Destruction hivernale résultant de l'épandage de fumier

L'épandage de fumier sur les cultures de blé ou fourragères peut représenter une excellente option, mais pas en hiver sur des sols gelés.

Le plan de gestion des fumiers ne doit jamais prévoir un épandage hivernal. Cette pratique devrait plutôt figurer dans un plan d'urgence, en cas de mauvaises conditions météorologiques. En 2014, dans de nombreuses exploitations, les pluies fréquentes et la récolte tardive du maïs exercent une forte pression sur la capacité d'entreposage du fumier. Les plans d'urgence sont essentiels là où le fumier doit être épandu dans des conditions peu favorables. Un champ de blé ou de plantes fourragères peut constituer un site idéal pour l'épandage d'urgence de fumier parce que le compactage ne devrait pas poser de problème et parce que la couverture du sol prévient l'érosion et le transport des éléments nutritifs par le ruissellement. C'est pour ces raisons que les champs de blé ou de cultures fourragères représentent la meilleure option. Cependant, dans ce cas, le risque de destruction hivernale devient beaucoup plus grand, notamment dans le cas de l'épandage de purin. Pour quelles raisons? En plus des risques habituels (compactage par le passage des machines, dommages infligés aux couronnes), le fumier contient des sels!

Dommages causés par les sels

La salinisation, ou concentration de sels dans la rhizosphère, ne pose pas de problèmes en Ontario. Les précipitations abondantes et le drainage entraînent les sels par lixiviation à travers le sol. Cependant, lorsque le sol est gelé, il ne peut y avoir d'infiltration, et les sels du fumier peuvent devenir mortels. Les fortes concentrations de sodium ont aussi un effet néfaste sur la structure du sol; ils le rendent plus sensible à l'encroûtement et ils réduisent la capacité d'infiltration.

Le fumier de bétail contient de nombreux sels, y compris d'ammonium, de calcium, de magnésium, de potassium et de sodium. En cas d'accumulation, ils peuvent avoir un effet important. La teneur en sels varie d'une exploitation à l'autre selon les espèces de bétail, la formulation des aliments et même la concentration de sels dans l'eau consommée. De nombreux rapports d'analyse du fumier indiquent la mesure des « sels totaux » ou conductivité électrique (CE), qui reflète la concentration de sels accumulés. Dans le fumier de porc (à l'épandage), la CE est habituellement d'environ 20 mS/cm (millisiemens par centimètre), ou 125 livres de sels totaux par 1 000 gallons. Dans le fumier de bétail laitier, cette valeur est de 14 mS/cm ou environ 90 livres/1 000 gallons en moyenne. Les chlorures de sodium et de magnésium ont un effet jusqu'à une température de - 15 °C; le chlorure de potassium jusqu'à - 4 °C; et le chlorure de calcium jusqu'à - 23 °C.

Lorsqu'on épand du fumier sur un sol gelé ou couvert de neige, les sels font fondre la glace et la neige à la surface. La couche sous-jacente peut être encore gelée et empêcher l'infiltration. La couche fondue et saturée contient alors une forte concentration de sels qui sont toxiques pour les racines, elle est plus sensible à l'érosion et au ruissellement et plus exposée au soulèvement par le gel. Tous ces risques sont accrus après un épandage de fumier à forte CE ou teneur en sels totaux.

Options pour les plans d'urgence

Lorsque des épandages d'urgence deviennent nécessaires au cours de l'hiver, voici quelles sont les options possibles :

  • Épandage en fin d'été sur des cultures fourragères après la dernière coupe ou au début de la période critique de récolte;
  • Entreposage provisoire dans un site voisin qui a une capacité suffisante;
  • Épandage sur des champs de cultures fourragères ou des cultures de couverture qui seront détruites par le travail du sol ou tuées;
  • Épandage sur le champ récolté le plus plat, de préférence là où des résidus sont encore présents, le plus loin possible des plans d'eau de surface et où l'épandage ne couvre pas des voies d'écoulement de l'eau.

On devrait systématiquement échantillonner le fumier au moment de l'épandage. Une analyse comprenant une mesure des sels totaux permettra de déterminer le niveau de risque si on doit effectuer un épandage hivernal d'urgence en dernier recours.

Figure 1 : Après un épandage de fumier sur le sol gelé pendant l'hiver 2013, destruction hivernale évidente par comparaison avec la croissance de la culture fourragère là où on n'a épandu aucun fumier.
Figure 1 : Après un épandage de fumier sur le sol gelé pendant l'hiver 2013, destruction hivernale évidente par comparaison avec la croissance de la culture fourragère là où on n'a épandu aucun fumier.


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