Ne pas perdre de rendements fourragers à cause d'une faible fertilité en P et K

Avec le coût élevé des terres, accroître vos rendements devient la clé pour réduire vos coûts de production des fourrages et demeurer concurrentiel avec les superficies cultivées en maïs et en soya. Les trois facteurs qui limitent les rendements fourragers sont les vieux peuplements, un faible établissement et une faible fertilité des sols. Une bonne fertilité du sol est essentielle pour le rendement et la persistance. La gestion du phosphore (P) et du potassium (K) est souvent négligée, mais elle est fondamentale pour produire le fourrage destiné à nourrir le bétail et être concurrentiel sur les marchés actuels.

Analyse de sol

Il est très important de connaître dès le départ la teneur en P et en K disponible dans le sol. Prélever un échantillon de sol représentatif, l'acheminer à un laboratoire agréé et utiliser les résultats pour déterminer les doses optimales d'engrais. Il faut prélever des échantillons de sol au moins tous les 3 ans. Le temps et l'énergie requis pour les échantillonnages de sol semblent peut-être contraignants, mais avec le coût des engrais, c'est probablement le meilleur investissement en coût et en énergie que l'on puisse faire.

Relation entre l'analyse de sol et le rendement des fourrages

Lorsque vous recevez le rapport d'analyse, vérifiez les concentrations (ppm) obtenues pour le P (analyse au bicarbonate de sodium-phosphore) et pour le K (analyse à l'acétate d'ammonium- potassium) (Utilisez uniquement ces analyses, car les résultats obtenus par d'autres méthodes (Bray ou Mehlich) ne peuvent pas être interprétés à l'aide des données d'étalonnage de l'Ontario.) Alors, que disent les résultats pour le P et le K?

La recherche montre que les pertes de rendement sont importantes dans la luzerne quand les teneurs en P du sol sont de beaucoup inférieures à 12 ppm (figure 1) et celles en K inférieures à 120 ppm (figure 2). Les courbes de rendement sont plutôt abruptes lorsque les teneurs du sol sont faibles. Les apports d'engrais vont stimuler le rendement quand les teneurs du sol sont inférieures aux seuils optimaux. Par contre, la courbe de rendement est à l'horizontale lorsque le sol est très fertile. Il ne faut donc pas s'attendre à obtenir des rendements plus élevés en appliquant des engrais lorsque les concentrations de P et de K dans le sol sont élevées. Dans ces cas, on peut choisir d'appliquer des engrais pour remplacer les éléments nutritifs prélevés par la culture afin de prévenir de futures carences, mais il ne faut pas s'attendre à une hausse du rendement à la suite de ces épandages « d'entretien ».

Rendement relatif des cultures fourragères à diverses teneurs en P du sol

Figure 1

Réponse du rendement des cultures fourragères à diverses teneurs en  K du sol

Figure 2

Prélèvement du P et du K des cultures

Les cultures fourragères prélèvent beaucoup d'éléments nutritifs du sol et ont par conséquent des besoins nutritifs élevés. Avec un mélange luzerne-graminées, les quantités de phosphore (P) et de potassium (K) normalement prélevées par tonne de foin équivalent à environ 13,5 lb (6,1 kg) de P2O5 et 54 lb (24,6 kg) de K2O. Dans l'hypothèse d'un peuplement mixte offrant un rendement modeste de 3,2 tonnes/acre par an, le foin prélèvera environ 43 lb (20 kg) de P2O5 et 173 lb (78 kg) de K2O chaque année.

Contrairement à l'azote, le P et le K ne sont pas produits naturellement par les cultures fourragères. Si on ne remplace pas le P et le K avec du fumier ou des engrais commerciaux, les concentrations de ces éléments dans le sol vont chuter rapidement. Il est important de maintenir la fertilité du sol pendant la durée du peuplement fourrager. Dans l'hypothèse où il faut environ 35 lb/acre de P2O5 et 20 lb/ac de K2O pour augmenter de 1 ppm la teneur de certains sols en P et en K (ces quantités varient selon les types et les conditions de sol), la concentration de P pourrait diminuer de 5 ppm et la concentration de K, de 35 ppm, en seulement quatre ans si on cultive des fourrages sans fertiliser le sol. Si les valeurs nutritives du sol chutent en dessous des valeurs optimales pendant la durée du peuplement fourrager, ce serait suffisant pour réduire de manière significative le rendement des cultures fourragères. Il est également important de maintenir la fertilité du sol pour les prochaines cultures de la rotation. À des concentrations plus faibles, cet « appauvrissement » du sol n'est pas acceptable. C'est pourtant une situation qui se produit dans plusieurs champs de foin chaque année.

Les niveaux de fertilité des sols varient beaucoup dans les champs de foin de la province. Les fermes laitières où les champs reçoivent beaucoup de fumier ont généralement des teneurs élevées en P et en K. Mais les carences en K deviennent de plus en plus courantes, même dans les fermes laitières. Les champs de foin où les rotations sont rares (ou inexistantes) et qui reçoivent rarement (ou jamais) de fumier ou d'engrais commerciaux sont habituellement très peu fertiles et donnent de faibles rendements. Dans une étude sur la fertilité des sols menée par le Soil and Crop Improvement Association (SCIA) du centre-est, 30 % des champs analysés avaient des teneurs en P2O5 inférieures à 10 ppm, et très étonnamment, 81 % des champs avaient des teneurs en K2O inférieures à 100 ppm. Dans un essai d'analyse de tissus végétaux de la luzerne mené en Ontario en 2012, 37 % des échantillons ont indiqué des teneurs sous le niveau critique de 1,7 %, indiquant une carence du sol en K.

Approche de la suffisance

Les tableaux 3-7 et 3-8 de la publication 811F du MAAARO, Guide agronomique des grandes cultures www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/3fertility.htm présentent les recommandations de P et de K pour des peuplements de fourrages établis. Elles reposent sur une « approche de la suffisance », qui consiste à répondre aux besoins optimaux de la culture courante en permettant le meilleur rendement net à court terme (1 an) de l'engrais.

Approche de la reconstitution et de l'entretien

Une méthode à plus long terme est aussi utilisée pour déterminer les apports d'engrais, la méthode dite de « reconstitution et d'entretien ». Elle tient compte d'abord de la quantité d'éléments nutritifs prélevée par la culture (environ 13,5 lb de P2O5 et 54 lb de K2O par tonne de foin). Cette quantité assimilée est compensée par la quantité nécessaire pour augmenter (diminuer) les concentrations du sol (p. ex., 35 lb/ac de P2O5 et 20 lb/ac de K2O pour augmenter les teneurs du sol de 1 ppm) au niveau de fertilité optimal (12 ppm de P et 120 ppm de K), amorties sur plusieurs années. Des apports d'éléments nutritifs dans les sols dont, selon les analyses, les concentrations sont beaucoup plus élevées que ces niveaux critiques (12 ppm pour le P et 120 ppm pour le K) auront rarement des résultats rentables. Consulter la publication 611F du MAAARO, Manuel sur la fertilité du sol (www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub611/p611order.htm).

Autres recommandations

Quand on épand du fumier, il faut réduire l'apport en engrais en tenant compte de la quantité de P et de K dans le fumier. Pour des recommandations sur les besoins en P et en K au moment des semis (applications en bandes ou non, avec ou sans culture-abri), ou des renseignements sur les taux d'azote, le pH, l'épandage de fumier et les oligoéléments (bore), se référer au chapitre sur la fertilisation des cultures fourragères de la publication 811F du MAAARO, Guide agronomique des grandes cultures (www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/3fertility.htm) .


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