Utilisation de semence traitée uniquement avec un fongicide et pratique de la lutte intégrée

Ces deux dernières années, au moment des semis de maïs et de soya, l'Ontario a perdu des populations importantes d'abeilles mellifères. Selon l'analyse menée par l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), les traitements des semences aux néonicotinoïdes (c.-à-d., Poncho et Cruiser) seraient vraisemblablement en cause. Les efforts visant à atténuer ces pertes ont donné lieu à la mise en œuvre de pratiques de gestion optimales (PGO). L'approfondissement du problème permettra de bonifier ces PGO par des mesures supplémentaires visant à réduire les risques. Visitez le site du MAAARO pour de l'information sur les PGO actuelles.

Les PGO visant à réduire les risques pour les abeilles au moment des semis s'appuient sur de nombreux principes. Un principe important consiste à revenir à un programme de lutte intégrée et à prendre la décision d'utiliser de la semence n'ayant pas été traitée avec un insecticide dans les champs normalement exempts d'infestations. En réduisant le nombre de champs où l'on utilise de la semence traitée avec un néonicotinoïde, on réduit les risques de voir des abeilles entrer en contact avec la poussière contaminée s'échappant des semoirs. En Ontario, alors qu'elles étaient auparavant réservées aux superficies où sévissaient des infestations particulières, les semences traitées avec un néonicotinoïde en sont venues à être utilisées sur presque 100 % des superficies ensemencées de maïs et 65 % des superficies ensemencées de soya. Ces superficies ne présentent pas toutes des problèmes d'infestations. Les répercussions sur les pollinisateurs incitent certains producteurs à commander de la semence n'ayant subi aucun traitement insecticide (n'ayant reçu qu'un traitement fongicide). D'autres producteurs hésitent, car ils ne savent pas trop à quels risques ils s'exposent. Selon mon expérience, les infestations causées par la plupart des organismes terricoles mentionnés sur les étiquettes ne touchent que de 10 à 20 % des superficies ensemencées de maïs et de soya. Mais où se trouvent ces superficies et quelles cultures sont le plus à risque?

Les principaux ennemis d'origine terricole présents en début de saison que permettent de contrer les traitements des semences à base de néonicotinoïdes comprennent la mouche des légumineuses, le ver fil-de-fer, les asticots (larves de hannetons), le ver-gris noir, l'altise du maïs, la chrysomèle des racines du maïs, la chrysomèle du haricot et le puceron du soya. Certains champs sont plus à risque que d'autres. Quels sont donc ces facteurs de risque?

Facteurs de risque élevés

1. Type de sol

Les sols argileux lourds sont sujets aux infestations par la chrysomèle des racines du maïs, mais la rotation des cultures et l'utilisation d'hybrides de maïs Bt offrant une protection contre la chrysomèle des racines du maïs sont des méthodes de lutte plus efficaces que l'on devrait envisager. Les sols sableux sont plus à risque d'être infestés par des asticots ou par des vers fil-de-fer. Si vous observez une carte des sols de l'Ontario, vous verrez que les sols sableux coïncident de près avec nos zones fortement infestées d'asticots et de vers fil-de-fer. Le dépistage des asticots et des vers fil-de-fer peut se faire au début de l'automne, puisque ce sont les mêmes larves qui hivernent et qui se nourrissent de la culture le printemps suivant. Pour déceler leur présence, il s'agit de creuser un trou dans des buttes sableuses ou aux endroits problématiques où la culture n'a pas levé. On peut aussi installer des pièges-appâts pour surveiller leur activité. Visitez le site du MAAARP pour de l'information sur le dépistage des asticots et des vers fil-de-fer.

2. Rotation des cultures

Les cultures qui suivent la luzerne, le gazon en plaques ou d'autres cultures de graminées (maïs, blé, par exemple) sont plus sujettes aux infestations par les vers fil-de-fer et les asticots. Le maïs qui suit le maïs est sujet aux infestations par la chrysomèle des racines du maïs.

3. Antécédents

Certains producteurs connaissent les ennemis qu'ils doivent combattre. La plupart des producteurs qui doivent combattre les asticots le savent parce que même les traitements des semences à base de néonicotinoïdes ne protègent pas aussi bien la culture les années de forte infestation. Malgré l'emploi de ces semences, ils obtiennent des peuplements clairsemés. Les producteurs aux prises avec des vers fil-de-fer vivent aussi un peu la même situation. Les infestations de début de saison par la chrysomèle du haricot ont tendance à sévir davantage dans les cinq comtés le plus au sud de l'Ontario, surtout là où les champs sont ensemencés tôt ainsi que dans les champs de luzerne avoisinants.

Moment relatif des semis par rapport aux champs avoisinants - Les champs qui sont les premiers à lever dans une région donnée sont ceux qui sont les plus attrayants pour les chrysomèles du haricot (soya), les vers-gris noirs (maïs) et les altises du maïs (maïs de semence). Les champs de maïs ensemencés le plus tardivement l'année précédente sont ceux qui risquent le plus de présenter des infestations par la chrysomèle des racines du maïs l'année suivante.

4. Hivers doux

Plus l'hiver est doux, plus il est facile pour les coléoptères en particulier de survivre à l'hiver. Ils hivernent à la surface du sol sous des débris de cultures et dans les feuilles qui jonchent le sol. Les printemps qui suivent des hivers doux sont fortement à risque d'infestations par la chrysomèle du haricot et l'altise du maïs.

5. Printemps frais et pluvieux ou champs soumis au semis direct

Des conditions fraîches et pluvieuses au printemps sont peu propices à la levée, ce qui favorise les insectes nuisibles qui vivent dans le sol. L'alimentation des vers fil-de-fer et des asticots peut alors se poursuivre, ce qui empêche la croissance de prendre le pas sur les dommages aux racines. Les champs sont plus vulnérables aux infestations par la larve de la mouche des légumineuses les printemps frais et pluvieux quand la semence séjourne dans le sol plus longtemps qu'à l'habitude. Le risque est plus grand dans les champs soumis au semis direct, quand les semis sont profonds, dans les champs qui viennent de recevoir des épandages de fumier ou dans lesquels un engrais vert vient d'être incorporé. La larve de la mouche des légumineuses ne s'attaque vraiment qu'au soya, de sorte qu'elle est rarement nuisible dans le maïs en Ontario.

6. Lutte contre les mauvaises herbes et cultures de couverture

Les champs infestés de mauvaises herbes annuelles présentes à la fin de l'hiver ou au début du printemps (comme la stellaire moyenne) ou les cultures de couverture sont surtout attrayantes pour les adultes des vers-gris noirs qui vont pondre leurs œufs sur cette végétation verte. Les champs laissés en proie aux mauvaises herbes abritent des infestations par des vers fil-de-fer et des asticots.

Pucerons du soya

Les superficies ensemencées de soya sont pour la plupart à risque d'être infestées par le puceron du soya, mais elles le sont en majorité une année sur deux. Les champs qui jouxtent des argousiers et les champs ensemencés tôt sont le plus à risque d'infestations hâtives, bien que tout champ puisse être infesté plus tard dans la saison. Les traitements des semences sont sans effet contre les pucerons du soya au moment où la culture a le plus besoin de protection, soit entre les stades R1 et R5 du soya, moment où les rendements peuvent être compromis. Au mieux, les traitements des semences empêchent les infestations de début de saison de se manifester tôt. En Ontario, l'expérience montre que les infestations par le puceron du soya ne s'aggravent véritablement qu'à partir du stade R3 ou d'un stade plus avancé et qu'à ces stades, il importe peu que le champ ait été traité ou non avec Cruiser. La campagne agricole 2013 l'illustre bien. L'est de l'Ontario constitue peut-être une exception. On observe en effet dans cette région des infestations en début de saison et des seuils qui sont atteints très près du début de la floraison (R1). Dans ces cas, les champs traités avec Cruiser ont tendance à ne pas nécessiter d'interventions avant quelques semaines encore. Mais Cruiser ne garantit pas nécessairement qu'aucune pulvérisation ne sera nécessaire. Il reste qu'une pulvérisation foliaire une fois le seuil atteint demeure la seule méthode de lutte contre les pucerons du soya aux stades R1 à R5.

Autres méthodes de lutte

Des insecticides peuvent être utilisés contre certains des ennemis à combattre. Dans le maïs, on peut installer des distributeurs de granulés sur les semoirs de maïs et il est possible d'utiliser Force 3G (téfluthrine) dans la raie de semis contre les vers fil-de-fer, les chrysomèles et les mouches des légumineuses. L'installation des distributeurs sur de nouveaux semoirs s'assortit d'un coût, mais si l'on amortit ce coût sur la durée de vie utile de 10 ans d'un semoir, ce coût revient à environ 2 $ par acre par an. Force 3G n'est pas homologué actuellement pour combattre les asticots, mais des recherches montrent qu'il est efficace contre le hanneton européen. Malheureusement, il n'existe à l'heure actuelle aucun insecticide qui puisse être appliqué au sol dans le soya.

Le ver-gris noir, la chrysomèle du haricot, le puceron du soya et l'altise du maïs peuvent être tenus en échec par des insecticides foliaires si ceux-ci sont appliqués au moment opportun. Il est très important, pour lutter contre ces ennemis, d'en faire le dépistage précoce et d'intervenir dès que les seuils sont atteints.

Soya de qualité alimentaire et maïs de semence

Les cultures qui me préoccupent le plus sont les cultures de soya et de maïs de grande valeur, comme les cultures de soya de qualité alimentaire et de maïs de semence. On ne peut se permettre de voir ces cultures infectées par des virus. Contrairement aux traitements des semences à base de néonicotinoïdes, les insecticides foliaires ont tendance à ne pas freiner suffisamment la transmission des virus. La chrysomèle du haricot peut être un vecteur du virus de la marbrure des gousses de haricot dans le soya, une infection qui nuit au rendement, à la qualité et aux possibilités d'exportation. L'altise du maïs peut être le vecteur de la flétrissure de Stewart, à laquelle certaines lignées génitrices du maïs de semence sont sensibles. Cette maladie est justiciable de quarantaine dans plus de 100 pays, de sorte qu'elle peut compromettre gravement les possibilités d'exportation. J'estime que, dans ces cultures, les traitements des semences à base de néonicotinoïdes conservent leur pertinence.

En fin de compte

Je reconnais que les insecticides utilisés pour enrober les semences ont un côté pratique, mais ils demeurent des insecticides et doivent être utilisés comme doivent l'être les insecticides. Les producteurs qui ne font pas face à des facteurs de risque élevés n'ont peut-être pas besoin d'utiliser des semences ayant reçu un traitement insecticide et devraient étudier la possibilité d'essayer l'an prochain des semences traitées uniquement avec des fongicides. En cas de doute, des bandes d'essai dans leurs champs leur permettraient de voir si la protection est nécessaire ou non.


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