Punaise terne et autres insectes piqueurs

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier.
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Table des matières

  1. Introduction
  2. Punaises
  3. Pentatomes (punaises des bois)

Introduction

L'alimentation des insectes aux pièces buccales de type piqueur-suceur donne lieu soit à des dépressions (faces de chat) soit à de petites bosses sur les pommes en croissance. Ces défauts sont visibles à la cueillette et nuisent par conséquent aux qualités marchandes du fruit. Il y a deux principaux groupes d'hémiptéroïdes (superordre caractérisé par des pièces buccales permettant de piquer et de sucer) qui causent ce genre de dommages dans les vergers de l'Ontario : les punaises (famille des Miridae) et les pentatomes (famille des Pentatomidae).

Punaises

La punaise terne, Lygus lineolaris (Palisot de Beauvois), la lygide du pommier, Lygidea mendax (Reuter), et la punaise de la pomme, Lygocoris communis (Knight), sont toutes des insectes de la grande famille des Miridae ou des punaises des plantes. Chacune cause des lésions particulières sur les pommes. La punaise terne est l'un des insectes piqueurs s'attaquant aux pommes parmi les plus répandus.

Description

Au stade adulte, la punaise terne, la lygide du pommier et la punaise de la pomme ont à peu près la même forme et la même taille (6-7 mm), mais elles présentent des motifs de couleur caractéristiques qui permettent de les identifier. Les nymphes de la punaise terne sont verdâtres avec des taches noires (Figure 4-63). Des ébauches alaires sont présentes chez les nymphes plus vieilles. Elles se distinguent des pucerons par l'absence de cornicules et par leurs déplacements plus prestes quand elles sont dérangées.

Les punaises ternes adultes sont de forme ovale, de couleur brune mêlée de jaune et mesurent 5-6 mm de long (Figure 4-64). On les reconnaît à la marque en Y de couleur jaune sur l'écusson (aussi appelé scutellum, soit la partie triangulaire se trouvant entre les ailes). Les adultes de la génération hivernante ont tendance à être beaucoup plus foncés que ceux de la génération estivale.

Figure 4-63. Nymphe de la punaise terne

Figure 4-63. Nymphe de la punaise terne (Art Agnello, Ph.D., Cornell University).

Figure 4-64. Adulte de la punaise terne

Figure 4-64. Adulte de la punaise terne (Agriculture et Agroalimentaire Canada, Centre de recherches de Saskatoon).

La lygide du pommier est quant à elle à prédominance rouge orangé avec des ailes brunes (Figure 4-65). Les nymphes sont rouge vif. La punaise de la pomme est jaune-brun et possède deux bandes sombres sur le thorax derrière la tête.

Figure 4-65. Lygide du pommier

Figure 4-65. Lygide du pommier (Bernard Drouin, ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec).

Cycle biologique

La lygide du pommier et la punaise de la pomme ont des cycles biologiques qui se ressemblent. Les deux espèces hivernent à l'état d'œufs insérés dans l'écorce jeune des pommiers. Les œufs éclosent avant la pleine floraison et les nymphes se nourrissent des jeunes fruits en croissance jusqu'au stade calice.

La punaise terne adulte hiverne sous des débris de végétaux, de l'écorce, des billots et des feuilles mortes de dicotylédones. Elle s'active les jours doux du printemps et s'attaque aux boutons avant que les tissus verts n'apparaissent. Vers la fin du printemps (fin mai, début juin), elle migre vers des plantes adventices herbacées, des fleurs et des légumes, où elle pond ses œufs dans les tiges et les pédoncules. Les nymphes passent par cinq stades nymphaux avant de muer et de devenir adultes. Les individus des trois derniers stades nymphaux ont des ébauches alaires. On compte deux générations par année.

La punaise terne possède un vaste éventail d'hôtes. Elle se nourrit de plus de trois cents espèces végétales, dont des espèces de mauvaises herbes, de légumes, de fruits, de fleurs, d'arbustes et d'arbres. Elle préfère se nourrir de tissus méristématiques, de boutons floraux et de fruits immatures. Les adultes, mobiles, vont d'une culture à l'autre au fil de la saison, à la recherche d'hôtes intermédiaires. Les dommages prennent des formes tout aussi variées que la liste des hôtes. Ceux-ci résultent à la fois des activités alimentaires et des activités de ponte.

Dommages

Les jours doux du début avril, la punaise terne adulte commence à se nourrir des boutons en insérant ses pièces buccales de type perceur-suceur dans les tissus. Les boutons endommagés par la punaise terne exsudent un suintement liquide clair qui devient ambré après plusieurs heures. Comme leur nouaison ne se fait pas correctement, les boutons endommagés avortent. Les adultes continuent de se nourrir des fleurs en croissance, du stade bouton rose avancé jusqu'au calice, après quoi la plupart abandonnent la culture à la recherche d'hôtes intermédiaires parmi les espèces en fleur. Les fleurs attaquées avant le stade calice avortent. Souvent, les jeunes fruits piqués après le stade calice tombent au sol au moment de la chute de juin, bien que certains puissent rester accrochés aux pommiers jusqu'à la cueillette. Les lésions sur les fruits matures consistent habituellement en de petites dépressions ou des cônes déprimés profonds résultant de l'injection d'une toxine par la punaise terne (Figure 4-66). En général, les dommages que la punaise terne cause en début de saison s'observent près de la cuvette oculaire. Les dommages faits en fin de saison peuvent se situer un peu partout sur la pomme. Les sections longitudinales de pommes coupées à travers les dépressions montrent qu'en se nourrissant, les punaises ternes creusent une galerie étroite qui s'étend jusqu'au cœur (sans y entrer) ou jusqu'au calice (Figure 4-67).

Figure 4-66. Lésion causée par la punaise terne.

Figure 4-66. Lésion causée par la punaise terne.

Figure 4-67. Croquis des dommages causés par les insectes piqueurs.

Figure 4-67. Croquis des dommages causés par les insectes piqueurs.

Les lésions attribuables à l'alimentation de la lygide du pommier s'assimilent à un roussissement lisse à la surface du fruit, avec ou sans dépression (Figure 4-68). Les cicatrices laissées par la punaise de la pomme forment de petites bosses surélevées sur le fruit (Figure 4-69).

Figure 4-68. Lésion causée par la lygide du pommier.

Figure 4-68. Lésion causée par la lygide du pommier.

Figure 4-69. Lésion causée par le puceron vert du pommier.

Figure 4-69. Lésion causée par le puceron vert du pommier.

La quantité de lésions dépend du nombre d'adultes hivernants et des températures printanières. Du temps doux au début d'avril, avant la levée des dicotylédones, favorise souvent la migration des adultes vers les arbres. Les printemps frais s'accompagnent habituellement de moins de dommages. Selon certaines études, la punaise terne causerait les dommages les plus lourds sur les branches basses. Même si les dommages causés dans les vergers en production sont minimes après le mois de juin, les pommiers dans les pépinières et les blocs nouvellement plantés sont vulnérables aux attaques de la punaise terne pendant tout l'été.

Les dommages causés par la punaise terne peuvent être confondus avec ceux qui sont causés par le chalcis du pommier. Ce dernier, une petite guêpe, est un ravageur occasionnel dans certains vergers, qui est habituellement maîtrisé par les traitements insecticides dirigés contre d'autres insectes. Ses larves hivernent dans les pépins. La pupaison se produit à la fin de mai et les adultes émergent des pupes à la mi-juin. Les adultes endommagent les fruits par les piqûres qu'ils laissent sur la peau pour chaque œuf qu'ils pondent. À la cueillette, les lésions s'apparentent à une dépression à la surface du fruit. En coupant la pomme, on peut voir la galerie étroite et brune qui traverse la chair jusqu'au cœur. La figure 4-67 montre des vues en coupe de pommes attaquées par différents insectes piqueurs.

Surveillance et seuils d'intervention

Il n'existe aucun protocole de surveillance de ces insectes. Bien que recommandé dans certaines provinces et certains États, le dépistage de la punaise terne adulte à l'aide de plaquettes blanches encollées ne l'est pas en Ontario, parce que son efficacité est variable et que les résultats sont souvent peu fiables. Les insectes adultes sont sur leurs gardes et s'envolent rapidement. On obtient une bonne idée des dommages causés par l'alimentation des adultes en parcourant le verger aux deux ou trois jours au printemps à la recherche de suintement à proximité ou à la surface des boutons. La luzerne étant un hôte de prédilection, sa récolte provoque un déplacement massif des punaises vers les cultures avoisinantes.

Lutte

Normalement, à la cueillette, entre 0,25 et 1,00 % des pommes comportent des lésions causées par la punaise terne, des taux qui, sur le plan économique, ne justifient pas de traitements phytosanitaires dirigés contre cet ennemi. Il arrive que 2 % ou plus des pommes présentent des lésions. À moins que les infestations par la punaise terne ne soient récurrentes, les interventions ne sont pas recommandées, car l'activité de ce ravageur est imprévisible.

Les applications d'insecticides effectuées en préfloraison et au stade calice pour lutter contre d'autres ennemis de début de saison assurent parfois une maîtrise temporaire des punaises ternes. Dans bien des cas, les nouveaux insecticides à spectre étroit sont sans effet contre les punaises ternes. Les méthodes de lutte culturale jouent un rôle important dans la réduction des risques de lésions causées par la punaise terne. Voici certaines pratiques recommandées :

  • garder le gazon bien entretenu en réduisant ou en éliminant les mauvaises herbes qui servent d'hôtes intermédiaires, en particulier la stellaire moyenne, le pissenlit, le trèfle, les amarantes et le chénopode blanc;
  • se garder de tondre le gazon entre la floraison et la fin du stade calice, afin d'éviter que les punaises ne se déplacent vers les pommiers;
  • désherber des bandes dans les allées à l'aide d'herbicides;
  • désherber les tournières, afin de les débarrasser des hôtes intermédiaires et de la végétation offrant un refuge aux punaises;
  • éviter d'installer un verger dans un lieu contigu à des champs de foin (luzerne), des fraiseraies ou des cultures qui présentent un attrait pour les punaises.

Pentatomes (punaises des bois)

Les pentatomes causent occasionnellement des dommages aux fruits des vergers.

Description

La punaise verte, Acrosternum hilare (Say), est la représentante de la famille des pentatomidés la plus commune dans les vergers de pommiers de l'Ontario. Les pentatomes sont des insectes au corps en forme de bouclier, relativement gros, et à tête petite et étroite. Ils ont des antennes à cinq segments et des pièces buccales renfermées dans une gaine appelée bec, divisée en quatre pièces. Leurs œufs, pondus en grappes, sont en forme de petits tonnelets surmontés d'un motif circulaire (qui fait penser à une cloque). Les nymphes, de forme ovale, surtout noires, deviennent vertes en vieillissant. Les nymphes des derniers stades nymphaux ont des ébauches alaires bien visibles. Comme son nom l'indique, la punaise verte adulte est de couleur verte (Figure 4-70). On trouve d'autres espèces de pentatomes dans les vergers, certains d'entre eux étant des prédateurs utiles.

Figure 4-70. Punaise verte adulte.

Figure 4-70. Punaise verte adulte.

Cycle biologique

Les pentatomes ont un vaste éventail d'hôtes, dont les arbres fruitiers et ornementaux, les vignes, les mauvaises herbes et différentes espèces cultivées. Ils hivernent au stade adulte dans des lieux abrités et redeviennent actifs quand les températures s'élèvent au printemps. Ils sont habituellement présents dans les vergers après la floraison.

Dommages

Les lésions aux fruits surviennent quand les pentatomes adultes percent la peau du fruit pour en extraire le jus. La piqûre laisse une lésion légèrement dentelée et une zone liégeuse brun clair juste sous la surface de la peau (Figure 4-71). En tranchant le fruit, on peut apercevoir un tube d'alimentation qui s'enfonce rarement sur plus de la moitié de la distance entre la peau et le cœur. Cette caractéristique confirme que les dommages sont bel et bien attribuables aux pentatomes et non à d'autres insectes piqueurs. Les lésions causées par les pentatomes surviennent habituellement vers la fin de l'été. Les fruits atteints ont tendance à rester accrochés aux arbres passé la période de la cueillette.

Figure 4-71. Lésion causée par un pentatome

Figure 4-71. Lésion causée par un pentatome (Peter Jentsch, Cornell University, Hudson Valley Laboratory, NY).

Surveillance et seuils d'intervention

Aucun seuil d'intervention ni aucune technique de dépistage n'ont été mis au point pour cette famille de ravageurs. Garder à l'esprit que des pentatomes prédateurs peuvent également être présents dans le verger.

Lutte

En Ontario, les pentatomes ne sont pas considérés comme des ennemis ayant une importance économique. Il arrive qu'ils soient problématiques les étés très chauds et secs quand les sources de nourriture de remplacement offertes notamment par les dicotylédones adventices (mauvaises herbes à feuilles larges) sont rares. Garder les tournières tondues de près afin de décourager la migration des pentatomes vers les vergers au cours des étés secs.

 


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juillet 2011
Dernière révision : 21 juillet 2011

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