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Une période très pluvieuse, est-ce synonyme d’azote perdu?

Le mois de mai 2004 nous a apporté des pluies en quantité presque record. On se pose donc des questions sur la quantité d’azote que cela a pu faire perdre dans le sol. En fait, la vraie question est celle-ci : « Combien d’azote va-t-il falloir épandre en plus pour que le rendement n’en souffre pas? ». Une réponse précise est impossible, à cause des nombreuses variables qui entrent en jeu, mais il est tout de même possible d’avancer des éléments de réponse « éclairés ».

Les pertes d’azote concernent seulement les formes nitriques

L’azote peut être perdu par lessivage ou par dénitrification. Il est important de se rappeler que ces deux processus s’exercent sur les formes nitrates de l’azote et qu’ils n’ont aucune prise sur l’azote organique ou l'azote ammoniacal. Dans un engrais chimique, l’azote est soit sous forme ammoniacale (par exemple urée, sulfate d'ammonium, ammoniac anhydre), soit sous forme nitrique (nitrate de calcium), ou encore sous une forme combinée (nitrate d'ammonium, mélange de nitrate d'ammonium et de nitrate de calcium, solution UNA). L'azote ammoniacal se transforme en nitrates dans le sol, et à un rythme qui s’accélère dans un sol chaud et bien aéré. L’engrais qui avait été épandu deux ou trois jours avant le début de la période pluvieuse est probablement resté sous sa forme ammoniacale jusqu'au moment où le sol a pu se ressuyer. Par contre, si la période pluvieuse n’a commencé qu’une semaine après l'épandage, l’engrais aura probablement eu le temps de se transformer complètement en nitrates.

Le lessivage

Le lessivage de l’azote est fonction de la vitesse à laquelle l'eau descend dans le sol. Ce phénomène est donc plus préoccupant dans les sols à texture légère. La profondeur sur laquelle le nitrate descend dans le sol dépend de la quantité d'eau qui s’infiltre dans le sol. Un pouce d’eau qui percole à travers un sol sableux peut faire descendre les nitrates d’environ six pouces, tandis qu’une eau qui ruisselle à la surface du sol ne provoque aucun lessivage de l'azote. De plus, toute quantité d’eau qui s’évapore à la surface du sol est autant d’eau qui ne s’infiltre pas, ce qui réduit le taux d'infiltration net. Dans un sol où le taux d'infiltration net (pluie moins ruissellement moins évaporation) dépasse quatre pouces après l'épandage de l'engrais, une partie importante des nitrates risque d’être descendue sous la zone explorée par les racines.

La dénitrification

La dénitrification est un processus biologique qui se produit dans les sols gorgés d'eau parce que les bactéries assimilent l’oxygène des nitrates pour assurer leur métabolisme. Étant biologique, ce processus varie selon la disponibilité d'une source d'aliments (des composés carbonés) et la température. Or, comme il a fait relativement froid au mois de mai, les pertes d’azote dues à la dénitrification auront été réduites; en revanche, il est probable qu’à cause de sa durée prolongée, la période humide aura plus qu’annulé cette réduction. Dans le Midwest américain, certains spécialistes ont estimé que les nitrates situés dans les six pouces supérieurs du sol peuvent être complètement dénitrifiés en 3 à 5 jours, quand le sol demeure gorgé d’eau et qu’il fait chaud, mais que cela prend deux fois plus de temps quand il fait frais.

L’équation Offre et Demande

Un des termes de l’équation est l'offre d'azote, autrement dit la quantité d’azote qui est à la disposition de la culture. Si l’on épand de l’engrais selon un taux qui couvre amplement les besoins de la culture, la perte d’azote peut atteindre une certaine ampleur avant que le rendement de la culture n’en souffre. À l’évidence, plus les taux auxquels on épand l’azote correspondent étroitement aux taux nécessaires à un rendement optimal, dans un champ donné, plus la baisse de rendement risque d’être marquée.

En plus de l'azote de l'engrais, la culture consomme de l’azote provenant d’autres sources – la décomposition de la matière organique dans le sol, un apport de fumier ou des résidus de culture. À cause des conditions fraîches de ce printemps, ces sources n'ont pas libéré rapidement de l'azote dans le sol, mais cela devrait commencer dès que celui-ci se réchauffera. L'aération du sol par un sarclage léger peut hâter le processus.

L’autre terme de l’équation est la demande (les besoins) de la culture. C’est dans les champs qui ont été inondés que les pertes d’azote auront été les plus importantes, mais, comme il n’y poussera de toute façon pas grand-chose, les besoins en azote seront faibles cette année. Les zones dont il faut se préoccuper davantage sont celles qui ont été inondées pendant deux ou trois jours et qui, malgré cela, ont un bon potentiel de rendement. La détermination de la teneur en nitrates par une analyse du sol aidera à déterminer si le sol est assez riche en azote pour répondre aux besoins de la culture pendant la campagne en cours.

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