La cicadelle blanche du pommier et la cicadelle de la pomme de terreExtrait du Publication 310F, Lutte intégrée
contre les ennemis du pommier, Table des matières
IntroductionDe nombreuses espèces de cicadelles envahissent les pommiers, mais deux seulement ont une incidence économique en Ontario : la cicadelle blanche du pommier, Typhlocyba pomaria (McAtee), un insecte indigène, présent partout où l'on cultive la pomme; et la cicadelle de la pomme de terre, Empoasca fabae (Harris), qui s'attaque occasionnellement aux pommiers, notamment aux jeunes arbres non productifs. Cicadelle blanche du pommierLa cicadelle blanche du pommier est indigène en Amérique du Nord; on la rencontre dans la plupart des régions pomicoles du Canada et des États-Unis. Le pommier constitue probablement le seul hôte sur lequel hiverne l'insecte, mais celui-ci peut, à la belle saison, infester également le pêcher, le prunier, le cerisier ou l'aubépine. La cicadelle se nourrit exclusivement des feuilles et n'attaque pas directement le fruit. DescriptionL'uf de cicadelle fait moins de 1 mm de longueur, il est
blanc crème et de forme cylindrique, avec des extrémités
en pointe. L'insecte passe par cinq stades nymphaux. Les jeunes
nymphes des premier et deuxième stades nymphaux sont blanchâtres
avec des yeux rouges ternes, et font environ 1,0-1,5 mm de longueur
(figure 4-22). Lors du troisième stade nymphal, des ébauches
d'ailes et des yeux blancs ternes font leur apparition. Aux quatrième
et cinquième stades nymphaux, la cicadelle garde la même
apparence qu'au troisième stade, mais elle est plus grande
(figure 4-23). Les nymphes de la cicadelle blanche du pommier se
distinguent de celles de la cicadelle de la pomme de terre par leur
façon de se déplacer lorsqu'elles sont dérangées
: la cicadelle blanche avance ou recule, tandis que la cicadelle
de la pomme de terre se déplace de côté, à
la manière d'un crabe. Les adultes sont blanc crème,
mesurent environ 3 mm de longueur et maintiennent leurs ailes au-dessus
de leur dos lorsqu'ils sont au repos (figure 4-24). Figure 4-22. Jeune nymphe de la cicadelle blanche
du pommier. Figure 4-23. Cicadelle blanche à un
stade nymphal avancé; noter les ébauches alaires . Figure 4-24. Adulte de la cicadelle blanche (Art Agnello, Ph.D., Cornell University). Cycle biologiqueLa cicadelle blanche du pommier hiverne sous la forme d'ufs oblongs d'environ 1 mm de longueur, insérés sous l'écorce, qui provoquent l'apparition de cloques sur les rameaux. Le plus souvent, on trouve ces ufs sur des arbres de deux ans d'âge, mais on en découvre également sur du bois de trois à cinq ans. Les ufs commencent à éclore avant la floraison, le processus se poursuivant jusqu'à la fin du stade calice. Après avoir émergé de leur coquille, les nymphes migrent vers le feuillage et complètent leur développement sur la face inférieure d'une seule feuille ou d'un groupe de feuilles. Elles se déplacent rarement sur la face supérieure des feuilles. On trouve les nymphes de la première génération à l'intérieur du feuillage, à proximité du tronc principal ou de grosses branches de l'arbre et occasionnellement sur des pousses terminales en croissance active. Les nymphes deviennent adultes au début de l'été. L'accouplement survient généralement tôt le matin. La ponte suit environ quatorze jours plus tard. Les ufs sont déposés sur les pétioles, les nervures médianes et les grandes nervures secondaires de la face inférieure des feuilles. La période de ponte dure environ trois semaines, chaque femelle pouvant produire de 50 à 60 ufs. La durée de vie globale des adultes de la première génération est de cinq ou six semaines. Les nymphes de la deuxième génération voient le jour au début août et les adultes séjournent dans les arbres entre le milieu et la fin d'août jusqu'à la première gelée meurtrière. La deuxième génération est moins synchronisée dans son développement et plus difficile à maîtriser. En Ontario, on compte deux générations de cicadelles blanches par année. DommagesLes dommages causés par la cicadelle blanche du pommier
sont de deux ordres, soit les mouchetures des feuilles et la tacheture
des fruits. Pour se nourrir, les nymphes et les adultes de la cicadelle
du pommier enfoncent leurs pièces buccales dans le tissu
foliaire et en extraient le contenu. Ces prélèvements
laissent des marques blanchâtres ou vert pâle aux endroits
où les cellules des feuilles sont détruites (figure
4-25). La surface photosynthétisante des feuilles s'en trouve
ainsi réduite, ce qui a des effets sur le calibre, la couleur
et le degré de maturité des fruits, en plus de fragiliser
l'arbre en hiver. Les dommages infligés aux feuilles semblent
plus importants au cours de la première génération
de cicadelles, soit en juin et juillet. Figure 4-25. Mouchetures sévères des feuilles par la cicadelle blanche. Les déjections des cicadelles blanches qui se nourrissent
des feuilles du pommier tombent et sèchent sur les fruits,
où elles laissent des taches brun foncé (figure 4-26).
Ces taches rendent les fruits impropres au marché du frais,
surtout s'ils ont la peau claire. Les taches se font plus nombreuses
à la deuxième génération de cicadelles,
qui commence en août. On parvient normalement à enlever
les déjections séchées (avec une brosse et
de l'eau) au moment du conditionnement. Les taches laissées
par les déjections de la cicadelle blanche peuvent être
confondues avec une maladie fongique appelée moucheture du
pommier, qui se manifeste à la fin de l'été.
Contrairement aux souillures laissées par la cicadelle blanche,
les mouchetures sont de couleur gris anthracite ou noire et ne disparaissent
pas au lavage. En outre, les mouchetures sont généralement
disposées en cercle et également distancées,
tandis que les taches laissées par les déjections
de la cicadelle sont disposées de manière aléatoire
sur toute la surface du fruit. Figure 4-26. Taches sur un fruit à maturité causées par les déjections de la cicadelle blanche. Dans les vergers fortement infestés, les hordes de cicadelles
constituent une sérieuse nuisance pour les travailleurs qui
s'affairent à l'émondage des arbres et à la
cueillette des fruits. Lorsqu'elles sont dérangées,
les cicadelles s'envolent en masse dans toutes les directions et
peuvent venir frapper les ouvriers au niveau des yeux, du nez, des
oreilles et même de la bouche. Ces irruptions soudaines d'insectes
volants, en plus de ralentir le travail, présentent un réel
danger pour les ouvriers qui manuvrent des machines agricoles
ou cueillent des fruits dans les échelles. Surveillance et seuil d'interventionExaminer la face inférieure de 5 feuilles prélevées
sur chacun sur 20 pommiers pris au hasard dans un bloc de vergers
(pour un total de 100 feuilles). Choisir des feuilles plutôt
vieilles, prélevées près du tronc, pour dénombrer
les insectes de première génération. Les nymphes
de la deuxième génération se trouveront sur
des feuilles recueillies à une longueur de bras à
l'intérieur du feuillage de l'arbre, à la moitié
environ du rayon de celui-ci. Examiner les feuilles sur place. Scruter
soigneusement la face inférieure des feuilles à la
recherche de nymphes (comme celles-ci sont difficiles à voir,
il est recommandé d'utiliser une loupe). LutteIl existe quelques prédateurs ou parasitoïdes qui s'attaquent
à la cicadelle blanche, mais aucun ne permet une lutte biologique
efficace. On aperçoit quelquefois la punaise de la molène
se nourrissant de nymphes de cicadelle. Cicadelle de la pomme de terreLa cicadelle de la pomme de terre, Empoasca fabae (Harris), s'accommode d'une gamme d'hôtes beaucoup plus large que la cicadelle blanche. Elle peut s'attaquer aux pommiers, aux vignes, aux fraisiers, aux plants de pommes de terre, à plusieurs autres cultures légumières, aux haricots, à la luzerne et à environ 200 autres espèces de plantes. Sa salive, toxique, provoque dans les vergers des dommages plus importants que partout ailleurs. DescriptionLes jeunes nymphes, de couleur jaune-vert (figure 4-27), se déplacent
rapidement sur le revers des feuilles. En vieillissant, elles développent
des ébauches d'ailes qui les distinguent des adultes, lesquels
sont dotés d'ailes complètes. Les nymphes ont une
curieuse aptitude, soit celle de se déplacer de côté
(en plus de reculer). Dès la première menace, elles
se réfugient sous les feuilles. Les insectes adultes sont
vert pâle, cunéiformes et mesurent environ 3 mm de
longueur (figure 4-28). Ils possèdent des pièces buccales
adaptées à la succion et peuvent marcher, sauter et
voler. Leur structure corporelle ressemble à celle de la
sauterelle, avec des pattes arrière bien développées
et des ailes qui se replient sur le dos en imitant la forme d'une
tente. Figure 4-27. Nymphe de cicadelle de la pomme de terre (NRAES-75, Mid Atlantic Orchard Monitoring Guide, publié par Henry Hogmire).
Cycle biologiqueLa cicadelle de la pomme de terre ne survit pas à l'hiver en Ontario. Chaque printemps, des adultes en provenance des États américains voisins du golfe du Mexique sont portés par le vent et arrivent en Ontario après avoir survolé les Grands Lacs. Les premiers apparaissent dès la mi-mai et la migration se poursuit pendant une bonne partie du mois de juin. On les remarque d'abord dans les vergers de pommiers au début ou au milieu de juin, généralement après la première récolte de foin dans la région. La disparition de leur première source de nourriture (la luzerne) incite les cicadelles à rechercher des hôtes intermédiaires dans les environs, notamment dans les vergers de pommiers. Les adultes s'accouplent et les femelles pondent ensuite deux ou trois ufs par jour tout au long de leur vie. Les ufs sont déposés sur des feuilles ou des pédoncules, dans la partie supérieure de la frondaison, et éclosent une dizaine de jours plus tard. Les nymphes mettent environ vingt-cinq jours à passer par les cinq stades nymphaux, progressivement plus gros les uns que les autres. Seules les nymphes des trois derniers stades nymphaux ont des ébauches alaires visibles qui deviendront des ailes véritables au stade adulte. En passant d'un stade nymphal à l'autre, les nymphes abandonnent derrière elles leur ancienne peau, de couleur blanche. De trois à quatre générations se succèdent chaque année et restent en activité jusqu'à ce que la première gelée meurtrière les tue. Lors des périodes de temps chaud et sec en été, les populations de cicadelles peuvent exploser, justifiant dans certains cas le recours aux insecticides. DommagesLes adultes et les nymphes se nourrissent de la sève des feuilles. Pendant qu'ils s'alimentent, ils injectent dans les tissus une toxine qui gêne l'écoulement de la sève dans le système vasculaire de l'arbre. Ce faisant, ils affaiblissent l'arbre et obstruent son système vasculaire, ce qui empêche le mouvement normal de l'eau et des nutriments dans la zone affectée. Les feuilles touchées deviennent vert pâle et leur pourtour s'enroule vers le bas (figure 4-29). Le pourtour des feuilles brunit ensuite et devient cassant. On parle de " brûlure de la cicadelle " pour désigner ces lésions. Celles-ci s'apparentent à celles que causent les pucerons (figure 4-30), à la différence que s'il faut des douzaines de pucerons sur une feuille pour que ses bords s'enroulent, il suffit de deux ou trois cicadelles de la pomme de terre pour produire le même effet. Certaines recherches donnent à penser que la cicadelle de la pomme de terre joue un rôle dans la transmission de la brûlure bactérienne au sein des vergers.
Figure 4-29. Enroulement des feuilles sur une pousse
terminale. Figure 4-30. " Brûlure de la cicadelle " sur le pourtour des feuilles. La cicadelle de la pomme de terre est plus souvent repérée dans les pépinières de pommiers et dans les blocs de vergers non productifs, notamment parce qu'elle préfère les feuilles jeunes, à la pousse vigoureuse. Mais plus important encore, il y a le fait que les plantations non productives font l'objet de pulvérisations moins fréquentes, ce qui permet à la cicadelle de survivre plus facilement. Surveillance et seuil d'interventionDès le début juin, on profitera des tournées
hebdomadaires de surveillance pour relever d'éventuels dommages
causés par la cicadelle de la pomme de terre, comme des feuilles
enroulées ou des pousses qui ne se développent pas
comme elles le devraient. En retournant les feuilles, on pourra
y découvrir des nymphes ou des adultes. LutteIl n'existe pas de parasitoïdes ni de prédateurs naturels
pouvant contribuer à la lutte biologique contre cet insecte.
Comme première précaution, on évitera autant
que possible de planter de la luzerne ou de cultiver du foin à
proximité des vergers.
Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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