Les apports de phosphore dans la raie de semis du soya en valent-ils le coût?

Depuis quelques années, les résultats des analyses de sol révèlent une diminution des concentrations de phosphore (P) et de potassium (K) dans les sols de l'Ontario. Dans certains cas, les teneurs observées limitent les rendements. Afin d'offrir les nutriments nécessaires au soya sans perdre de vue les contraintes du monde réel que sont le coût des fertilisants, les capacités matérielles et la facilité d'application, nous devons trouver de nouvelles façons d'aborder la fertilisation de cette culture.

On fertilise habituellement le soya en épandant en pleine surface puis en incorporant du P et du K. Cette méthode s'assortit de passages supplémentaires de la machinerie dans le champ. Bon nombre des semoirs pneumatiques utilisés de nos jours permettent d'appliquer de l'engrais directement dans la raie de semis. Cette possibilité a le potentiel de faire gagner du temps aux producteurs et de placer l'engrais dans la zone racinaire pour une absorption rapide.

Résultats des essais

Une étude a cherché à déterminer la viabilité économique des apports de phosphate monoammonique (PMA) (11-52-0) dans la raie de semis. L'étude a été menée sur 16 parcelles d'essai pendant quatre ans, soit de 2009 à 2012. Dans les sols de ces parcelles, les cotes d'efficacité des fertilisants allaient de faibles (concentrations de P et de K dans le sol supérieures à 16 ppm et à 120 ppm respectivement) à élevées. Il ressort de l'étude que c'est en appliquant 22,7 kg de PMA/ha (50 lb/ac) dans la raie de semis avec la semence de soya qu'on se donne la meilleure chance d'obtenir une bonne augmentation de rendement tout en évitant de brûler la culture. Vu les fortes probabilités de brûlure causées par le K, aucun apport de cet élément n'a été fait dans cette série d'expériences. On a évalué les densités de peuplement dans le but de mesurer les pertes attribuables à la brûlure de la semence causée par l'engrais. On a mesuré les rendements à la fin de l'année pour déterminer les rendements économiques. Les essais ont été reproduits sur trois parcelles mesurant chacune 6 m (20 pi) de large sur au moins 305 m (1 000 pi) de long. L'ensemencement des parcelles s'est fait avec un semoir pneumatique Kearney 15 po. Les résultats sont résumés dans le tableau 1.

Moyenne
obtenue
pour les 16 parcelles
Traitement
Sans traitement 11,3 kg (25 lb) de P
dans la raie de semis
Écart
Densité de peuplement
(plants/ac)
144,008
142,382
-1,626
Rendement (boisseaux/ac)
50,9
52,3
1,4

Tableau 1 - Comparaison des rendements du soya avec un apport de PMA dans la raie de semis.

L'utilisation de 22,7 kg de PMA/ha (50 lb/ac) avec la semence de soya dans la raie de semis est apparue comme une pratique raisonnablement sûre. En moyenne, la perte de densité de peuplement a été négligeable, s'établissant à environ 1 600 plants/ac. La perte la plus grande qui ait été enregistrée au cours des essais a été de 38 000 plants et a été causée par une sécheresse prolongée après les semis.

L'augmentation de rendement moyenne procurée par l'apport de PMA a été de 1,4 boisseau/ac. Avec l'apport de PAM dans la raie de semis, les rendements sont allés de -1,1 à 6,2 boisseaux/ac. Les coûts d'application du PAM à raison de 22,7 kg/ha (50 lb/ac) ont été d'environ 17 $/ac. À un prix de vente de 12 $/boisseau, un gain de rendement moyen de 1,4 boisseau/ac représente un gain de 17 $/ac. Il ressort par conséquent de cette étude que l'application de 22,7 kg (50 lb) de PMA/ac dans la raie de semis rapporte tout juste ce qu'elle coûte. Cependant, dans les sols pauvres, les gains ont été plus importants.

Les gains de rendement procurés par l'apport de PMA ne s'expliquent pas uniquement par la présence de sols pauvres en P. L'apport de PMA dans la raie de semis stimule aussi la croissance de la masse racinaire, ce qui peut faciliter l'absorption des éléments nutritifs. (Photo 1) Voilà qui peut expliquer pourquoi des gains de rendement ont été obtenus dans des champs plus fertiles.

Photo 1 - Plant de soya d'un champ non traité (à gauche) et plant d'un champ ayant reçu un apport de 22,7 kg de PMA/ha (50 lb/ac) dans la raie de semis (à droite). Remarquez la différence dans la masse racinaire et à quel point la plante ayant reçu l'engrais s'est développée.

Photo 1 - Plant de soya d'un champ non traité (à gauche) et plant d'un champ ayant reçu un apport de 22,7 kg de PMA/ha (50 lb/ac) dans la raie de semis (à droite). Remarquez la différence dans la masse racinaire et à quel point la plante ayant reçu l'engrais s'est développée.

Résumé

L'apport de PMA dans la raie de semis avec la semence de soya est une pratique raisonnablement sûre. Cependant, la semence de soya est alors exposée à des risques de brûlure si une sécheresse s'installe après les semis ou dans les sols sableux. Les doses de PMA plus élevées sont à éviter, car elles feraient augmenter les risques de brûlure de la semence. Certains producteurs ont signalé des baisses de rendement consécutives à l'apport de PMA dans la raie de semis. Cette situation est probablement due à la brûlure de la semence. Cette méthode de fertilisation peut faire gagner du temps et de l'argent aux exploitants qui possèdent le matériel nécessaire. Elle est surtout indiquée pour les champs plutôt pauvres où le gain de rendement a plus de chances de compenser une réduction éventuelle de la densité de peuplement. Il est contre-indiqué de faire des apports d'engrais dans la raie de semis si le sol est sableux, car la semence est alors plus vulnérable à la brûlure par l'engrais.


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