes en 2014.

D'où provient la graisse bactérienne?

Ce sont les semences infectées qui sont la source initiale des infections bactériennes dans une région. La présence de résidus de haricots infectés et la température jouent un rôle majeur dans la propagation de la maladie. De graves éclosions de graisse bactérienne commune et de graisse bactérienne à halo surviennent lorsqu'on sème des semences contaminées. Les taches brunes bactériennes peuvent s'établir par des semences infectées, mais la bactérie peut aussi survivre longtemps sur des plants sains sans que les symptômes de la maladie se manifestent si les conditions ne sont pas propices à leur apparition. Contrairement à la graisse bactérienne commune et à la graisse bactérienne à halo, les bactéries « résidantes » qui véhiculent les taches brunes bactériennes sont considérées comme la principale source d'infection. Les autres plantes-hôtes « résidantes » pour les taches brunes sont le maïs, le soya, d'autres types de haricots secs et la vesce velue. Il est donc possible que les taches brunes bactériennes soient déjà présentes dans une région avant que ne se produise une éclosion.

Comment se propage la maladie bactérienne?

Les tempêtes peuvent transporter les bactéries sur de longues distances. On croit que ces bactéries peuvent parcourir par voie aérienne des distances allant jusqu'à 160 km. Une contamination à partir des plantes-hôtes peut aussi se produire par l'intermédiaire des humains, du matériel, des animaux, des insectes et des éclaboussures de la pluie. Lorsqu'une semence infectée lève, les bactéries suintent de la surface des feuilles et se propagent aux autres plants par les éclaboussures des gouttes de pluie. De graves épidémies peuvent se produire uniquement à partir de quelques semences infectées mises en terre et se propager dans un champ lorsque les conditions climatiques sont favorables. Les bactéries se multiplient rapidement et leur population peut plus que doubler en 30 minutes. Les bactéries s'introduisent dans les plantes par des orifices naturels (stomates) et par les blessures dues à la grêle, à la pluie battante, au vent, à l'érosion du sol, aux insectes ou à la machinerie. Les pluies diluviennes contribuent particulièrement à la propagation et à la multiplication des maladies bactériennes. Les cellules orageuses locales peuvent infecter un champ sans nécessairement en affecter un autre à quelques kilomètres.

Lorsque la bactérie est introduite dans un plant, elle se répand facilement de manière systémique dans toutes les feuilles, les tiges, les gousses et les graines. La graisse bactérienne à halo est favorisée par les précipitations, l'humidité élevée et les températures modérées (18 à 22 °C), alors que la graisse bactérienne commune et les taches brunes bactériennes sont favorisées par les températures élevées (28 à 32 °C).

Symptômes

Les symptômes de la graisse bactérienne commune et de la graisse bactérienne à halo peuvent sembler très similaires. Les symptômes initiaux sur les feuilles, dans le cas des trois types de graisse bactérienne, se manifestent sous forme de petites (3-5 mm) taches gorgées d'eau qui virent au vert pâle puis au brun. Dans le cas des graisses bactériennes commune et à halo, les lésions grossissent et le centre s'assèche; un pourtour jaune peut apparaître. Les feuilles peuvent devenir cassantes. Les lésions aux gousses apparaissent d'abord sous forme de taches gorgées d'eau qui s'agrandissent, fusionnent et forment des cloques qui se creusent et deviennent brun rougeâtre. Les chancres peuvent sembler graisseux lorsque les bactéries suintent pour s'assécher ensuite et former une croûte.

Les lésions foliaires dues aux taches brunes bactériennes ne semblent pas, le plus souvent, gorgées d'eau et sont beaucoup plus petites que celles qui sont causées par les graisses bactériennes commune et à halo. Lorsque la maladie devient systémique, des lésions beiges et creuses avec un pourtour brun rougeâtre apparaissent sur les tiges et les pétioles. Les gousses peuvent sembler recourbées ou présenter des lésions aqueuses avec un pourtour brun rougeâtre.

Figure 1. Lésions matures causées par la graisse bactérienne commune.

Figure 1. Lésions matures causées par la graisse bactérienne commune.

Figure 2. Taches brunes bactériennes sur un plant de haricot adzuki.

Figure 2. Taches brunes bactériennes sur un plant de haricot adzuki.

Figure 3. Gousses de haricot adzuki infectées par des taches brunes bactériennes

Figure 3. Gousses de haricot adzuki infectées par des taches brunes bactériennes.

Quelle est l'efficacité des bactéricides à base de cuivre?

Les fongicides n'ont aucun effet sur les graisses bactériennes. Les bactéricides à base de cuivre peuvent réduire la prolifération des bactéries sur le feuillage et limiter leur propagation dans les gousses et le feuillage sains. Les applications sont plus efficaces sous forme de traitement préventif durant le stade végétatif, car les bactéries se multiplient et se propagent rapidement. L'efficacité n'est que faible à modérée une fois que l'éclosion s'est produite en raison de la quantité élevée d'inoculum habituellement présente dans le champ.

La première application devrait être effectuée avant l'apparition des symptômes et les traitements devraient être répétés tous les 7 à 10 jours si les conditions sont favorables. Il est plus efficace de faire les traitements après un orage. Dans les champs endommagés par la grêle ou les orages violents, l'application d'un bactéricide peut aider à protéger les plants quand les conditions sont propices à l'infection. La recherche a montré que les bactéricides à base de cuivre ne sont habituellement pas aussi efficaces contre la graisse bactérienne commune comparativement aux taches brunes et à la graisse bactérienne à halo.

Que peut-on faire de plus?

  1. Semer des graines certifiées dont vous connaissez l'origine! Les semences provenant de régions semi-arides (comme celles qui viennent de l'Ouest du pays) présentent très peu de risques d'être infectées.
  2. Semer des haricots blancs résistants à la graisse bactérienne commune. Les variétés de haricots blancs sont résistantes à la graisse bactérienne à halo. Voici des exemples de variétés de haricots blancs résistantes à la graisse bactérienne commune : OAC Rex, Lighthouse, Mist, Apex et Rexeter.
  3. Les traitements de semences à la streptomycine réduisent ou éliminent la contamination de surface, mais ils ne maîtrisent pas les infections dans les fissures ou sous la surface de la graine.
  4. Ne pas cultiver de haricots (comestibles ou soya) dans un même champ plus d'une fois tous les trois ans.
  5. Le labour des résidus infectés va accélérer leur décomposition et réduire la survie des agents pathogènes. Les bactéries pathogènes survivent plus longtemps sur les résidus de haricots laissés à la surface du sol après la récolte.
  6. Désinfecter les cultivateurs, les pulvérisateurs et toute autre pièce de machinerie entre les travaux dans deux champs différents.
  7. Ne pas rester dans le champ quand le feuillage est humide.
  8. Éviter des haricots secs comestibles à côté de champs où des haricots ont été infectés l'année précédente.
  9. Inspecter attentivement les champs de haricots dès la moitié du stade végétatif, surtout durant les périodes d'humidité élevée. Les infections qui surviennent après des orages et des vents violents, ou de la grêle se manifestent souvent de 7 à 10 jours plus tard.
  10. Éliminer les repousses spontanées de haricots adzuki.


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