Combattre la légionnaire uniponctuée - Buses et pertes de rendement potentielles

Nos voisins des villes environnantes savent maintenant de quoi ont l'air les légionnaires uniponctuées. Mortes, leurs cadavres jonchent nos routes, vivantes elles traversent nos champs et nos pelouses et elles aiment se régaler de notre blé d'automne. Vous devez d'abord inspecter vos champs pour voir si elles ont atteint un nombre qui justifie une intervention. Les seuils critiques ont été publiés dans des numéros précédents du bulletin. Si vous prévoyez pulvériser assurez-vous de régler votre pulvérisateur pour faire du bon travail.

Volumes d'eau élevés

Contrairement aux herbicides contre les mauvaises herbes, la pulvérisation d'insecticides exige généralement de plus forts volumes d'eau pour bien recouvrir la culture. Ces volumes plus élevés sont nécessaires parce qu'il s'agit de combattre des insectes qui se déplacent sous le couvert, non pas des mauvaises herbes qui sont immobiles dans le champ. Le couvert de la culture intercepte aussi une partie du produit pulvérisé sur la surface des plants. La plupart des insecticides doivent être pulvérisés à 200 l/ha ou 20 gal/acre. Lisez toujours l'étiquette du produit pour les volumes d'eau recommandés.

Gouttelettes de taille moyenne nécessaires

Lors de l'application d'insecticides il faut des gouttelettes de MOYENNES à FINES. Ces gouttelettes de pulvérisation sont vraiment plus petites que pour l'application d'herbicides avec des buses antidérive ou à admission d'air. Il existe des buses de conceptions diverses et différentes configurations qui permettent d'arriver à une qualité de pulvérisation MOYENNE ou MOYENNE à FINE. Voici les types de buses disponibles :

  • buse à jet plat;
  • buse à jet plat à plage étendue;
  • buse à jet plat à faible dérive;
  • buse à jet plat Turbo TeeJet;
  • buse à admission d'air faible pression (40 to 100 PSI selon la marque et la taille);
  • buse à admission d'air haute pression (100 PSI et plus selon la marque);
  • buse à jet plat double;
  • buses à jet plat avec chapeaux doubles;
  • buses à jet plat avec porte-buses doubles.

Ces diverses configurations et buses de tailles variées doivent être utilisées à des pressions différentes pour produire une qualité de pulvérisation MOYENNE. Consultez le catalogue du fabricant pour connaître les pressions nécessaires au bon fonctionnement de vos buses en vue de produire la qualité souhaitée de pulvérisation. Les préposés à la pulvérisation qui se déplacent à des vitesses plus grandes doivent penser à des buses doubles pour fournir les volumes voulus et produire aussi la taille de gouttelettes requise par l'application d'insecticides.

Dérive de pulvérisation

Comme vous allez pulvériser des insecticides avec une qualité de gouttelettes MOYENNE ou MOYENNE à FINE, votre fourchette de pulvérisation n'est peut-être pas si large que dans le cas de l'application d'herbicides. C'est surtout que les gouttelettes de pulvérisation d'herbicides sont plus grossières, se rangeant dans la catégorie GROSSIÈRE à TRÈS GROSSIÈRE. La brume de pulvérisation d'insecticides qui dérive peut se déposer sur une culture non ciblée, ou d'importantes quantités de liquides pulvérisés s'évaporer avant d'atteindre le couvert de la culture. Ces deux situations sont bien sûr non souhaitables.

Perte de rendement

Tout agriculteur d'expérience affirme avec sagesse qu'il faut " six semaines de l'épiaison à la récolte ". Cette période de rapide remplissage des grains est primordiale pour de bons rendements. Qu'arrive-t-il quand la légionnaire uniponctuée ne laisse que des tiges dans les champs? La réponse dépend entièrement du moment auquel la défoliation a lieu.

Sur cette période de six semaines, la dernière (sixième) est essentiellement consacrée au séchage avant la récolte. Le blé est physiologiquement mature avec environ 30 % d'humidité, oublions donc la 6me semaine. Pendant la cinquième semaine le grain est surtout en translocation. La photosynthèse est ralentie, pour finir le remplissage du grain le plant prive le reste de la plante. À ce stade la perte des feuilles a peu d'incidence sur le rendement. On obtiendra du grain de dimension légèrement réduite, mais l'impact est minimal. Évidemment, c'est en conservant des plants sains et verts pendant cette dernière période que des rendements optimaux sont atteints au final, mais la maîtrise de la légionnaire à cette étape-ci n'est pas économiquement avantageuse. Il faut considérer les insecticides dotés des délais d'attente avant récolte les plus plus courts : Sevin XLR possède un délai d'attente de 14 jours.

Les semaines 1 à 4 sont primordiales au remplissage du grain et au rendement. Plus la légionnaire uniponctuée cause de la défoliation à un moment rapproché de l'épiaison plus le rendement sera réduit. Il est rare de constater une défoliation totale puisque les producteurs protègent leur culture. Dans les champs où une partie des feuilles ou toutes les feuilles restent, il y aura une quantité de compensation incroyable. L'activité de photosynthèse est décuplée dans les glumes, les barbes, les tiges et les feuilles qui restent pour compenser la perte de tissus foliaires. Donc le rendement est réduit selon le moment où se produit la perte des feuilles et la quantité de la défoliation.

Des recherches en Caroline du Nord ont indiqué des pertes de rendement de 45 % avec une défoliation totale au moment de la sortie des épis. Des projets de recherche plus anciens au collège de Ridgetown (Smid, 1979) montrent seulement 20 % de perte de rendement. Ces résultats ne tiennent pas compte des épis coupés, ce qui peut augmenter de façon incroyable les pertes. Si la légionnaire ravage le champ deux semaines après l'épiaison, on peut s'attendre à un maximum de 20 % de perte de rendement. Dans un champ ayant subi une défoliation partielle (50 %) trois semaines après l'épiaison, la perte de rendement se chiffre seulement à 5 %. Évidemment, le poids spécifique et la teneur en protéines tendent à diminuer dans les champs endommagés, sans un couvert complet pour remplir le grain. Dans un champ endommagé, l'impact de toute tache des glumes causée par Staganospora (septoria) sur le rendement sera plus important que d'habitude, le photosynthétat des glumes étant primordial au rendement. Les champs qui ont été pulvérisés pour combattre la fusariose sont ici avantagés si des infections causées par Stagonospora surviennent.

La légionnaire uniponctuée n'est pas la bienvenue, mais ce n'est pas une menace désastreuse non plus. PAS au point de vouloir faire du FOURRAGE de mon champ de blé!! Évidemment les légionnaires s'attaquent aux meilleurs champs d'abord, ceux qui présentent les meilleurs potentiels de rendement. Dans ces champs au rendement potentiel de 125 boisseaux/acre (3,4 t), 5 % représente quand même une perte de 6 boisseaux/acre. À 7,00 $/boisseau, voici donc 42,00 $ en moins, auxquels il faut ajouter 20 $/acre pour maîtriser le ravageur. Faudra-t-il sauter cette année…….!!!!!!!!


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