Fertilisation : à l'automne ou printemps?

Chaque automne, on nous demande s'il vaut mieux fertiliser à l'automne ou attendre au printemps. La réponse, comme c'est souvent le cas, est que cela dépend.

Azote

L'azote (N) est le seul élément pour lequel la réponse est claire. Compte tenu des conditions de l'Ontario, les risques de pertes d'azote durant l'hiver sont trop grands pour qu'un épandage automnal soit acceptable, tant sur le plan économique que sur le plan environnemental.

Phosphore

Le phosphore (P) n'est pas sujet aux pertes de la même façon que l'azote, mais quand un engrais phosphoré est appliqué au sol, il commence immédiatement à réagir avec des minéraux dans le sol pour former des composés moins solubles. Cela n'est pas un problème dans les sols fertiles, où la fertilisation vise à maintenir la fertilité du sol plutôt qu'à répondre à un besoin immédiat de la culture, puisque le phosphore qui se trouve immobilisé est compensé par le phosphore libéré par suite d'applications antérieures. Dans les sols très pauvres, toutefois, où l'engrais est épandu en pleine surface, il peut arriver que la quasi-totalité de l'engrais se trouve immobilisé sous des formes non assimilables, avant même la reprise de la croissance au printemps. L'épandage en bandes dans le but de réduire le contact avec le sol contribue à limiter la fixation du phosphore, mais tant qu'à se donner le mal d'appliquer le P en bandes, il est sans doute préférable de l'appliquer comme engrais de démarrage. En règle générale, les applications automnales de P devraient se faire en bandes avec les céréales d'automne, mais il demeure que l'essentiel de cet élément nutritif devrait être appliqué au printemps.

Potassium

Le potassium (K) ne réagit pas autant dans le sol que le phosphore. Dans les sols à texture légère qui ne sont pas travaillés, il peut être avantageux de faire l'application à l'automne, car les précipitations hivernales facilitent la migration du potassium dans la zone racinaire. Dans les sols argileux lourds, l'immobilisation éventuelle d'une partie du potassium entre les couches d'argile peut se trouver aggravée par les applications automnales, du fait que le processus s'accomplit alors sur une plus longue période. Évidemment, il y aura une certaine perte de phosphore et de potassium s'il y a érosion du sol dans le champ.

Temps et machinerie

Le temps constitue l'un des grands avantages des épandages automnaux. Le temps manque toujours au printemps, si bien que l'épandage d'engrais à cette période-ci de l'année pourrait se traduire par une récolte devancée de deux ou trois jours. La machinerie servant aux épandages est aussi plus facile à trouver à cette période de l'année. Il faut toutefois prendre soin de bien inspecter la machinerie au moment d'en prendre possession. Comme la révision de la machinerie se fait le plus souvent durant l'hiver, l'épandeuse qu'on obtient à l'automne a servi toute une saison depuis sa dernière révision complète.

Prix

L'aspect financier des épandages automnaux est plus difficile à prévoir et dépend beaucoup des circonstances particulières de chacun. Il y a souvent un écart de prix entre l'automne et le printemps, mais l'amplitude de cet écart est assez variable. S'il faut emprunter à un taux préférentiel, il faudrait que l'engrais subisse une augmentation de 3 % pour que les frais d'intérêt courus jusqu'au printemps soient récupérés, même en supposant que la disponibilité des éléments nutritifs ne diminue pas. S'il s'agit simplement d'essayer de se protéger contre des augmentations dans le prix des engrais, il faudrait analyser la possibilité de payer d'avance de manière à geler le prix de l'engrais qui sera livré au printemps.

Il ne saurait y avoir une seule réponse satisfaisante en ce qui concerne la pertinence d'appliquer l'engrais cet automne. Il faudra soupeser le pour et le contre avant de prendre une décision définitive.


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