Des spores de la rouille du soya trouvées en Ontario

Beaucoup d'efforts sont consacrés à la surveillance de la propagation de la rouille du soya en Amérique du Nord. En plus du réseau nord-américain de parcelles sentinelles de surveillance, où du dépistage est fait dans des parcelles sentinelles et des champs de soya à la recherche de la maladie, de nouvelles technologies permettant la détection moléculaire et la localisation des spores de rouille du soya viennent s'ajouter à la lutte contre cette maladie très destructrice.

Dans les deux dernières années, on a disposé partout dans la province du matériel de piégeage des spores pour permettre de les détecter dans les précipitations (filtrats) et dans l'air par la prise d'échantillons, pour déterminer la présence de la rouille asiatique du soya au moyen d'essais moléculaires basés sur la PCR, pour trouver si de l'ADN extrait des spores est déposée dans les pièges. Le personnel du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO) et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) prélève des échantillons chaque semaine et les achemine pour traitement à Madame Sarah Hambleton, Ph.D., à AAC à Ottawa.

Les résultats du piégeage de spores sont combinés à ceux des parcelles sentinelles, aux modèles de prévisions informatiques et aux autres données pour venir en aide aux activités de dépistage, de lutte et enfin réduire les risques que cette maladie représente pour les producteurs.

Ce système de détection précoce est conçu sur le modèle de celui du laboratoire de dépistage des maladies des céréales (USDA-ARS Cereal Disease Laboratory) de St. Paul, Minnesota (de plus grande envergure) qui est établi chez nos voisins du Sud depuis 2005

L'implantation de ce réseau de piégeage des spores en Ontario a permis de détecter pour la première fois des spores de rouille du soya au Canada pendant la saison de croissance 2007. L'an dernier, les manifestations les plus remarquables se sont produites à la mi-juillet et à nouveau au milieu d'août. Elles correspondaient toutes deux à des fronts orageux, ce qui suppose le transport des spores sur de longue distance.

Comme susmentionné, ce réseau poursuit ses activités en 2008 et plus récemment on a indiqué la présence de spores dans les échantillons de précipitations recueillis dans la semaine du 1er au 8 juillet 2008. Contrairement à 2007 quand les spores de rouille du soya ont d'abord été détectées au même endroit (la semaine du 28 juin 2007 à St. Thomas, Ontario), cette première détection en 2008 était distribuée sur une large région géographique, du Manitoba à l'est de l'Ontario. Parmi les endroits où on a signalé la présence de spores pendant la semaine du 1er au 8 juillet, notons : Morden (Manitoba), Woodslee (Ontario), Ridgetown (Ontario), Forest (Ontario) et Ottawa (Ontario). Nous analysons présentement les échantillons d'eau de pluie des deux dernières semaines mais aucune donnée n'est disponible à l'heure actuelle.

Ces observations canadiennes concordent avec celles effectuées en 2008 par Charles Barnes et Les Szabo dans les zones de production de soya américaines du nord-est (selon le USDA-ARS Cereal Disease Laboratory à St. Paul, Minnesota) qui ont détecté des spores de rouille asiatique du soya dans les états du Minnesota et de New York pendant la même période.

Ce que ça signifie?

Même si ce sont d'importants résultats, il faut conserver une certaine perspective et tenir compte des éléments suivants.

  1. On n'a trouvé à ce jour en Ontario aucun plant infesté de rouille asiatique du soya et le dépistage des parcelles sentinelles et des champs des producteurs se poursuit.

  2. La propagation de la rouille s'est effectuée lentement dans le Sud américain, à cause de conditions climatiques défavorables, mais avec le retour de conditions plus favorables à la rouille dans ce secteur (" ouragan Dolly ") il pourrait y avoir de nouvelles infestations. Peu importe, au Canada et dans les états américains du Nord la charge de spores est faible et leur viabilité est probablement très peu élevée. Pendant le transport, les spores font face à des conditions très difficiles comme les rayons ultra violet, des températures élevées ou basses, qui menacent leur survie et par conséquent réduisent les risques de réussite des infections. C'est pourquoi il faut souvent le dépôt d'un grand nombre de spores pour que la maladie s'installe.

  3. La présence de spores ne signifie pas qu'il y a maladie. Le fait de trouver des spores ne veut pas dire qu'il y a des plants infectés dans le champ. Des spores doivent être déposées sur une feuille de soya, les conditions environnementales doivent être favorables à la germination et à l'infection et enfin, il faut aussi que les conditions climatiques favorables soient continues pour que la maladie se développe. Les pluies fréquentes cette année sont un contraste radical par rapport au temps chaud et sec de l'an dernier en Ontario. Même si les conditions étaient meilleures au début juillet cette année, le stade de croissance du soya était pour la plus grande partie surtout défavorable à l'infection (préfloraison). Aussi, à l'heure actuelle nous ne recommandons pas de traitement aux fongicides contre la rouille du soya mais nous continuons de surveiller les parcelles sentinelles et les champs des producteurs de la province.

Un grand nombre de projets sur la rouille asiatique du soya ont été partiellement financés par l'intermédiaire du programme CORD (Canada-Ontario Research and Development) administré par le Agricultural Adaptation Council et le Centre pour la lutte antiparasitaire de l'AAC, l'association des producteurs ontariens de soya, l'association manitobaine des producteurs de légumineuses et la Ontario Soybean Rust Coalition (par le biais du programme CanAdvance d'AAC).

Colleteur de pluie JB

Figure 1 - Colleteur de pluie JB

Collecteur automatique d'eau de pluie " LODA "

Figure 2- Collecteur automatique d'eau de pluie " LODA "

Échantillonneur d'air Burkhard

Figure 3- Échantillonneur d'air Burkhard


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