Mauvaises herbesExtrait du Publication 310F, Lutte intégrée
contre les ennemis du pommier, Table des matières
IntroductionQu'entend-on par mauvaises herbes?Les mauvaises herbes sont des plantes qui poussent au mauvais endroit, ce qui, dans le cas des vergers de pommiers, signifie généralement sous les arbres. Dans la plupart des vergers, les rangées d'arbres sont séparées par du gazon, un couvre-sol qui est en soi bénéfique mais qui peut héberger d'autres plantes, comme les pissenlits, qui peuvent être indésirables. Pourquoi les mauvaises herbes présentent-elles un problème?Les mauvaises herbes font concurrence aux arbres pour l'utilisation de l'eau et des substances nutritives. Certaines mauvaises herbes peuvent aussi servir d'hôtes secondaires pour divers agents pathogènes, des nématodes ou des insectes nuisibles, comme les champignons responsables de la pourriture noire, les phytoplasmes, le nématode des racines (ou nématode radicicole) et la punaise terne (sur la stellaire moyenne, par exemple). La présence de mauvaises herbes peut également nuire à l'efficacité du travail dans le verger, par exemple en entravant les déplacements des ouvriers ou en provoquant des allergies (herbe à poux) ou des irritations de la peau par contact avec l'herbe à puce, la grande ortie ou les chardons. Dépistage des mauvaises herbesPourquoi s'intéresser aux mauvaises herbes?On trouve des mauvaises herbes dans tous les vergers, mais il y a de grandes variations entre les espèces poussant dans chacun et les densités de population qu'ils hébergent. De la même façon que le dépistage des insectes et des maladies s'inscrit dans toute démarche de lutte intégrée contre les infestations d'organismes nuisibles, de même le dépistage des mauvaises herbes est l'élément premier de tout programme de lutte intégrée contre les mauvaises herbes. L'information recueillie lors des tournées de dépistage permettra au pomiculteur :
Comment faire le dépistage des mauvaises herbes?Le dépistage des mauvaises herbes peut se faire en même temps que celui des insectes et des maladies, mais une tournée distincte permettra des observations plus précises et une collecte plus sélective. Les étapes et les règles à suivre sont les suivantes :
Comment consigner les résultats de sa tournée?L'établissement de fiches d'observation à jour facilitera la prise de décision pour la saison en cours et permettra de constituer un dossier à long terme sur les invasions de mauvaises herbes et les problèmes connexes du verger. On devrait notamment retrouver sur ces fiches :
Outils du dépisteur de mauvaises herbesPour faire un bon dépistage, il faut prendre avec soi :
Notions de biologie pour les tournées
de dépistage
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| Annuelles | Bisannuelles | Vivaces |
|---|---|---|
| Échinochloa pied-de-coq | Bardane | Chardon des champs |
| Stellaire moyenne | Renoncule | Lierre terrestre |
| Digitaire | Lépidie densiflore | Pissenlit |
| Brome des toits | Carotte sauvage | Asclépiade |
| Chénopode blanc | Barbarée vulgaire | Plantain |
| Amarante | Herbe à puce | |
| Herbe à poux | Chiendent commun | |
| Renouée | Vigne sauvage |
La lutte contre les mauvaises herbes à l'intérieur des vergers vise à maximiser le rendement des arbres fruitiers en éliminant les mauvaises herbes qui leur font concurrence aux périodes critiques de la croissance des arbres. Ces périodes de grande sensibilité des arbres aux mauvaises herbes sont les périodes où il importe de combattre efficacement les mauvaises herbes, pour les empêcher de nuire aux cultures. Les aspects importants à retenir sont les suivants :
Il existe d'autres bonnes raisons de s'attaquer aux mauvaises herbes à l'extérieur des périodes sensibles, comme rendre l'endroit plus agréable pour les auto-cueilleurs, améliorer l'efficacité de la cueillette et réduire l'accumulation de graines de mauvaises herbes sur le terrain. Toutefois, il faut savoir que la lutte contre les mauvaises herbes hors des périodes sensibles ne permet pas d'augmenter les rendements.
La concurrence livrée par les mauvaises herbes aux arbres fruitiers dans l'année de leur plantation ralentit considérablement leur croissance. Bien sûr, le maintien d'une bande libre de mauvaises herbes sous les arbres exige beaucoup d'énergie, mais il faut savoir que la présence même clairsemée de ces herbes nuit considérablement à l'arbre. La figure 4-176 montre la réduction du rythme de croissance due à la concurrence des mauvaises herbes durant les trois premiers mois suivant la plantation (de mai à juillet). Le traitement à l'herbicide a complètement éliminé les mauvaises herbes de mai à juillet, ce qui a permis une croissance maximale de l'arbre. Les arbres dans la section désherbée à la main ont poussé moins bien, un certain nombre de mauvaises herbes ayant réussi à prendre racine entre les binages, ce qui illustre bien l'importance d'éliminer la totalité des mauvaises herbes sous les arbres. D'autres recherches révèlent en outre que l'effet nocif se reportera sur les années suivantes.

Figure 4-176. La concurrence livrée par
les mauvaises herbes à un arbre nouvellement planté
entraîne une importante réduction de sa croissance,
mesurable après seulement trois mois (document inédit,
Harrow 1990).
La période de grande sensibilité des pommiers aux mauvaises herbes couvre les trois premiers mois après la plantation. Les recherches effectuées sur l'effet néfaste des mauvaises herbes sur les nouveaux pommiers montrent bien la nécessité de combattre les mauvaises herbes au cours des trois premiers mois (mai, juin, juillet) suivant la mise en terre. La figure 4-177 indique par ailleurs qu'une élimination des mauvaises herbes en mai seulement donne de meilleurs résultats que leur élimination en juin seulement ou en juillet seulement. Si la période sans mauvaises herbes comprend mai et juin, la croissance sera plus grande que si elle se limite à un seul mois, et plus grande également que si la lutte couvre juin et juillet ou juillet et août. La croissance maximale du pommier est atteinte quand le sol sous l'arbre est libre de mauvaises herbes pendant les mois de mai, juin et juillet.

Figure 4-177. Croissance de cultivars Gala sur porte-greffes M26 nouvellement plantés lorsque les arbres sont protégés des mauvaises herbes pendant une période d'un mois, de deux mois et de trois mois après leur plantation. Source : Merwin, I.A. et J.A. Ray. " Spatial and temporal factors in weed interference with newly planted apple trees " dans HortScience, 32:633-637, 1997.
La figure 4-178 montre les rendements d'arbres identiques lors de leur première année de production, deux ans après la plantation. À noter que les arbres protégés des mauvaises herbes pendant le mois de mai seulement, ou pendant les mois de mai et juin ou de mai, juin et juillet ont donné les meilleurs rendements lors de leur première année de production. On en conclut que la période sensible aux mauvaises herbes des arbres nouvellement plantés couvre les trois premiers mois après la plantation.

Figure 4-178. Le rendement des jeunes pommiers Gala sur porte-greffes M26 est directement lié à la durée de la période sans mauvaises herbes dans l'année de la plantation de l'arbre. Le meilleur rendement a été obtenu des arbres protégés des mauvaises herbes pendant les mois de mai, juin et juillet suivant la mise en terre de l'arbre. Source : Merwin, I.A. et J.A. Ray. " Spatial and temporal factors in weed interference with newly planted apple trees " dans HortScience, 32:633-637, 1997.
Pour un arbre qui porte des fruits, les effets néfastes de la concurrence exercée par les mauvaises herbes atteignent leur maximum entre le débourrement et le stade de formation du bouton terminal, c.-à-d. du printemps jusqu'au début juillet. Cette période correspond à quatre stades repères :
Les conditions climatiques pendant la floraison, la nouaison et le grossissement des fruits influencent la récolte de la saison de croissance en cours, tandis que les conditions régnant au début de la formation des boutons floraux influenceront la récolte de la prochaine saison de croissance. La concurrence des mauvaises herbes doit être supprimée durant cette période de grande sensibilité des pommiers, soit entre le débourrement et le mois de juillet (figure 4-179). Dans un verger nouvellement aménagé, des lacunes dans la couverture de gazon entre les rangées d'arbres peuvent entraîner une invasion précoce des mauvaises herbes (figure 4-180).

Figure 4-179. La concurrence des mauvaises herbes
tôt dans la saison végétative prive les arbres
des éléments nutritifs répandus sur le sol
(noter la présence de stellaires moyennes et de bourse-à-pasteur
sous les arbres à une période où ceux-ci sont
particulièrement sensibles aux mauvaises herbes).
Figure 4-180. Un engazonnement inadéquat du sol entre les rangées d'arbres est à l'origine d'une invasion précoce des mauvaises herbes dans cette nouvelle plantation.
Les arbres se préparent à l'hiver par l'aoûtement - soit le processus par lequel les parois des cellules végétales se durcissent par apport de lignine. Le processus commence à la fin de l'été et se poursuit tout l'automne. À la fin de l'été, on peut tolérer un peu de mauvaises herbes sous les arbres, car leur présence favorise la lignification (figure 4-181). La présence de ces mauvaises herbes à la fin de la saison de croissance réduit aussi le risque d'érosion des sols et crée un lieu d'hivernage favorable aux insectes utiles.

Figure 4-181. Un couvert gazonneux en bon état où l'on trouvera néanmoins un peu de mauvaises herbes, même dans les bandes traitées à l'herbicide, pourra aider les arbres à bien se préparer pour l'hiver.
Il faut se rappeler que la maîtrise des mauvaises herbes ne vise pas nécessairement à faire disparaître toute trace de mauvaises herbes. Un désherbage assez poussé pour que les arbres n'aient pas à souffrir d'une concurrence excessive pour l'eau et les éléments nutritifs suffira généralement à maximiser les rendements. Les vergers bénéficiant d'un bon apport en eau et en éléments nutritifs toléreront une plus grande concurrence de la part des mauvaises herbes que les vergers établis sur un sol sec et pauvre en éléments nutritifs (figure 4-182).

Figure 4-182. Les mauvaises herbes qui ont survécu aux efforts de désherbage tôt dans l'année de plantation viennent en concurrence avec les jeunes arbres pour l'eau et les éléments nutritifs. Un supplément d'eau (on voit ici le tuyau d'irrigation) permettra aux arbres de mieux tolérer la concurrence des mauvaises herbes.
Dans les vergers, les herbicides font partie des outils de lutte
contre les mauvaises herbes. Le paillage, le fauchage et le binage
sont d'autres façons efficaces de lutter contre les mauvaises
herbes, notamment dans l'année de plantation des arbres.
Bien sûr, chaque stratégie comporte ses avantages et
ses inconvénients, comme le précise le tableau 4-14,
Avantages et inconvénients des divers outils de lutte contre
les mauvaises herbes.
Tableau 4-14. Avantages et inconvénients des divers outils
de lutte contre les mauvaises herbes
| Outil | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Travail du sol / binage |
- méthode efficace, notamment pour des herbes basses
- aucune sélection : on élimine toutes les pousses - équipement de type courant |
- risque de perturbation de la structure du sol - risque de propagation des mauvaises herbes vivaces - risque de dommages aux arbres ou aux racines - maîtrise à court terme seulement |
| Paillage | - méthode efficace si elle est bien appliquée - aucune sélection : on élimine toutes les pousses - préservation de l'humidité dans le sol - action à long terme |
- disponibilité incertaine du paillis - prix du paillis et de son application - risque d'infestation par les rongeurs - répercussions possibles sur la nutrition de l'arbre - obligation d'avoir un paillis exempt de graines de mauvaises herbes |
| Tonte | - solution de sauvetage - action rapide - équipement facilement disponible - limitation de la dispersion des graines |
- persistance des mauvaises herbes, qui peuvent continuer
de nuire aux arbres - repousse rapide - interventions à répétition - risque d'endommagement des jeunes arbres |
| Herbicides | - méthode efficace - facile à mettre en uvre - peut être sélective - applicable au moment voulu |
- nécessité d'avoir un sol contenant 2 % de
matière organique - nécessité d'avoir le matériel permettant de faire une pulvérisation dirigée - effets indésirables dans la lutte contre le complexe des ravageurs - coûts variables |
Les stratégies de lutte contre les mauvaises herbes peuvent combiner plusieurs outils, d'où l'importance de connaître les avantages et les inconvénients de chacun. Le paillage, le travail du sol et/ou la tonte, de même que l'irrigation, peuvent influencer l'efficacité des herbicides appliqués sous les arbres (figure 4-183).

Figure 4-183. Des mauvaises herbes peuvent prendre racine autour des distributeurs du système goutte-à-goutte, à la suite du lessivage des herbicides par l'eau. Le cas échéant, on devra procéder à des traitements d'herbicides localisés si le problème survient à une période de grande sensibilité des arbres aux mauvaises herbes.
Les herbicides homologués pour les cultures fruitières tuent les mauvaises herbes de différentes façons, mais on pourrait les classer en trois grands types.
L'utilisation de chaque type d'herbicide présente bien sûr des avantages et des inconvénients, comme le précise le tableau 4.5, Avantages et inconvénients des divers types d'herbicides.
| Type | Advantages | Inconvénients |
| Herbicides de contact | - maîtrise de toutes les mauvaises herbes
levées - produit bon marché - grande disponibilité - possibilité de cibler les périodes de grande sensibilité des pommiers |
- risque de dommages aux arbres s'il est absorbé
(certains ont une action systémique) - concurrence des mauvaises herbes hâtives - mauvaises herbes vivaces non atteintes - inefficacité contre les graines de mauvaises herbes pouvant germer après l'application |
| Herbicides à action rémanente dans le sol | - fiabilité - efficacité sur de longues périodes - possibilité de cibler les périodes de grande sensibilité des pommiers - bon rapport coût/efficacité - action à large spectre - possibilité d'application pendant une bonne partie de la saison de végétation |
- risque de dommages aux arbres - application risquée sur des sols à faible teneur en matière organique - possibilité de restrictions liées à l'âge des arbres - risque de rémanence d'une durée dépassant la durée de vie du verger - incorporation au sol parfois nécessaire - application faite avant qu'on connaisse la nature exacte des problèmes - risque de modification des caractéristiques biologiques du sol |
| Herbicides sélectifs | - possibilité de cibler les périodes
de grande sensibilité aux mauvaises herbes - efficacité contre des espèces spécifiques - réduction au minimum de l'utilisation d'herbicides - innocuité en général pour les arbres |
- efficacité contre un groupe restreint
de mauvaises herbes - traitement s'ajoutant souvent à d'autres herbicides - dépense supplémentaire - choix du moment capital |
Les herbicides sont classés par la Weed Science Society of America (WSSA) selon leur mode d'action sur les plantes (voir la liste des produits dans la publication 75F du MAAARO, Guide de lutte contre les mauvaises herbes). Pour chaque type d'herbicide présenté, on peut trouver des produits appartenant à plusieurs groupes définis selon leur mode d'action. Par exemple, le glyphosate (vendu notamment sous les marques Roundup, Touchdown et Vantage), qui est un herbicide appartenant au groupe 9, et le paraquat (vendu sous la marque Gramoxone), un herbicide du groupe 22, sont des produits bien connus utilisés comme herbicides de contact.
Dans l'élaboration de sa stratégie d'intervention
contre les mauvaises herbes, le pomiculteur devra connaître
à la fois le type et le groupe auxquels appartiennent les
herbicides qu'il entend utiliser. Ainsi, il pourra décider
d'appliquer un herbicide de contact du groupe 22 au printemps parce
qu'il en aura utilisé un autre du groupe 9 à l'automne
précédent.
Il est important d'utiliser en rotation des herbicides présentant
divers modes d'action pour éviter de provoquer l'apparition
d'une résistance des mauvaises herbes aux produits chimiques.
De nombreux herbicides sont formulés de façon à
s'attaquer exclusivement à un type de mauvaises herbes, soit
les graminées, soit les dicotylédones. Pour venir
à bout de la large gamme de mauvaises herbes qu'on trouve
généralement dans un verger, on utilisera deux herbicides
différents mélangés sur place. Le mélange
comprendra des produits qui s'attaquent à différentes
catégories de mauvaises herbes, par exemple, le Dual II Magnum,
efficace contre les graminées, et le Princep, efficace contre
les dicotylédones. Si le sol est déjà couvert
de mauvaises herbes, on ajoutera un herbicide de contact au mélange
en cuve.
Les herbicides sélectifs sont tout indiqués pour traiter
les échappées de mauvaises herbes, éliminer
divers problèmes spécifiques (p. ex., les infestations
de graminées ou de vesces) ou réduire la pression
exercée par les dicotylédones sur les cultures grâce
à l'application de 2,4-D en fin de saison. Il est préférable,
dans une approche de lutte véritablement intégrée
contre les mauvaises herbes, d'attendre que ces dernières
soient apparues pour utiliser des herbicides, dans la mesure où
la chose est souhaitable compte tenu de considérations pratiques
comme l'opportunité du traitement, la gestion de la résistance
aux pesticides et la correspondance avec les périodes de
grande sensibilité des pommiers aux mauvaises herbes.
Gestion de la résistance aux herbicides
L'utilisation continue d'un même herbicide peut donner naissance
à des souches de mauvaises herbes qui résistent de
mieux en mieux à cet herbicide. Cette résistance est
constatée pour un nombre grandissant de plantes, dans un
nombre croissant de lieux à travers le monde. Ainsi, on a
relevé dans les vergers ontariens, une résistance
croissante à l'herbicide paraquat partout où le produit
a été appliqué à répétition
plusieurs années de suite.
Dans les vergers, il est courant d'utiliser des herbicides ayant
des modes d'action différents, souvent au cours d'une même
saison de croissance. L'utilisation massive qui a été
faite dans les vergers des herbicides à base de triazines
(p.ex. le Princep/simazine) laisse craindre l'existence de souches
d'amarante (figure 4-184) et de chénopode blanc résistant
aux triazines. On sait qu'après avoir employé constamment
et exclusivement de tels herbicides, les producteurs de maïs
ont provoqué une sélection qui a donné des
souches de mauvaises herbes résistant aux triazines. Quand
les pomiculteurs emploient des produits ayant divers modes d'action,
Roundup, Ignite ou Gramoxone, par exemple, ils viennent à
bout de toutes les mauvaises herbes résistantes. Les mauvaises
herbes qui échappent aux traitements appartiennent généralement
à des espèces contre lesquelles la simazine est peu
efficace, comme les amarantes et les digitaires. Seuls des essais
permettent d'établir avec certitude si une espèce
donnée résiste aux triazines. Les pomiculteurs ont
maintenant à leur disposition une gamme élargie d'herbicides,
ce qui leur permet de choisir différentes familles de produits
et différents modes d'action. Pour éviter de créer
des résistances, mettre en uvre une rotation des herbicides
utilisés au cours d'une même année et d'une
année à l'autre dans un même bloc de vergers.

Figure 4-184. Dans de nombreux vergers, l'amarante
est difficile à combattre; souvent, elle réapparaît
après un traitement à base de simazine.
Contamination des eaux de surface et souterraines
De nombreux herbicides sont solubles dans l'eau et peuvent donc,
une fois mélangés à l'eau, pénétrer
dans le sol et atteindre la nappe d'eau souterraine. Une arrivée
soudaine d'eau - comme une averse ou un afflux d'eau d'irrigation
- peu après l'application du produit peut bien sûr
accentuer les infiltrations d'herbicides. De même, un déversement
d'herbicide à proximité d'un puits peut entraîner
une contamination des eaux souterraines. On prendra toutes les précautions
requises pour éviter ce genre d'incident, notamment sur des
sols pauvres en matière organique.
Les herbicides à action rémanente dans le sol, comme
la simazine, se lient étroitement aux particules de sol,
ce qui signifie qu'ils peuvent être entraînés
au loin s'il y a érosion. Des mesures de lutte contre l'érosion
des sols doivent être prises si le site du verger présente
des risques d'érosion par l'eau ou le vent.
Toujours se rappeler que les herbicides emportés loin de
leur point d'application par infiltration ou érosion n'agiront
plus contre les mauvaises herbes dont on veut se débarrasser.
Prévention de la dérive de pesticides
À titre d'exploitants agricoles procédant à des pulvérisations de produits chimiques, les pomiculteurs sont tenus par la Loi sur les pesticides d'empêcher toute dérive des pesticides hors des cibles visées. Deux types de dérive des pesticides doivent être évités :
Dans le Cours sur l'utilisation sécuritaire des pesticides par l'agriculteur, on énumère dix façons de réduire la dérive des pesticides :

Figure 4-185. Protéger les buses par des écrans. Ils mettent ainsi les buses à l'abri du vent et évitent la dérive du nuage d'herbicide, ce qui protège notamment les branches basses de l'arbre.

Figure 4-186. L'applicateur à mèche permet d'étendre l'herbicide sur les mauvaises herbes qui poussent sous les arbres, en évitant tout contact avec les arbres et toute dérive des herbicides.

Figure 4-187. Pour couper les mauvaises herbes autour du tronc des arbres, utiliser une tondeuse munie de bras auto-rétractables pour éviter de blesser le tronc.
Effets des herbicides sur des organismes autres que les mauvaises herbes visées
Les herbicides peuvent avoir des effets sur divers organismes vivant dans le verger et non seulement sur les mauvaises herbes.
Innocuité des produits récoltés
Les herbicides, s'ils ne sont pas utilisés correctement, peuvent endommager les pommiers. Bien lire l'étiquette pour connaître les restrictions qui s'appliquent selon le type de sol ou l'âge des arbres.
Résidus d'herbicides dans le sol
Dans les vergers destinés à l'arrachage au cours des trois années à venir, on évitera de se servir d'herbicides radiculaires ayant une longue période de rémanence. Notamment, on s'abstiendra d'utiliser la simazine (marques Princep et Simadex) et les marques Devrinol et Sinbar pendant plusieurs années avant de procéder à l'arrachage.
Incorporation des herbicides au sol
Les herbicides de marques Devrinol et Treflan doivent être incorporés au sol pour éviter que les rayons du soleil ne les dégrade. Dans le cas du Treflan, l'herbicide doit être mélangé à la terre avec des outils aratoires, ce qui limite son utilisation aux parcelles de verger nouvellement aménagées. Le Devrinol doit être incorporé au sol par l'intermédiaire de l'eau (pluie ou irrigation) dans un délai de deux jours en été ou de sept jours à la fin de l'automne.
La lutte intégrée contre les mauvaises herbes, comme la lutte intégrée contre les ennemis du pommier, est une démarche multidisciplinaire de lutte contre les mauvaises herbes qui fait appel à des produits chimiques, à des moyens biologiques et à des techniques culturales. Les stratégies présentées ci-dessous ont prouvé leur efficacité dans les vergers ontariens, que ce soit avant la plantation des arbres, dans l'année de leur plantation ou dans les vergers en exploitation.
Dans les vergers, la lutte contre les mauvaises herbes effectuée
avant la plantation des pommiers atténue les problèmes
causés plus tard par les mauvaises herbes. Ainsi, on pourra
profiter de l'année qui précède la plantation
pour enrichir le sol de matière organique en faisant pousser
une culture d'engrais vert (figure 4-188) qui contribuera à
réduire la pression exercée par les mauvaises herbes.
Figure 4-188. Exemple d'utilisation d'une culture d'engrais vert (dans le cas présent, un croisement d'herbe du Soudan et de sorgho) mise en place dans l'année précédant la plantation des pommiers et incorporée au sol à l'automne pour éliminer les mauvaises herbes et rendre le sol plus meuble.
On commence par un traitement à l'herbicide de contact (p. ex., le glyphosate), après le début de la croissance des mauvaises herbes. Ensuite, on sème une culture d'engrais vert en choisissant une espèce qui donne un peuplement dense et qui étouffera par sa masse les mauvaises herbes annuelles. Si le choix s'est porté sur une graminée, comme une plante céréalière ou un hybride sorgho-Soudan comme dans la figure 4-188, on aura recours à un herbicide sélectif, comme le 2,4-D, pour combattre les dicotylédones vivaces, comme les chardons. On procédera à des applications d'herbicide Roundup au moyen d'un applicateur à mèche sur les zones rebelles au moment où les mauvaises herbes sont les plus sensibles, soit à l'étape du début du bouton floral pour le chardon des champs, à l'étape du bouton floral pour l'asclépiade et à l'étape de la pleine floraison pour le liseron. Pour le chiendent commun, on attendra que la plante soit en pleine croissance et présente au moins trois ou quatre nouvelles feuilles sur chaque pousse. Si on relève la présence de mauvaises herbes vivaces, on appliquera la dose supérieure de glyphosate, tel que l'indique l'étiquette du produit.
Il est recommandé de doter le nouveau verger d'une couverture
herbacée dans l'année qui précède la
plantation des arbres (la meilleure période pour semer le
gazon est au début de l'automne). Une fois le gazon bien
implanté, on créera, à l'aide d'un herbicide
de contact, une bande dénudée dans l'alignement de
la nouvelle rangée de pommiers (figure 4-189).
Figure 4-189. La couverture herbacée du verger peut être semée dans l'année précédant la plantation des arbres. Pour créer les bandes dénudées où l'on plantera les arbres, on se sert d'un herbicide de contact.
Après avoir aménagé le verger au printemps, on choisira un herbicide rémanent homologué pour les nouvelles plantations (figure 4-190). La bande dénudée doit s'étendre au delà de la limite du feuillage des arbres et rester exempte de verdure pendant toute la période critique de lutte contre les mauvaises herbes. À noter que la plupart des herbicides rémanents appliqués au sol sont efficaces de huit à douze semaines.

Figure 4-190. Le maintien de bandes dénudées un peu plus larges que la limite du feuillage protégera les pommiers de la concurrence exercée par les mauvaises herbes.
On peut aussi poser une pellicule plastique (figure 4-191) au sol, y percer des trous et y planter les pommiers. Il est conseillé d'utiliser du plastique noir pour empêcher les mauvaises herbes de pousser sous la pellicule (en les privant de lumière). Le plastique aura en outre pour effet de retenir l'eau dans le sol. La durée du plastique varie selon la qualité du matériau : une pellicule mince durera une année, tandis qu'une pellicule plus épaisse, du type utilisé dans les aménagements paysagers, pourra durer jusqu'à cinq ans.

Figure 4-191. L'installation d'une pellicule
plastique au moment de la plantation des arbres permettra d'étouffer
les mauvaises herbes, de retenir l'humidité du sol et de
réchauffer celui-ci.
Il y a peu de zones d'ombre dans un verger nouvellement planté.
Des plaques de mauvaises herbes devraient donc y apparaître
dès le début de l'été. Pour en venir
à bout, on pourra utiliser un herbicide sélectif (p.
ex., Venture ou Poast) contre les graminées, ou encore biner
ou travailler le sol de façon à garder les rangées
libres d'herbe jusque tard en juillet. À noter toutefois
que la présence d'une petite quantité de mauvaises
herbes au pied des arbres à la fin de l'été
est bénéfique dans la mesure où elle pourra
ralentir la croissance de l'arbre et l'aider à s'endurcir
en prévision de l'hiver.
On pourra aussi passer divers outils de travail du sol, comme une
désherbeuse à griffes rotatives, toutes les trois
à quatre semaines dans le verger pour le débarrasser
de ses mauvaises herbes (plusieurs de ces instruments sont dotés
d'un capteur qui actionne un bras auto-rétractable destiné
à éviter d'endommager le tronc des arbres. S'abstenir
de travailler le sol à l'automne pour éviter de relancer
la croissance de l'arbre et de le fragiliser face aux rigueurs de
l'hiver.
Début de saison
Certaines mauvaises herbes, comme la stellaire moyenne, commencent généralement à pousser au début de la saison végétative, avant le débourrement. À mesure que le verger prend de l'âge, des plaques de mauvaises herbes vivaces apparaissent dès le stade du débourrement et commencent à prendre de l'ampleur. Pour en venir à bout, on pourra appliquer l'une des stratégies suivantes :
Les deux stratégies sont efficaces si elles sont mises en uvre au bon moment. Il faut se rappeler que l'objectif visé est d'empêcher la concurrence de la part des mauvaises herbes, depuis le débourrement jusqu'à la formation des bourgeons terminaux et l'amorce des bourgeons à fruit.
Été
Certains pomiculteurs utilisent un paillis organique sous les arbres,
dans le double but d'éliminer les mauvaises herbes et de
retenir l'humidité. Il faut vérifier qu'il n'y a pas
de graines de mauvaises herbes dans le paillis qu'on utilise et
s'assurer que les arbres continuent de recevoir les niveaux d'éléments
nutritifs dont ils ont besoin à mesure que le paillis se
décompose. La figure 4-192 montre un paillis obtenu à
partir de l'herbe tondue dans les allées centrales contiguës
du verger.
Figure 4-192. On peut obtenir un paillis efficace et bon marché en projetant sous les arbres, à l'aide d'une tondeuse modifiée, l'herbe tondue dans les allées centrales contiguës du verger.
On peut s'inquiéter des effets de l'utilisation d'herbicides systémiques, comme le glyphosate et l'amitrole, après le mois de juin, à une époque où les arbres transfèrent vers leurs racines les réserves qu'ils ont emmagasinées et peuvent donc, par la même occasion, y acheminer les herbicides. C'est la raison pour laquelle il convient alors d'utiliser ces herbicides avec beaucoup de précautions, en se servant notamment de pulvérisateurs munis d'écrans directionnels ou en utilisant des applicateurs à mèche (figure 4-193). Cette période de la saison est tout indiquée pour s'attaquer aux mauvaises herbes vivaces, comme les chardons et les liserons, qui sont particulièrement sensibles aux herbicides systémiques en début de floraison.

Figure 4-193. Pour appliquer des herbicides systémiques sans danger autour du tronc des arbres, on se servira d'un applicateur à mèche, soit le modèle en forme de bâton de hockey (à gauche), soit le modèle à corde (à droite). L'application doit se faire au stade où les mauvaises herbes sont particulièrement sensibles aux herbicides utilisés.
Automne
À l'automne, des applications de 2,4-D ou de glyphosate
permettront une lutte efficace contre les mauvaises herbes vivaces
(le jet de produit doit être orienté dans la direction
opposée des arbres). On attendra bien sûr que tous
les fruits récupérables aient été retirés
du verger avant de procéder à l'application.
Détruire les fleurs des mauvaises herbes avant que celles-ci
ne produisent des graines qui se répandront dans le verger.
Les tondeuses munies de bras articulés qui peuvent atteindre
le dessous des arbres sont particulièrement utiles pour ce
travail, notamment si les plantes sont petites et touffues.
On aura intérêt à planifier soigneusement son
programme de lutte contre les mauvaises herbes. Ce programme tiendra
compte de la période de grande sensibilité des arbres
aux mauvaises herbes et visera à mobiliser l'ensemble des
moyens de lutte, afin de maximiser la productivité des arbres.
La stratégie sera bien sûr rajustée périodiquement
en fonction des observations effectuées sur le terrain lors
des opérations de dépistage. On prendra bonne note
des résultats obtenus chaque année de façon
à mieux planifier la stratégie des années suivantes.
| Auteur : | Le personnel du MAAARO |
|---|---|
| Date de création : | 21 juillet 2011 |
| Dernière révision : | 21 juillet 2011 |