Que
le dépistage commence,
les pucerons du soja sont là
Je remercie David Townsend de Syngenta Seeds de m'avoir avertie dès
que des pucerons du soya ont été identifiés dans
les parcelles de la compagnie à Arva, en Ontario. Nous avons
eu la surprise d'apprendre que ces insectes étaient déjà
présents sur tous les plants de ces parcelles et qu'ils étaient
plutôt nombreux pour cette période de l'année.
Pour déterminer l'état des populations de pucerons ailleurs
en Ontario, le MAAARO a rapidement coordonné une opération
de dépistage dans tout le Sud et l'Est de la province.
Heureusement, cette dernière semaine, les travaux de dépistage
ont montré que dans la majorité des champs ontariens
les populations de pucerons étaient peu nombreuses ou absentes
et que les prédateurs naturels s'installaient rapidement. C'est
ce qui se passe normalement à cette époque de l'année.
Je suis même agréablement surprise de constater la vitesse
de l'accroissement du nombre de prédateurs.
Prédateurs naturels présents qui s'attaquaient aux
pucerons du soja cette semaine.

Figure 1. Larve de syrphe

Figure 2. Larve de coccinelle

Figure 3. Momie de puceron
parasitée
On voit de tout : minuscules anthocorides adultes, larves de syrphe
(figure 1), adultes et larves de coccinelles (figure 2) et momies
formées par un champignon pathogène qui tue une partie
des pucerons. Mais le dépistage d'aujourd'hui nous a valu la
plus grosse surprise de toutes. Je trouve déjà des guêpes
parasitoïdes qui tuent des pucerons (figure 3),
ce qui est proprement incroyable pour cette époque de l'année.
À la lumière de ce que je vois, ces champs ne m'inspirent
aucune inquiétude pour le moment. Pour ces cultures, les agriculteurs
devraient pouvoir suivre les recommandations provinciales en matière
de lutte contre le puceron du soja, c'est à dire de ne traiter
que si les populations s'accroissent au point d'atteindre 250 individus
par plant sur 80 % de ceux ci entre le stade R1 et le stade R5 du
soja inclusivement. Je vous recommande de commencer le dépistage
cette semaine et de le répéter chaque semaine pour déterminer
si les pucerons sont présents et s'ils sont maintenus en échec
par leurs prédateurs naturels.

Figure 4. Pucerons du
soja dans du soja au stade V3 dans un champ d'Arva, Ontario, 13 juin
2007.
Cependant je m'inquiète davantage de certaines cultures de
la région d'Arva Thorndale. Les pucerons du soja étaient
en très grand nombre dans certains champs seulement qui se
trouvent actuellement au stade V3 du soja. Les populations dépassaient
200 individus sur 100 % des plants (figure 2). Dans la même
région, dans les champs qui en sont aux stades V1 et V2, les
pucerons ne sont pas aussi nombreux. C'est la même situation
dans quelques sites du Michigan où les populations de pucerons
sont très nombreuses dans certains champs actuellement au stade
V3 du soja.
Que s'est il passé?
Nous pensons qu'un gros arrivage de pucerons ailés est apparu
après un vol sur une longue distance qui a commencé
sur du nerprun quelque part aux États Unis. Pour la première
fois, dans des pièges à succion installés dans
le Mid West on a commencé à trouver des pucerons du
soja en mai. Généralement, ces captures ne se produisent
pas avant la mi été, lorsque les pucerons entreprennent
des vols sur de longues distances vers de nouvelles régions.
Si c'est le cas, à leur arrivée, ils se sont posés
dans les champs où la levée venait de se produire et
qui étaient les premiers à avoir été semés
dans chaque région. Depuis six ans que les pucerons du soja
sont présents, cela ne s'était jamais produit aussi
tôt au cours de l'été. Habituellement, les populations
du début de l'été partent des peuplements locaux
de nerprun et elles ne font que de courts vols vers un champ voisin
où elles créent de petites poches de colonies.
Ce nouveau scénario s'accompagne d'une incertitude. Nous n'avons
aucun seuil d'intervention pour ce stade du soja. Très peu
de travaux ont porté sur la lutte contre les pucerons aux stades
V, et les recherches qui ont été effectuées n'ont
pas montré que le traitement du soja aux stades V permettait
d'améliorer le rendement. Chez le soja, les stades végétatifs
sont généralement beaucoup plus tolérants au
stress que les stades reproducteurs. Tous ceux qui ont épandu
de trop grandes quantités d'herbicide ont pu remarquer que
les plants se rétablissaient très bien en croissant
et en produisant de nouvelles feuilles. C'est peut être le même
phénomène qui se produit lorsque les pucerons s'en nourrissent,
tant que de nouvelles feuilles continuent de pousser. Comme le plant
n'a pas encore besoin de consacrer d'énergie à la production
de graines, il est possible que l'effet sur le rendement ne soit pas
aussi prononcé. Mais nous n'en sommes pas vraiment sûrs.
Il est fort possible que si nous traitons maintenant nous fassions
plus de mal que de bien. Le traitement tuerait tous prédateurs
naturels qui ont commencé à se nourrir de ces pucerons.
Tous les pucerons qui survivront au traitement (il y en a toujours)
reconstitueront leurs effectifs, puis ils pourront atteindre de nouveau
le seuil d'intervention en juillet ou août en l'absence de leurs
prédateurs naturels.
Ce qui est certain, c'est que nous ne souhaitons pas susciter chez
les producteurs une inquiétude telle qu'ils commenceront à
traiter aussitôt qu'ils verront des pucerons. N'oublions pas
que dans la majorité des champs de la province, tout ce passe
normalement. Mais il est important de procéder au dépistage.
Dans différentes régions, il peut encore y avoir quelques
champs isolés victimes de cette immigration massive. Si vous
êtes l'un des quelques malchanceux chez qui la densité
de pucerons atteint 100 individus sur 80 % des plants dans des cultures
au début des stades V, veuillez m'appeler au 519 674 1696 avant
d'intervenir. Nous souhaitons effectuer une recherche sur ces champs
pour mieux comprendre si les traitements sont même nécessaires
aux stades V.
Dès que les fleurs apparaîtront sur ces mêmes
plants, ce qui devrait se produire dans quelques semaines seulement,
nous serons revenus en terrain connu, soit le suivi des pucerons aux
stades R du soja.