Dommages dus au gel dans le maïs à ensilage

Par suite de dates de semis tardives, de faibles accumulations d'unités thermiques de croissance (UTC) et d'épisodes de gel précoces, il arrive que le maïs meure avant d'avoir atteint le stade de maturité normal pour l'ensilage ou que des cultures de maïs grain n'atteignent pas une maturité suffisante pour fournir un rendement maximal ni une qualité optimale et la teneur en eau souhaitable. Les producteurs peuvent alors envisager de récolter ou de vendre une partie de ce maïs sous forme de maïs à ensilage. Le truc pour retirer le plus possible d'une culture de maïs à ensilage endommagée par le gel est de la récolter au bon taux d'humidité.

Qualité des éléments nutritifs

Du maïs au stade de l'apparition de la dent qui n'est pas encore tout à fait parvenu à maturité et est endommagé par le gel peut faire du bon maïs à ensilage. Le profil énergétique n'est pas le même dans le cas du maïs à ensilage non parvenu à maturité que dans celui du maïs normal. Le maïs immature a des grains moins riches en amidon, mais les tiges renferment davantage de sucres en raison de l'arrêt de leur translocation. Par ailleurs, la texture des grains est plus douce et l'amidon est plus digestible. Il n'est habituellement pas nécessaire de conditionner le grain du maïs à ensilage immature et humide. La teneur en fibres y sera plus élevée, mais ces dernières demeurent moins lignifiées et plus digestibles que dans l'ensilage de maïs parvenu à maturité. En général, le maïs à ensilage qui n'est pas tout à fait à maturité présente des teneurs en fibres et en protéines brutes légèrement plus élevées et des teneurs en énergie légèrement plus faibles que le maïs à ensilage normal.

Pour obtenir un ensilage de maïs de haute qualité, le maïs doit avoir dépassé le stade pâteux dur ou celui du début de la formation de la dent. Du maïs très peu avancé, au stade laiteux ou au début du stade pâteux, donnera un ensilage renfermant une plus faible proportion d'amidon et plus de fibres. Des recherches ont démontré que la digestibilité du maïs à ensilage au stade pâteux peut être de 3 % inférieure et que les teneurs en fibres au détergent neutre (NDF) de 8 % plus élevées que pour le maïs normal. Des recherches menées à l'Université du Wisconsin indiquent que la récolte avant le stade pâteux dur ou le début de l'apparition de la dent donne une production réduite de lait par tonne d'ensilage. L'ensilage obtenu à partir de maïs très peu avancé et d'une qualité moins qu'idéale peut être servi aux animaux ayant de moins grands besoins nutritifs. L'entreposage de l'ensilage de moins bonne qualité dans un silo distinct, comme dans un silo boudin, est une solution à envisager. Il est probable que le maïs qui n'est pas parvenu à maturité donne moins d'ensilage; il faudra donc ensemencer davantage de superficies pour remplir le silo et combler les besoins de l'exploitation en fourrages. Le maïs au stade pâteux donne un rendement à l'ensilage qui correspond à environ 65 à 85 % du rendement de l'ensilage normal.

Analyse des éléments nutritifs en laboratoire

Il est important de faire analyser avec précision, en laboratoire, l'ensilage de maïs pour calculer avec exactitude les valeurs énergétiques et équilibrer les rations. Les analyses chimiques humides, plutôt que les analyses NIR, sont recommandées pour le maïs à ensilage immature ou endommagé par le gel, car ce type de maïs est très différent du maïs normal. L'énergie digestible de l'ensilage de maïs dépend principalement des quantités relatives d'amidon et de NDF, et de leur digestibilité. Dans le passé, on évaluait l'énergie à partir de l' ADF et la prise alimentaire à partir de la NDF, mais à elles seules ces valeurs ne prennent pas en compte la digestibilité. Le maïs à ensilage qui n'est pas parvenu à maturité contient moins d'amidon, mais davantage de sucres végétaux fermentescibles. Auparavant, on utilisait l'analyse de la fibre par détergent acide (FDA) pour estimer l'énergie, et la méthode par détergent neutre (FDN) pour évaluer l'ingestion alimentaire, mais ces techniques ne permettent pas de mesurer la digestibilité des fibres. De nouvelles méthodes permettent de calculer l'énergie digestible de l'ensilage de maïs avec plus d'exactitude précision à partir des PB, des NDF, de la dNDF, de l'amidon, des cendres et des lipides. Il est également possible de calculer la digestibilité de l'amidon à partir du taux d'humidité, des cotes de conditionnement du grain (kernel processing scores, KPS) et d'autres tests de digestibilité effectués en laboratoire.

Importance de la teneur en eau de la plante entière

La récolte doit absolument se faire au moment où la plante entière a atteint la bonne teneur en eau si l'on veut obtenir de l'ensilage de maïs de bonne qualité. Mais si le maïs a été endommagé par le gel, il est difficile de savoir quand le récolter étant donné que l'on ne peut alors se fier à la « ligne d'amidon ».

Il faut absolument éviter de récolter le maïs à ensilage endommagé par le gel lorsqu'il est trop humide. À une teneur en eau supérieure à 70 %, des fermentations causées par Clostridia provoquent la formation d'acide butanoïque avec des pertes de fermentation élevées et la production d'une odeur rance et fétide. L'acide butanoïque diminue la consommation d'ensilage, provoque l'acétonémie et réduit le rendement des vaches. On peut avoir recours à une analyse de fermentation si l'on soupçonne une fermentation quelconque et des problèmes liés à l'alimentation animale. Le suintement entraîne par ailleurs une perte d'éléments nutritifs hautement digestibles et il est dommageable pour l'environnement. L'ensilage gelé ou très humide peut être difficile à décharger en hiver. Voir la fiche technique 07-048 du MAAARO, « Récolte du maïs à ensilage à la bonne teneur en eau ».

Assèchement après un gel

Même si le feuillage semble s'assécher rapidement lorsqu'il est mort ou a gelé, le gros de l'humidité se trouve dans la tige et le grain. Du maïs ayant été exposé au gel paraît souvent plus sec qu'il ne l'est en réalité, et plusieurs commettent l'erreur de le récolter à une teneur trop élevée en eau.

Le maïs soumis au gel avant d'être parvenu à maturité ne s'assèche pas beaucoup plus vite que le maïs qui n'a pas gelé (la teneur en eau de la plante entière diminue d'environ 0,5 % par jour), et il faut parfois prévoir bien des jours de séchage pour en corriger la teneur en eau. Ce faisant, les plants qui sont morts perdent des feuilles et les sucres s'échappent des feuilles gelées. Les pertes de rendement et les moisissures augmentent avec le temps, mais les producteurs doivent aussi prendre en considération les pertes par fermentation et les problèmes causés par l'acide butanoïque si l'ensilage est mouillé. Le plus souvent malheureusement, quelques jours après un gel meurtrier, tout le monde veut récolter en même temps.

En cas de doute quant à la teneur en eau de la plante entière, hacher un échantillon pour déterminer le pourcentage de matière sèche. Surveiller la variabilité de l'humidité dans les champs. Il faut noter que les testeurs Koster et les fours à micro-ondes tendent à sous-estimer la teneur en eau d'environ 3 %, car il est très difficile d'éliminer les résidus. S'assurer de permettre une fermentation complète (environ 3 semaines) avant de le donner aux animaux. Un échantillon pour lequel on obtient un pourcentage d'humidité de 68 % en contient en fait environ 71 %. Au cours d'une année normale, ces 3 % d'écart correspondent à un décalage de la récolte de presque une semaine. Si l'on utilise un testeur Koster ou un four à micro-ondes, il est important de prendre le temps de bien faire sécher l'échantillon. Plus l'échantillon est haché fin, plus il séchera facilement et plus les résultats seront précis. Il est encore mieux d'expédier l'échantillon par service de messagerie 24 heures à un laboratoire d'analyse de fourrages qui évaluera sa teneur en eau par séchage au four.

Nitrates et hauteur de coupe

Après le gel, si le feuillage est mort mais que les tiges et les racines sont vivantes, les nitrates risquent de s'accumuler à la base des tiges. Cette hausse de la teneur en nitrates augmente les risques de toxicité par les nitrates et les risques de formation de gaz des silos. En augmentant la hauteur de coupe de 30 cm (12 po), on réduit le rendement en matière sèche d'environ 15 %, mais on augmente la qualité de l'ensilage étant donné que la portion inférieure de la tige est la partie de la plante qui affiche la digestibilité la plus faible et la plus forte teneur en nitrates. Ne pas ajouter de l'azote non protéique (ANP) à du maïs à ensilage très peu avancé, sous peine de voir les suintements concentrer l'ANP dans la partie basse du silo. Pour plus d'informations sur les gaz de silo et des méthodes pour ajuster les teneurs élevées en nitrates, consulter la publication 811F du MAAARO, Guide agronomique des grandes cultures.

2009 Performance Trials for Winter Wheat


Auteur : Joel Bagg, spécialiste de la culture des fourrages/MAAARO
Date de création : 15 septembre 2009
Dernière révision : 17 juin 2013

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