Spores de la rouille du soya détectées au Texas.
Que faut-il en penser?

De nombreuses démarches ont été entreprises pour limiter la propagation de la rouille du soya au Canada et aux États-Unis. En plus de surveiller les champs de soya et de mettre en place des parcelles sentinelles pour dépister la maladie, on tente également de " capturer " des spores dans des échantillons de pluie ou dans des sédiments secs (où les spores atterrissent). L'utilisation de pièges à spores apporte des informations additionnelles qui, associées au dépistage et aux méthodes de surveillances, peuvent faciliter la lutte contre la rouille du soya. Je constate toutefois que certains points demeurent obscurs à ce sujet d''après les questions qu'on m'a posées récemment au sujet des derniers rapports du système Syntinel Rust Tracker parrainé par Syngenta Crop Protection.

Selon le rapport, 30 spores que l'on soupçonne associées à la rouille du soya ont été capturées dans un piège à spores, à Beasley, au Texas, dans le comté de Fort Bend. Il s'agit de la seule station d'échantillonnage faisant partie de ce système où a été signalée, jusqu'à maintenant en 2006, la présence de spores apparentées à celles de la rouille du soya. Il est important de noter qu'aucune infection active à la rouille du soya n'a été observée au Texas jusqu'à maintenant. Cela signifie que le dépistage dans ces régions devra s'intensifier.

Voici quelques points dont il faudra tenir compte pour l'interprétation des résultats de collecte de spores dans les pièges et des répercussions de ces données sur les risques de se retrouver avec de la rouille dans nos régions.

"Apparence" de rouille versus rouille "confirmée"

Les propagules qui causent une infection, comme les spores, sont identifiées soit par une analyse microscopique soit par une analyse génétique. Les deux méthodes prennent beaucoup de temps, mais à moins que les analyses génétique ou moléculaire soient effectuées, l'identification des spores n'est pas définitive. C'est ce qui s'est produit en 2005. Le terme " apparence " de rouille est utilisé puisqu'il n'avait pas été possible de faire une analyse moléculaire qui aurait confirmé l'origine des spores, car dans de nombreux cas, le nombre de spores recueillies n'était pas suffisant pour permettra une analyse précise de l'ADN. Cela ne veut pas dire qu'il ne s'agissait pas de spores de la rouille du soya, mais par contre on ne peut pas affirmer non plus, hors de tout doute, qu'il s'agissait de ce type de spores. Tout cela a contribué à ajouter à la confusion, en 2005, et dans plusieurs cas la situation n'a pas été bien expliquée aux producteurs.

La présence de spores ne cause pas nécessairement de maladie!

On dit parfois que " ce sont les petits détails qui tuent " et c'est bien le cas ici, puisque ces rapports parlaient bel et bien de spores " apparentées " à la rouille du soya et non de plants infectés par la maladie! Cette nuance est extrêmement importante et a des conséquences majeures sur les risques d'infection d'un champ. Plusieurs facteurs et diverses conditions doivent être réunis pour que des spores qui atterrissent sur la surface d'une feuille causent une infection. Lorsqu'une infection se produit, le risque d'apparition de la rouille du soya augmente si les conditions ambiantes sont favorables. Si les conditions ne sont pas favorables à l'infection, cependant, le risque est faible ou nul.

Le risque qu'un champ devienne infecté par une maladie peut être illustré par un triangle équilatéral où les trois côtés ou facteurs représentent respectivement l'hôte, le pathogène et l'environnement. L'interaction entre ces trois facteurs détermine le risque que la maladie se manifeste dans le champ. Les phytopathologistes l'appellent " le triangle de la maladie ". Pour qu'une maladie se manifeste, le plant et le pathogène doivent se rencontrer dans un environnement propice. Si l'un de ces trois facteurs est manquant, alors la maladie ne peut pas se développer ou demeure bénigne.

Ainsi, on a confirmé par PCR la présence de spores de la rouille du soya dans la région des Grands Lacs, en 2005, mais les températures chaudes et sèches n'ont pas favorisé l'éclosion de la maladie.

La viabilité des spores

Plusieurs aspects de la biologie des spores de la rouille du soya sont encore mal compris dans l'environnement nord-américain. On ne connaît pas, par exemple, à quel point les spores aériennes " apparentées " à la rouille sont viables (c.-à-d. vivantes et capables d'infecter une plante hôte vulnérable). La dérive aérienne locale ou sur de longues distances des spores de la rouille du soya est influencée par un grand nombre de facteurs, tels que les rayons ultraviolets, l'altitude et la température. Tous ces facteurs peuvent influer sur la viabilité des spores et, comme ce fut le cas lors de l'ouragan Ivan en 2004, les spores viables de la rouille du soya peuvent parcourir de vastes distances.

Ce que l'on sait

  1. Les rayons ultraviolets (le soleil direct) tuent rapidement les spores aériennes (en une ou deux heures), ce qui réduit les risques de maladie.
  2. Le temps nuageux accroît la viabilité des spores.
  3. En l'absence d'humidité, les spores ne demeurent viables que huit jours au plus.
  4. En conditions idéales, soit des températures modérées et une humidité adéquate, les spores peuvent survivre jusqu'à 50 jours ou 12 semaines.
  5. Les températures extrêmes peuvent limiter la survie des spores puisque ces dernières ont peu de chance de survivre à une température supérieure à 100 oF (37,8oC). Par ailleurs, les pores ne survivent pas plus d'une semaine à des températures inférieures à 32 oF (0oC).

L'ampleur à laquelle les rayons ultraviolets, l'altitude et les températures influent sur la viabilité des spores dépend des conditions particulières qui règnent au moment où les spores sont transportées. C'est ce qui explique que la présence de spores n'est pas nécessairement synonyme de maladie. Il demeure important toutefois d'intensifier le dépistage.


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