Les virus du blé : quoi chercher

La pression due aux maladies du blé en général est faible dans la plupart des champs, mais cela pourrait changer rapidement, et il faut donc poursuivre les opérations de dépistage. Le groupe des maladies virales a souvent été négligé et prend actuellement de l'importance. Les virus sont des pathogènes très intéressants à étudier; en dépit de leur taille minuscule, ils peuvent compromettre gravement les rendements. Par exemple, en 2006, Arend Smid (professeur émérite de l'Université de Guelph, Ridgetown) a constaté que sept variétés qui avaient subi des infections virales sur ses parcelles de Ridgetown avaient subi des pertes de rendement de 20 à 35 % (figure 1). Sur ces mêmes parcelles, les variétés tolérantes (figure 2) montraient peu de symptômes visibles ou avaient assez bien surmonté l'infection pour que les pertes de rendement soient minimes (moins de 5 %).

 

Parcelles de blé ayant subi une infection virale (Arend Smid, Université de Guelph).

Figure 1. Parcelles de blé ayant subi une infection virale (Arend Smid, Université de Guelph).

 

Dommages produits par le virus (Arend Smid, Université de Guelph).

Figure 2. Dommages produits par le virus (Arend Smid, Université de Guelph).


Les virus détournent les processus métaboliques des plantes à leur profit pour leur faire produire d'autres virus. Il existe de 500 à 600 virus qui s'attaquent aux plantes et qui peuvent causer des dommages considérables dans de nombreux types de cultures. Après avoir été produites, les nouvelles particules virales doivent trouver une voie d'accès à d'autres plantes. Il existe différents modes de propagation ou de transmission : passage direct d'une plante infectée à une plante non infectée par simple contact (par exemple par les racines), lésion mécanique, infection des graines ou action de divers vecteurs. Ces vecteurs peuvent être a) des insectes tels que des sauterelles, des pucerons ou des thrips, ou bien des acariens, b) des champignons ou c) des nématodes.

Parmi les principales maladies virales du blé en Ontario, on trouve la mosaïque du blé, la filosité panachée du blé et le nanisme jaune de l'orge. Le tableau 1 présente une comparaison de ces virus.

Les cycles de vie du virus de la mosaïque du blé et du virus de la filosité panachée du blé sont très semblables, tout comme leur mode de distribution dans un champ et les symptômes qu'ils provoquent. Il n'est pas rare de trouver de nombreux plants qui sont infectés par les deux virus à la fois; en effet, ceux ci ont le même vecteur, un champignon terricole appelé Polymyxa graminis.

Ce champignon produit des zoospores (spores mobiles dans l'eau) qui envahissent les poils absorbants des racines et les cellules épidermiques des jeunes plants durant les périodes où le sol est fortement chargé d'humidité ou dans les zones basses et détrempées. Le champignon peut demeurer dans le sol pendant au moins huit ans. Dans ces maladies, la température joue également un rôle important. Lorsque la température s'accroît, les symptômes visibles et les dommages deviennent moins importants, ce qui permet à la plante de se rétablir. Les pertes de rendement vont souvent de moins de 5 à 10 % pour la filosité panachée du blé et de 10 à 40 % pour la mosaïque du blé.

Les principaux symptômes du nanisme jaune de l'orge sont des plants rabougris dont la pointe des feuilles est jaunie, rougie ou violacée. On confond souvent le nanisme jaune de l'orge avec la filosité panachée du blé, la mosaïque du blé, une déficience d'un élément nutritif ou des facteurs environnementaux. Contrairement aux virus de la filosité panachée du blé ou de la mosaïque du blé, celui du nanisme jaune de l'orge est transmis par les pucerons. Plusieurs espèces de pucerons ont été identifiées comme des vecteurs de cette maladie, notamment le puceron vert des graminées, le puceron du maïs, le puceron des céréales et le puceron du merisier à grappes.

Les plants infectés par ce virus forment des zones de 1 à 2 m de diamètre, mais ils peuvent aussi être distribuées uniformément dans l'ensemble du champ, selon la répartition des pucerons. Les pertes de rendement sont très étroitement liées au moment où la culture a été infectée. En général, les pertes sont plus importantes si l'infection s'est produite en automne plutôt qu'au printemps.

L'identification des maladies virales est très délicate et elle nécessite des analyses sérologiques spécialisées. Il est préférable d'envoyer des échantillons à un laboratoire de diagnostic comme celui de la Pest Diagnostic Clinic de l'Université de Guelph à Guelph, qui est équipé en conséquence. À cet endroit, on peut effectuer divers tests sérologiques, y compris ceux du nanisme jaune de l'orge, de la mosaïque du blé, de la filosité panachée du blé et de la mosaïque bigarrure. On peut établir si un virus donné est présent ou effectuer un dépistage pour un ensemble de virus. Le temps de traitement des échantillons varie de 24 heures à deux semaines, selon le virus que l'on recherche. Les prix varient selon le nombre de virus à tester et le nombre d'échantillons soumis. Pour plus de renseignements, appeler la Pest Diagnostic Clinic au 519 767 6256; on vous enverra un formulaire de soumission et un tableau des tarifs.

Tableau 1. Comparaison du virus du nanisme jaune de l'orge, du virus Polymyxa de la mosaïque du blé et de la filosité panachée du blé.

Virus Mode de transmission Principaux symptômes
Hôtes autres que le blé
Nanisme jaune de l'orge Pucerons Chlorose générale, coloration rouge ou pourpre, rabougrissement
Orge, avoine, maïs, sorgho, millet, graminées
Mosaïque du blé Champignon du sol (Polymyxa graminis) Mosaïque vert jaune, rabougrissement, formation de rosettes Seigle, orge, graminées, sorgho
Filosité panachée du blé Champignon du sol (Polymyxa graminis) Mosaïque jaune vert, bigarrures, filosité Seigle, orge



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