Fauche automnale de la luzerne

Table des matières

  1. Peuplements de luzerne stressés de façon importante en 2012
  2. Période de repos automnal
  3. Autres facteurs de risque
  4. Fauches automnales tardives à la fin de la période de repos
  5. Étouffement?
  6. Pour plus de renseignements

Avec des réserves de fourrages réduites à l'été 2012, ce serait très tentant de faucher certaines cultures fourragères pour confectionner de l'ensilage préfané ou de l'ensilage en grosses balles cet automne. C'est une décision difficile avant laquelle il faut considérer les besoins immédiats en fourrages par rapport aux risques de destruction de la luzerne par l'hiver qui iront en augmentant, en plus des risques potentiels de rendements réduits au printemps prochain. Mais comment évaluer ces risques?

Peuplements de luzerne stressés de façon importante en 2012

Alors que nos peuplements de luzerne ont été stressés au maximum, nous en demandons encore plus. La luzerne a subi des stress importants qui remontent à l'automne et à l'hiver dernier. Les sols saturés à la fin de l'automne, une faible résistance à l'hiver, l'accumulation d'eau et la formation d'une couche de glace ont eu des conséquences néfastes, tout comme les maladies des racines et du collet de la luzerne. Comme le printemps est arrivé tôt, il y a eu des dommages multiples dus au gel. Les mois d'avril et de mai, avec un temps très sec et les dégâts dus au charançon postiche de la luzerne, ont grandement réduit les rendements des premières fauches. Ça ne s'est pas arrangé par la suite, la repousse de la deuxième coupe a été exceptionnellement mauvaise, avec peu de pluie en juin et en juillet. La cicadelle de la pomme de terre a eu de très graves répercussions, surtout dans les nouveaux semis.

Un autre important facteur a contribué aux faibles rendements des premières coupes, la fauche de la luzerne en automne. Étant donné les réserves très faibles de luzerne, on comprend pourquoi de nombreux producteurs prennent ce risque. Toutefois, on a récemment constaté plus de destruction par l'hiver, même dans des zones où c'est en général moins fréquent. Les peuplements stressés et affaiblis risquent de se détériorer davantage et leur rendement de baisser encore plus. Il peut être utile de déterrer certaines racines et des collets de plants de luzerne pour évaluer la présence de maladie ainsi que la santé des plants avant de prendre des décisions concernant la fauche d'automne et les rotations. Consulter la fiche du MAAARO, Évaluation des peuplements de luzerne.

Période de repos automnal

La période de repos automnal de la luzerne commence six semaines (450 degrés jours de croissance, base de 5 °C) avant la date moyenne du premier gel meurtrier, quand la culture cesse de croître. En ne fauchant pas pendant cette période on permet aux plants de luzerne de repousser et d'emmagasiner suffisamment de réserves dans les racines pour survivre à l'hiver et fournir une repousse plus vigoureuse au printemps. Quand la culture est fauchée tôt pendant cette période, les plants de luzerne vont utiliser les réserves racinaires existantes pour la repousse, vidant en quelque sorte « le réservoir ». Plus tard, au cours de cette même période, le plant de luzerne emmagasine dans les racines des hydrates de carbone produits par la photosynthèse, pour remplir à nouveau « le réservoir ». Les risques sont habituellement plus élevés lorsqu'on fauche au milieu de la période de repos automnal (3e ou 4e semaine), quand les réserves des racines ont été épuisées et pas encore renouvelées, qu'au début ou à la fin.

La période de repos automnal commence dès le 10 août pour le nord de l'Ontario, entre le 25 et le 30 août pour l'est et le centre de l'Ontario et le 4 septembre dans la région du sud-ouest (figure 1). Il est cependant difficile de prévoir quand ce gel meurtrier se produira vraiment. La date réelle du premier gel meurtrier se situe rarement à la date moyenne, le début de la période de repos automnal n'est donc donné qu'à titre indicatif.

La période de repos automnal commence dès le 10 août pour le nord de l'Ontario, entre le 25 et le 30 août pour l'est et le centre de l'Ontario et le 4 septembre dans la région du sud-ouest

Figure 1. Début de la période de repos automnal de six semaines de la luzerne.

Même en l'absence de destruction hivernale, le rendement supplémentaire récolté pendant la période critique est en général annulé par la perte de vigueur et de rendement de la première fauche du printemps suivant. Il est parfois difficile de faire le lien entre ces éléments, mais ils demeurent importants. Des recherches montrent que les pertes de rendement subies lorsqu'on ne fauche pas durant la période de repos sont habituellement annulées grâce aux rendements plus élevés de la première coupe l'année suivante. Nous avons certes constaté cet effet au printemps 2012. La décision de faucher ou non en automne doit toujours tenir compte des besoins immédiats en fourrages. Si on décide de faire une coupe, on peut laisser quelques bandes non fauchées pour comparer les résultats l'année suivante.

Autres facteurs de risque

Les risques de destruction hivernale sont plus élevés pour les peuplements plus anciens, ceux qui sont faibles en potassium, dont le pH est moins élevé, ou encore ceux dont le drainage est mauvais ou subissent la pression des insectes et des maladies; ce sont ceux qu'il vaut mieux éviter de faucher à l'automne. La fauche d'automne de nouveaux semis n'est en général pas recommandée. Des programmes de coupes trop intenses peuvent aussi accroître les risques de dommages. Des intervalles de moins de 30 jours augmentent également les risques de destruction hivernale alors que des intervalles de plus de 40 jours (qui permettent la floraison), réduisent ces risques. On constate souvent des rendements décevants de la première fauche dans des champs où une quatrième coupe a été effectuée l'automne précédent.

Certaines régions de la province, comme dans la vallée de l'Outaouais, présentent un risque historique plus élevé de destruction par l'hiver. Lorsque les réserves de fourrages sont adéquates, il n'est pas du tout conseillé de faucher à l'automne, ce qui accroît les risques de destruction hivernale.

Fauches automnales tardives à la fin de la période de repos

S'il faut effectuer la fauche l'automne, on peut réduire les risques de destruction hivernale (sans toutefois les éliminer) en fauchant la luzerne vers la fin de sa période de croissance, aussi près que possible d'un gel meurtrier. La situation devient difficile si les faibles réserves des racines sont épuisées par la repousse et qu'il n'y a pas suffisamment de chaume pour retenir la neige et isoler du froid les collets des plants, qui seront endommagés par le temps froid. Le fait de laisser au moins 15 cm (6 pouces) de chaume peut aider. Essayer de limiter les fauches tardives aux champs qui, à d'autres égards, présentent moins de risques, c'est-à-dire les champs bien drainés, fertiles, avec des plants dont les racines et les collets sont sains, et le reste. Un gel est dit meurtrier lorsque les températures ne se maintiennent pas plus haut qu'environ -4 °C pendant plusieurs heures. Après un gel meurtrier, la valeur nutritive de la luzerne diminue rapidement puisqu'il y a des pertes de feuillage et que la pluie lessive vite les éléments nutritifs.

L'insuffisance à la fois de la croissance des parties aériennes et de la capacité à retenir la neige peut aussi contribuer au déchaussement par le gel. Les chaumes vont faire saillie si de la glace se forme pendant l'hiver, permettant à l'air de pénétrer sous la couche de glace. La luzerne coupée commence sa repousse à partir des bourgeons sur les collets et des bourgeons axillaires, mais non à partir de la tige, aussi en fauchant plus haut on n'épuise pas les réserves dans les racines. Cependant, en coupant plus haut on ne favorise pas la rétention de la neige comme isolant.

Étouffement?

Il y a toujours un certain risque d'étouffement dans les peuplements très denses de cultures fourragères qui ne sont pas fauchés. On observe parfois l'étouffement des plants après l'hiver dans des peuplements très denses de graminées ou de trèfle rouge, en raison de l'épaisseur du couvert végétal des parties supérieures. En revanche, la luzerne perd la majorité de son feuillage dès le premier gros gel et les tiges restantes demeurent dressées et présentent rarement un risque d'étouffement.

Pour plus de renseignements

Consulter la fiche technique 91-077 du MAAARO, Risques de destruction par l'hiver de la luzerne.


Auteur : Joel Bagg, spécialiste de la culture des fourrages/MAAARO
Date de création : 6 octobre 2009
Dernière révision : 28 août 2012

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