Pour optimiser les essais à la ferme

Les essais à la ferme qui sont planifiés et réalisés correctement peuvent représenter une excellente façon d'évaluer de nouvelles idées, ainsi que de nouveaux produits et du matériel. Mais pour qu'un essai à la ferme, même le plus simple, puisse fournir de l'information utile, il est important de prendre le temps de le planifier et de bien l'exécuter.

Pour y arriver, deux conditions de base doivent être respectées. Tout d'abord, l'essai doit être conçu de manière à ce que toutes les variables de la production (comme le drainage, l'apport d'engrais, le travail du sol, etc.) demeurent constantes dans la parcelle à l'étude, à l'exception des divers traitements évalués (comme les hybrides, les fongicides, la densité de peuplement, etc.). Deuxièmement, pour que les résultats obtenus soient crédibles, l'essai doit être conçu de manière à ce que les données recueillies puissent faire l'objet d'une analyse statistique. Ces conditions sont à peu près indispensables si l'on veut répéter l'essai et le rendre aléatoire (c.-à-d. évaluer chaque traitement dans un ordre différent à chaque répétition de l'essai).

Lignes directrices pour mettre sur pied un essai à la ferme

Planification

Fixer l'objectif de l'essai et décrire l'information à recueillir (ex. : variété, date de semis, rendement et % de la surface occupée par des résidus, etc.). Sans répétitions de l'essai, il est impossible de vérifier si les différences observées entre les traitements sont réelles ou uniquement attribuables à la chance ou à l'erreur. Par ailleurs, dans le cas d'un essai ne comportant que deux ou trois traitements dans une parcelle (comme la comparaison entre une parcelle de maïs traitée avec un fongicide foliaire et une parcelle témoin non traitée), il est plus facile de répéter chaque traitement au moins deux fois, mais préférablement trois ou quatre fois dans le champ.

Pour disposer de données suffisantes permettant d'effectuer une analyse rigoureuse et fiable des résultats, il faut au moins six parcelles d'essai, qui peuvent être une combinaison de traitements et de répétitions. Par conséquent, si on compare seulement deux traitements, il faut trois répétitions (2 x 3 = 6). On peut faire exception à ce minimum de six parcelles dans certains essais d'hybrides de maïs, comme ceux qui sont réalisés par l'industrie des semences, où chaque site est considéré comme une répétition, les mêmes hybrides étant semés dans de nombreux sites. Cette méthode offre suffisamment de répétitions pour permettre une analyse valable des données.

Les largeurs réelles des blocs doivent être basées sur la largeur de la machinerie utilisée (semoir, pulvérisateur, moissonneuse-batteuse, etc.). Chaque parcelle de traitement (bande) doit être d'une longueur minimale de 500 pieds et d'une largeur suffisante pour fournir un rendement récolté d'au moins 1000 lb afin de réduire au minimum l'effet des erreurs inhérentes à la prise de mesures et au pesage. Au moment de comparer les données comme les doses d'engrais, la différence des doses entre les traitements doit être suffisamment élevée pour exercer un effet mesurable sur les rendements (ex. : une différence d'au moins 30 lb/acre d'azote réel dans le cas du maïs).

Choix du champ

Idéalement, la pente du champ doit être uniforme, tout comme son drainage et sa fertilité; de plus, le type de sol doit être représentatif de l'exploitation. Si le champ est en pente, orientez la parcelle de manière à ce que les traitements soient à la verticale de haut en bas de la pente. Prenez des parcelles situées à au moins 100 pieds de distance des clôtures, et jusqu'à 200 pieds des gros arbres. Si possible, les semis doivent être faits perpendiculairement (angle de 90o) aux sources connues de variables possibles comme les tuyaux de drainage, les sillons labourés ou les dérayures et les manœuvres au champ (épandage d'engrais ou de fumier). On réduit ainsi les risques engendrés par l'ajout de variabilité associée à des chevauchements ou à des oublis dans l'apport d'intrants culturaux.

L'objectif est de réduire la variation inhérente ou appliquée dans l'ensemble de la parcelle afin de s'assurer que les différences de traitement observées sont réelles et non attribuables à des variations sous-jacentes qui ne sont pas reliées. Il est très important d'observer le champ tout au long de la saison. Faites preuve de discernement pour évaluer s'il se produit des situations dans le champ qui sont susceptibles d'avoir un effet sur les résultats et qui n'étaient pas associées aux différences dans les traitements. Il faut envisager de renoncer aux résultats d'une parcelle s'il est évident qu'il y a quelque chose qui cloche avec le site du projet.

Disposition des parcelles

Prévoyez la disposition des parcelles sur papier ou électroniquement, en y incluant les sites de répétitions et de randomisations, et en veillant à ce qu'il y ait suffisamment de superficies disponibles pour l'essai dans le champ. Veillez à ce que les traitements soient bien identifiés, pour être en mesure de repérer les sites des divers traitements tout au long de la saison.

La figure 1 est un exemple d'une parcelle répétée pour trois traitements (3 répétitions et un essai aléatoire).

Rép 1
Parcelle 1
Traitement 1
Parcelle 2
Traitement 2
Parcelle 3
Traitement 3
Rép 2
Parcelle 4
Traitement 2
Parcelle 5
Traitement 3
Parcelle 6
Traitement 1
Rép 3
Parcelle 7
Traitement 3
Parcelle 8
Traitement 1
Parcelle 9
Traitement 2

Figure 1. Répétition de parcelle (3 traitements X 3 répétitions)

La figure 2 est une disposition possible pour une parcelle comportant deux traitements et quatre répétitions. Cette disposition convient bien lorsqu'on utilise de la machinerie large comme une rampe de pulvérisation de 100 pi (ex. : application foliaire de fongicide).

Figure 2. Disposition de parcelle pour un essai comportant deux traitements et quatre répétitions.

Figure 2. Disposition de parcelle pour un essai comportant deux traitements et quatre répétitions

À la figure 2, on récolte une bande de chacun des traitements côte à côte (ex. : avec et sans fongicide des deux côtés du bloc) et on pèse le maïs, ce qui donne un total de 8 points de données.

Récolte

Les bacs de pesée donnent des résultats plus précis que les capteurs de rendement pour peser le maïs récolté. Si l'on utilise un capteur de rendement, ce dernier doit être étalonné et toutes les parcelles doivent être moissonnées dans la même direction afin de réduire les erreurs associées à la variation de vitesse.

Interprétation des données

Les données propres à une exploitation sont plus utiles si on les combine aux résultats provenant de parcelles à d'autres sites. Si vous prenez le temps de bien planifier les essais, les semis et la récolte d'une parcelle, prenez aussi le temps de bien analyser les résultats et de les partager. Consignez les données dans un format lisible et transmettez-les pour analyse et regroupement à votre conseiller agricole, au spécialiste du MAAARO ou au représentant de la meunerie aussitôt que possible après la récolte.

Les essais à la ferme permettent de répondre à d'importantes questions, mais ils exigent beaucoup de planification et d'attention accordée aux détails. Une bonne distribution des parcelles combinée à des analyses statistiques permet d'isoler les biais afin de repérer les véritables effets des traitements et d'améliorer la précision des réponses à vos questions.


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