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Mise en marché du soya: on a raté le bateau

Quelle occasion manquée! Il y a moins de huit mois, on aurait tous pu vendre les fèves soya à 10,00 $/boiss. et le maïs à 4,00 $/boiss. Les analystes nous signalent malheureusement que seulement 15 % de la récolte a été vendue à ces prix. Aujourd’hui, après une hausse d’un dollar le boisseau, j’ai vendu ce qu’il me restait de fèves soya pour un gros 7,14 $/boiss., soit 0,36 $/boiss. en dessous de mon coût de production! Mais qu'est-ce qui ne va pas?

Alors que les prix étaient élevés, l’été dernier, personne ne nourrissait l’espoir d’avoir une grosse récolte à vendre. Le 31 août dernier, on croyait que la moitié de la récolte de soya de la province se situerait autour de 35 boiss./acre, et la majorité des champs de maïs semblaient présenter de graves problèmes de maturité. Qui aurait pu deviner qu’on aurait des récoltes records? Mais même en excluant ces rendements élevés, nous avions les mécanismes pour vendre de plus grandes quantités à un meilleur prix. Mais la pédale d’embrayage a glissé, et maintenant on est pris avec une terrible odeur de brûlé.

Comment vendre une récolte qu’on n’aura même pas? MAUVAISE ATTITUDE! Il faut se servir des outils offerts par l’assurance-récolte, voyons! Les statistiques révèlent que 80 % de la récolte de l’Ontario est assurée. Avec un niveau de couverture de 80 %, c’est 64 % de la récolte qui aurait dû être vendue à prix fort (80 % fois 80 % = 64 %). Il n'y a vraiment qu'un seul risque à cette stratégie : la qualité. Et même ce risque peut être géré. Il suffit d’adhérer à l’assurance-récolte et de prendre l’option de prix variable.

Le Tableau 1 tente d’expliquer davantage cette façon de faire. Pour simplifier, prenons l’exemple d’un rendement moyen de 40 boiss./acre, avec un niveau de couverture de 80 %, ce qui donne une production garantie de 32 boiss./acre. Si vous ne mettez pas en marché une quantité supérieure à votre production garantie, votre risque est assuré. Vous serez payé au prix que vous avez fixé. Et la qualité maintenant? Il est important de connaître les réductions de prix associées au déclassement des grains. Si vous vous engagez à un prix de 9,00 $ pour un grain de grade 2, assurez-vous que le contrat précise quelle est la dépréciation pour un grade 3 ou un grade d’échantillon. Lorsque les réductions de prix liées au déclassement sont précisées, on connaît tous les risques en jeu.

Tableau 1 – Contrat à terme – Fèves soya avec assurance-récolte
 

Rendement : 24 boiss./acre

Rendement :
32 boiss./acre

Rendement : 40 boiss./acre

Contrat à terme (boisseaux)

32

32

32

Prix/boiss.

9,00 $

9,00 $

9,00 $

Revenu brut

288,00 $

288,00 $

288,00 $

Boisseaux non couverts

8

0

0

Coût/boiss.

11,00 $

11,00 $

11,00 $

Total

88,00 $

0,00 $

0,00 $

Boisseaux réclamés à l’ass-récolte.

8

0

0

Prix payé par l’ass.-récolte

11,00 $

11,00 $

11,00 $

Total obtenu par l’ass-réc.

88,00 $

0,00 $

0,00 $

Revenu brut provenant du contrat (non couverts) et de l’ass.-récolte

288,00 $

288,00 $

288,00 $

Solde des boisseaux à vendre

0

0

8

Alors si c'est aussi simple, pourquoi ne pas avoir recours à cette stratégie chaque année et pourquoi ai-je vendu le reste de mes fèves soya à un prix dérisoire? À cause de l’appât du gain et de l’insécurité! Ou peut-être, par manque de réflexion! Lorsque le soya était à 10,00 $/boiss., personne ne voulait le vendre avant qu’il n’atteigne 11,00 $. REVENEZ-EN! Tout le monde veut vendre à un meilleur prix. En fait, si on avait utilisé cette stratégie, la majorité du soya aurait été vendu lorsque le prix a redescendu à 9,00 $. Les chiffres ne trompent pas… 9,00 $ c’est bien mieux que le 7,00 $ dont bon nombre de producteurs doivent se contenter maintenant.

Un dernier point. L’assurance-récolte établit le prix variable pour une période de trois semaines. Il se peut que vous ne connaissiez pas votre rendement exact lorsque ce prix est fixé. Les exemples décrits ont donc été simplifiés. Mais il s’agit d'un risque qui peut se gérer. Du moment qu’on connaît les règles du jeu, on peut jouer!

« J’aurais dû, j’aurais pu, je voudrais… ». Ah! les regrets! Il vaut bien mieux saisir les occasions qui se présentent. Les situations à faible risque sont rares en agriculture. C’en est une. Alors, profitons-en!

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