Seuils
critiques pour la chrysomèle du haricot
dans les jeunes pousses de soya
Nous recevons de très nombreux appels de la part de producteurs
et de représentants qui s'inquiètent des dommages causés
au soya par la chrysomèle du haricot. Il serait donc peut-être
utile de récapituler ici un article antérieur afin d'éviter
que les producteurs investissent inutilement dans des mesures de lutte
qui ne seraient pas nécessaires.
En fait, cela prend un nombre assez élevé de chrysomèles
pour justifier un traitement, surtout dans le cas des fèves
soya destinées à la trituration. À moins d'être
complètement grugés, les plants peuvent surmonter les
dommages et produire de nouvelles feuilles, du moment qu'il n'y a
pas trop de chrysomèles par plant. Mais combien en faut-il
au juste pour s'inquiéter? Toutes les décisions en matière
de lutte antiparasitaire dépendent en fait de la valeur de
la culture et du coût des interventions. Des chercheurs de la
Faculté d'entomologie de l'université de l'État
de l'Iowa, Jeffrey Bradshaw, Marlin Rice et David Dorhout, font des
travaux sur la chrysomèle du haricot depuis bon nombre d'années.
Ils ont établi les seuils économiques d'intervention
au stade plantule du soya (voir le tableau 1). Une chose est certaine
: cela prend tout de même une bonne quantité de chrysomèles
par plant avant qu'il ne soit nécessaire de traiter, surtout
lorsque le prix du soya est faible.
Cette observation ne tient cependant pas compte du rôle que
peuvent jouer les insectes à titre de vecteurs de la marbrure
des gousses du haricot (transport et transmission), ce qui est plus
préoccupant pour ceux qui cultivent des fèves soya destinées
à la semence ou à l'exportation. Même dans ce
cas, la charge virale globale dans les chrysomèles qui hivernent
est généralement assez faible en Ontario, quoique parfois
un peu plus élevée dans les comtés d'Essex et
de Kent. Au cours d'essais récents réalisés à
la station d'AAC de Harrow (Roberto Michelluti) et à la station
du MAAARO de Ridgetown (Albert Tenuta et Tracey Baute), on a observé
que la marbrure des gousses du haricot avait diminué au cours
des deux dernières années (voir le tableau 2).
Des échantillons provenant de deux cent vingt-deux parcelles
commerciales situées entre Windsor et Ottawa ont été
prélevés et analysés en 2005, à l'aide
du test DAS-ELISA (Agdia Inc.), pour la présence du virus de
la mosaïque de la luzerne, de la marbrure des gousses de haricot,
du virus de la mosaïque du soya et du virus de la tache annulaire
du tabac. Le virus de la mosaïque de la luzerne a été
décelé dans 21 parcelles, la marbrure des gousses de
haricot dans quatre parcelles, le virus de la mosaïque du soya
dans 62 parcelles et la tache annulaire du tabac dans 12 parcelles.
Voir les comparaisons avec les autres années au tableau 2.
Des données de recherche provenant du Kentucky et de l'Iowa
suggèrent que la capacité des chrysomèles qui
hivernent à infecter les jeunes plants de soya est extrêmement
faible (0 à 0,5 %). Le virus passe l'hiver dans le système
digestif de la chrysomèle et, durant ce temps, il perd sa capacité
à infecter directement les plants de soya lorsque les insectes
consomment les jeunes pousses. Cela signifie que les chrysomèles
qui ont survécu à l'hiver doivent se nourrir de plants
de soya ou de légumineuses infectés dans le champ, ou
le long des clôtures, pour retrouver leur pouvoir infectant.
Ce n'est qu'à ce moment que le virus est en mesure de se propager
lorsque les chrysomèles se nourrissent.
Il est très important avant de prendre une décision,
de savoir s'il y a déjà eu des antécédents
de marbrure des gousses du haricot dans le champ. Que faut-il donc
vérifier pour savoir si la parcelle a des antécédents
de marbrure des gousses du haricot? Voici quelques questions à
se poser à ce sujet.
- Les rendements étaient-ils beaucoup plus bas l'année
dernière?
- Les semences provenant de la parcelle atteinte de marbrure ont-elles
été récoltées ou étaient-elles
décolorées? Les semences ont-elles été
analysées pour vérifier la présence de marbrure?
- La maturité a-t-elle été retardée
(syndrome "de la tige verte ") sur certains plants?
- À l'automne, la population de chrysomèles du haricot
était-elle élevée dans la parcelle?
Tableau 1. Seuil économique d'intervention contre
les chrysomèles du haricot qui ont survécu à
l'hiver, dans les jeunes pousses de soya (nombre de chrysomèles
par plant). Le tableau NE tient PAS compte de l'effet de la marbrure
des gousses du haricot sur la qualité et le rendement des fèves
soya. Les prix sont en dollars américains.
Valeur marchande
($/boisseaux) |
Stade de croissance /coût du traitement ($/acre) |
| |
VC |
V1 |
V2 |
| |
6 |
8 |
10 |
6 |
8 |
10 |
6 |
8 |
10 |
| 5,00 |
2,4 |
3,2 |
4,0 |
3,7 |
5,0 |
6,2 |
5,9 |
7,8 |
9,8 |
| 6,00 |
2,0 |
2,7 |
3,4 |
3,1 |
4,1 |
5,2 |
4,9 |
6,5 |
8,1 |
Extrait de Integrated Crop Management Newsletter, Université
de l'état de l'Iowa, numéro du 15 mai 2006 i
Les producteurs de soya destiné à la semence ou de
variétés à identités préservées
(IP) qui ont répondu oui à toutes les questions indiquées
plus haut pourraient avoir besoin de traiter leurs parcelles contre
les chrysomèles du haricot qui ont survécu à
l'hiver, dès qu'elles se manifestent dans les champs. Dans
les autres cas, le traitement est nécessaire uniquement si
les populations de chrysomèles ont atteint les seuils critiques
mentionnés plus haut.
Tableau 2 - Incidence de quatre virus dans le sud-ouest de
l'Ontario entre 2001 et 2005 : le virus de la mosaïque de la
luzerne, de la marbrure des gousses du haricot, le virus de la mosaïque
du soya et de la tache annulaire du tabac. Source - Station de Harrow
(AAC) et de Ridgetown (MAAARO) (222 échantillons in 2005)
Virus Survey Results for 2001, 2002, 2003, 2004, 2005
| |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
| AMV |
n/a |
15 |
19 |
4 |
21 |
| BPMV |
nursery(1st rpt) |
20 |
16 |
0 |
4 |
| SMV |
nurseries |
13 |
15 |
3 |
62 |
|
TRSV
|
nurseries |
16 |
19 |
8 |
|
Lorsque les plants sont au stade V3, ils ont suffisamment de feuillage
et ne sont donc pas aussi vulnérables aux dommages causés
par l'insecte. En fait, lorsque la culture parvient au stade V3, les
tableaux de défoliation sont utilisés pour évaluer
les dommages et les traitements deviennent nécessaires lorsque
30 % des plants sont défoliés. (Fig.
1). Le seuil de 30 % s'applique jusqu'à ce que les plants
soient en fleurs.
Nous en avons encore beaucoup à apprendre sur l'interaction
entre le virus et l'insecte en tant que vecteur. Nous savons cependant
que le virus peut survivre dans une semence de soya infectée
et dans les chrysomèles qui passent l'hiver. On connaît
très peu de choses par contre sur les autres légumineuses
vivaces qui hébergent le virus durant l'hiver et cet aspect
pourrait être le plus important du cycle de la maladie. Des
travaux réalisés en Iowa (John Hill) ont démontré
que la desmodie du Canada (Desmodium canadense) et d'autres espèces
de mauvaises herbes du genre Desmodium pourraient, entre autres, héberger
le virus durant l'hiver.
Un groupe de chercheurs d'Agriculture et Agroalimentaire Canada tentent
de trouver d'autres hôtes du virus dans le cadre du volet "Agroforesterie
dans les systèmes de production agricole" du programme
national sur les brise-vent et la biodiversité. En 2005, le
groupe a détecté de la marbrure des gousses du haricot
sur des mûres blanches (Morus alba ) dans ces brise-vent. Il
existe aussi probablement beaucoup d'autres hôtes intermédiaires
qui permettent au virus de survivre à l'hiver et il faudrait
que les recherches se poursuivent.
Quelle est l'importance de ces hôtes intermédiaires?
Les jeunes chrysomèles se nourrissent de ces hôtes intermédiaires
infectés et contractent ainsi le virus et le tranmettent aux
fèves soya. La question revient sans cesse au sujet de la luzerne
et les recherches indiquent que bien que l'on puisse trouver des chrysomèles
qui grugent la luzerne, cette dernière n'est pas une hôte
de la marbrure des gousses du haricot (ce qui est une bonne chose!).
Figure 1.Défoliation
à 30 % d'une feuille de plant de soya. (Marlin Rice, Université
de l'État de l'Iowa)
