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Fertilité des fourrages

Aucune autre culture ne fait l'objet d'autant de méthodes de gestion que les fourrages. Certains agriculteurs appliquent des doses élevées d'engrais pour obtenir un rendement maximal. D'autres considèrent les fourrages comme le « parent pauvre » de la rotation des cultures, qui exploite les restes de nutriments laissés par les autres cultures. Il ne fait aucun doute que la meilleure façon d'améliorer la rentabilité d'une exploitation agricole est de gérer les fourrages comme des cultures, plutôt que comme simples « bouche-trous ».

Nitrates

La source de nitrates la plus économique, et de loin, est la portion légumineuse du peuplement. Si le peuplement compte plus de 50 % de légumineuses, quelles qu'elles soient, il n'est absolument pas nécessaire d'ajouter de l'engrais azoté. Dans les peuplements de graminées, c'est l'inverse. Un peuplement vigoureux de graminées fourragères réagit favorablement à une grande quantité d'engrais azoté. Les facteurs limitatifs, dans ce cas, sont les précipitations et le risque d'un taux élevé d'azote dans le fourrage, et non le rendement.

La gestion de peuplements mixtes composés de graminées et de légumineuses est plus délicate. Ces peuplements répondent à l'application d'un engrais azoté, mais la présence de nitrates stimule la croissance des graminées, qui prennent alors le dessus sur les légumineuses, ce qui accroît les besoins en nitrates l'année suivante. La décision d'appliquer ou non un engrais azoté dépend des plans à long terme pour le peuplement. Si vous prévoyez semer une autre culture dans un an ou deux, il pourrait être avantageux de fertiliser pour obtenir un meilleur rendement dans l'immédiat. Par contre, si l'objectif est de maintenir le peuplement comme pâturage à long terme, il conviendrait plutôt de sacrifier une partie du rendement à court terme pour permettre aux légumineuses du peuplement de reprendre des forces.

Phosphates

Les phosphates sont essentiels à la vigueur et à la longévité des peuplements de fourrage. Idéalement, il faudrait appliquer l'engrais phosphaté en bande, sous les semences, au moment de la plantation, en quantité suffisante pour subvenir aux besoins du peuplement durant toute sa vie. Toutefois, très peu d'agriculteurs emploient cette méthode; on procède généralement à une application en surface, à moins que les résultats de l'analyse du sol n'indiquent que la quantité de phosphates est suffisante. L'application de phosphates en surface peut se faire à n'importe quel moment dans l'année; on combine généralement l'application de phosphates et de potasse.

Potasse

Si la luzerne est la reine des fourrages, le potassium est sans aucun doute son prince consort. Les légumineuses réagissent à un apport généreux d'engrais potassique. Cet élément nutritif ne peut toutefois pas être appliqué directement dans la bande d'ensemencement, car on risque alors de brûler les semences. On peut toutefois l'appliquer avant de faire les semis ou en surface. Des essais sur le terrain menés par la University of Guelph visant à comparer l'efficacité des différentes méthodes n'ont révélé aucune différence dans le rendement des cultures fertilisées au printemps, entre les récoltes ou à l'automne, ni entre une application unique et plusieurs applications. Les résultats de l'analyse du sol sont le principal facteur à prendre en considération avant d'appliquer un engrais potassique.

Le seul problème qui découle d'une concentration élevée en potasse est lié au fait que si le fourrage utilisé pour nourrir les vaches taries a une teneur élevée en potassium, les risques de fièvre vitulaire sont accrus. À titre préventif, il suffit de cultiver le fourrage destiné aux vaches taries dans un champ distinct.

Sulfates

La production d'une récolte abondante de fourrage à haute teneur en protéines exige un prélèvement important des sulfates contenus dans le sol. Malgré tout, les seuls endroits où l'application d'engrais soufré s'est révélée utile sont les terrains sablonneux du nord-ouest de l'Ontario. Cela pourrait s'expliquer par le fait que les pluies acides contribuent à la reconstitution des réserves de sulfates dans le sol, et par les racines profondes de la luzerne, capables de récupérer les sulfates qui ont été lessivés sous la zone d'enracinement de la plupart des autres cultures. Pour le moment, nous ne recommandons pas l'application d'engrais soufré aux cultures fourragères.

Oligoéléments

En Ontario, les cultures fourragères ne sont généralement pas réceptives à l'apport d'oligoéléments, à une exception près. De fait, la luzerne exige une grande quantité de bore, et dans certains cas, une application de cet oligoélément est justifiée. Par temps sec, les sols sablonneux ou graveleux sont plus sujets à une carence en bore. Une telle carence est signalée par des plants de luzerne rabougris et dont les feuilles supérieures sont rouges, jaunes ou mauves. On l'observe plus souvent dans le centre de l'Ontario qu'à l'ouest de l'escarpement du Niagara et à l'est de l'axe de Frontenac. Si un apport en bore est nécessaire, le meilleur moment pour l'application est tout juste après la première récolte, mélangé à de l'engrais phosphoré et potassique.

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