Coût associé aux mauvaises herbes résistantes aux herbicides

Un producteur essaie pour la première fois un herbicide qui se révèle remarquablement efficace. Il n'ose même pas songer aux pertes de récolte qu'il aurait subies s'il n'avait pu maîtriser ces mauvaises herbes. Le bon sens lui fait donc adopter ce produit. Pourquoi pas? Mais que se passerait-il si l'usage répété de ce produit, année après année, sur le même champ le rendait moins efficace? S'agit-il d'une résistance ou plutôt de l'envahissement du champ par une autre mauvaise herbe? Quel que soit la cause, le problème reste entier. Le producteur se retrouve aux prises avec des mauvaises herbes qu'il ne parvient pas à combattre aussi efficacement et cela lui coûte cher. Mais combien au juste? Voyons les deux situations suivantes.

Situation 1 :

Le champ A est un champ de soya envahi à la fois d'herbe à poux et d'amarante réfléchie dont la densité est d'environ 2 plants/m2 (2 plants/verge2). Les deux espèces ont été confirmées récemment comme étant résistantes aux antidicotylédones du groupe II. Le tableau qui suit indique les pertes par acre qui pourraient résulter d'une non-maîtrise de ces mauvaises herbes.

 

Tableau 1 : Pertes estimatives attribuables aux mauvaises herbes non maîtrisées dans le soya (HADSS 2002)1.

Mauvaise herbe

Mauvaise herbe/m2

Perte/acre en boisseaux

Perte de rendement

Perte/acre en $

Amarante réfléchie

2

7,5

15,56 %

52,16

Herbe à poux

2

6,2

13,67 %

43,12

TOTAL

4

13,6

30,25 %

95,28

1 Prix exprimés en fonction d'un rendement de 45 boisseaux/acre dans un champ exempt de mauvaises herbes et d'un prix de vente de 7 $/boisseau.

Heureusement, d'autres produits permettent de combattre efficacement ces espèces résistantes. Toutefois, si les produits de rechange sont plus coûteux ou n'offrent pas un degré de maîtrise aussi élevé que le produit initial, le producteur pourrait fort bien subir des pertes, bien que moindres que celles exposées dans le tableau 1.

Le glyphosate (Round-up Transorb, Vantage Plus) appliqué sur des cultures qui lui sont résistantes pourrait constituer une bonne solution de rechange pour maîtriser les mauvaises herbes résistantes aux herbicides du groupe II. Toutefois, si une surutilisation de cette technologie entraînait l'apparition d'une résistance ou un changement dans les peuplements de mauvaises herbes, à combien s'élèveraient les pertes?

Situation 2 :

Après avoir fait poussé du maïs et du soya tolérant le glyphosate, et après avoir appliqué du glyphosate sur ces deux cultures, le producteur se rend compte de la présence de maïs spontané qu'il soupçonne être lui aussi tolérant au glyphosate. Le tableau 2 indique les pertes par acre qui pourraient résulter d'une non-maîtrise du maïs spontané.

 

Tableau 2 : Pertes estimatives attribuables au maïs spontané non maîtrisé dans le soya (HADSS 2002)1.

Mauvaise herbe

Mauvaise herbe/m2

Perte/acre en boisseaux

Perte de rendement

Perte/acre en $

Maïs spontané

4

5,6

12,36

38,94

TOTAL

4

5,6

12,36

38,94

1 Prix exprimés en fonction d'un rendement de 45 boisseaux/acre dans un champ exempt de mauvaises herbes et d'un prix de vente de 7 $/boisseau.

Même s'il tolère le glyphosate, le maïs spontané peut certainement être maîtrisé à l'aide de l'un ou l'autre des antigraminées du groupe I (Assure II, Excel, Poast Ultra, Select ou Venture L). Toutefois, ces traitements font gonfler les achats d'herbicides. Les enjeux sont plus grands si une résistance se manifeste ou que de nouvelles mauvaises herbes deviennent problématiques. Le producteur serait alors contraint d'engager des coûts accrus au titre des herbicides, car il lui faudrait ajouter un autre produit dans la cuve du pulvérisateur pour enrayer le problème, à défaut de quoi il devrait se résigner à subir une perte de rendement.

Certaines personnes se préoccupent peu du phénomène de la résistance. Elles se disent que tôt ou tard, de nouveaux produits seront homologués et viendront à bout des mauvaises herbes résistantes. Même si cela a toujours été le cas jusqu'ici, peu de produits font actuellement l'objet d'une demande d'homologation, particulièrement pour une utilisation dans le soya.

Tout producteur devrait prendre le temps chaque année de dresser la liste des produits qu'il utilise. Cet exercice lui permettrait de se rendre compte d'éventuelles tendances à utiliser de façon répétée des produits appartenant à un même groupe. Ce faisant, le producteur s'assure que le produit efficace qu'il emploie lui sera encore utile pendant des années.

1HADSS 2002 est un programme destiné à faciliter la prise des décisions relatives à la lutte contre les mauvaises herbes en Ontario. Il est accessible en ligne.

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