Programme ontarien de surveillance de la drosophile à aile tachetée

 

La drosophile à aile tachetée en Ontario

Table des matières

Introduction

La drosophile à aile tachetée (DAT) est une mouche du vinaigre envahissante qui peut causer de lourds dommages à bon nombre de fruits à peau tendre, dont les cerises et la plupart des petits fruits. Des relevés, effectués de 2011 indiquent que la DAT s'est propagée dans toute des régions productrices de fruits en Ontario (de Windsor à New Liskeard à Ottawa) chaque annee.

Selon l'expérience vécue dans l'ouest de l'Amérique du Nord, on prévoit que la DAT deviendra un ravageur chronique au cours des prochaines années. Le dépistage précoce est déterminant pour limiter les pertes économiques engendrées par ce ravageur. Les producteurs sont invités à faire le dépistage de la DAT dans leur exploitation, et d'avoir recours à des mesures de lutte lorsque la DAT est détectée dans leur région. Le dépistage comprend la pose de pièges pour les adultes, l'inspection des fruits pour les dommages et le recours à des tests à l'eau salée afin de vérifier la présence de larves dans les fruits. Pour plus d'information sur la DAT, consulter le site www.ontario.ca/ailestachetees.

Piégeage des DAT adultes

Les producteurs et les dépisteurs peuvent surveiller la présence de la drosophile à aile tachetée en plaçant des pièges appâtés dans les cultures vulnérables et en vérifiant leur contenu une ou deux fois par semaine.

La conception des pièges fait l'objet d'importantes recherches. On peut se procurer des pièges préfabriqués ou les faire soi-même (figure 1). Jusqu'à maintenant, l'expérience semble montrer que les pièges maison sont efficaces. Ces derniers doivent être munis de couverts pour empêcher la pluie d'y pénétrer et être suffisamment solides pour résister au vent. Les pièges peuvent être fabriqués avec des contenants en plastique transparent (250-750 ml) munis d'un couvercle étanche, comme des contenants commerciaux de 500 ml. Percer de nombreux petits trous de 3 à 4 mm de diamètre sur les côtés du contenant, ce qui empêchera les insectes plus gros d'y pénétrer tout en permettant aux mouches à vinaigre d'y entrer. Faire deux autres trous vis-à-vis l'un de l'autre de manière à ce que les pièges puissent être suspendus à l'aide d'attaches de jardin ou avec un mince fil flexible. La recherche montre que l'efficacité des pièges augmente avec la surface des orifices de ventilation; par conséquent, plus il y a de trous ou de surface ouverte dans le piège, plus il sera efficace. Éviter toutefois de percer des trous sur tous les côtés du contenant pour qu'il ne soit pas trop difficile de verser le contenu du piège dans le contenant principal. On peut utiliser du ruban rouge ou alterner entre des bandes de ruban noir et rouge pour rendre le piège plus attrayant pour les DAT.

 Figure 1. Piège maison utilisé en Ontario pour capturer des DAT comportant de nombreux trous (de 3 mm). Du ruban rouge a été ajouté pour rendre le piège plus attrayant pour les insectes.

Figure 1. Piège maison utilisé en Ontario pour capturer des DAT, doté de nombreux orifices (3 mm).

Le vinaigre de cidre est un appât efficace pour les activités de surveillance générale. Il est peu coûteux et c'est facile de s'en procurer. On l'utilise dans le cadre de nombreux programmes régionaux de surveillance. Ajouter une goutte de savon à vaisselle pour éliminer la tension superficielle et pour s'assurer que les mouches se noient et ne s'échappent pas.

Le vinaigre de cidre n'est cependant pas l'appât le plus efficace pour le dépistage précoce, lorsque les populations de DAT sont encore peu élevées. On peut toutefois en améliorer l'efficacité en ajoutant une d'éthanol à neuf parties de vinaigre de cidre (donc une solution contenant 10 % d'éthanol). Des chercheurs tentent de trouver de meilleurs appâts pour le dépistage précoce de la DAT.

Mettre les pièges en place dans les plantes hôtes sauvages et les zones de végétation, au début du printemps, lorsque les températures restent constamment supérieures à 10 °C (figure 2). Deux à trois semaines avant que les cultures ne parviennent à maturité, placer des pièges additionnels dans les cultures. Les placer à l'ombre, dans la zone fructifère de la culture, en les attachant à des branches ou à des treillis ou au sol à l'aide de piquets (figure 3).

Figure 2. Piège mis en place dans des plante shôtes sauvages.

Figure 2. Piège mis en place dans des plantes hôtes sauvages.

Figure 3. Piège attaché à un poteau dans une rangée de bleuets.

Figure 3. Piège attaché à un poteau dans une rangée de bleuets.

Placer au moins deux pièges par site. Dans le cas de sites couvrant plus de deux hectares, installer un ou deux pièges pour chaque hectare additionnel.

Vider le contenu des pièges dans un contenant principal et remplacer les appâts chaque semaine.

La prochaine étape consiste à déterminer si les pièges contiennent des drosophiles à aile tachetée. Les appâts ne sont pas sélectifs et peuvent donc attirer bon nombre d'espèces d'insectes, y compris des mouches très semblables. Alors que les mâles de la DAT peuvent être identifiés avec un grossissement minimal (une bonne loupe manuelle), il faut un microscope pour identifier les femelles (figure 4). Pour plus d'information sur l'identification de la DAT, voir le site www.ontario.ca/ailestachetees. On peut aussi envoyer des échantillons à la Clinique de diagnostic phytosanitaire de l'Université de Guelph.

Figure 4. Utilisation d'un microscope pour identifier la DAT.

Figure 4. Utilisation d'un microscope pour identifier la DAT.

Seuils d'intervention

l n'existe aucun seuil d'intervention établi contre la DAT. Recourir au piégeage à la ferme pour compléter le programme régional de surveillance du MAAO. Cependant, si on signale la présence de DAT dans la région, ne pas hésiter à commencer les traitements contre ce ravageur. Les pièges ne sont pas toujours efficaces pour capturer les premières DAT adultes présentes sur le site de la ferme. Lorsque des mouches sont capturées dans une région, et que les fruits commencent à mûrir, il est temps d'intervenir contre ce ravageur.

Risque =fruit mûr +mouches

Reconnaître les dommages aux fruits

Les producteurs devaient apprendre à reconnaître les signes d'infestation précoce par la DAT.

Les œufs sont pondus sous la peau des fruits qui sont en train de mûrir ou sont déjà mûrs. Des trous de ponte sont parfois visibles et, à l'occasion, on peut apercevoir les tubes de respiration filiformes des œufs à la surface du fruit.

Les œufs de la DAT éclosent en quelques jours et les larves de petite taille commencent à se nourrir du tissu des fruits. À mesure que les cellules se dégradent, le tissu semble se liquéfier et devenir très juteux. De l'extérieur, le fruit semble anormalement mou. En effet, la DAT provoque un ramollissement prématuré des fruits.

Les framboises deviennent ainsi très juteuses et leur durée de conservation diminue beaucoup (figure 5). Vérifier la présence de jus dans l'orifice central du fruit et de taches sur le réceptacle à la cueillette. Ces signes indiquent que le fruit est probablement infesté par des larves de DAT.

Figure 5. Framboise juteuse.

Figure 5. Framboise juteuse.

Les fraises présentent des meurtrissures sur un côté (figure 6).

Figure 6. Dommages causés par la DAT à des fraises. Observer les meurtrissures.

Figure 6. Dommages causés par la DAT à des fraises. Observer les meurtrissures.

Les bleuets sont ramollis, souvent d'un seul côté (figure 7). Une faible pression sur le fruit suffit à libérer des gouttes de jus à l'endroit où des œufs de DAT ont été pondus.

Figure 7. Ramollissement causé par la DAT sur un côté seulement d'un bleuet.

Figure 7. Ramollissement causé par la DAT sur un côté seulement d'un bleuet.

Des zones ramollies et décolorées apparaissent sur les cerises à proximité des cicatrices de ponte (figure 8).

Figure 8. Dommages causés par la DAT à une cerise. (Photo : K. Powerset E. Carolan, Université de l'État du Michigan)

Figure 8. Dommages causés par la DAT à une cerise. (Photo : K. Powerset

E. Carolan, Université de l'État du Michigan)

Pour plus de photos sur les dommages causés par la DAT, voir la galerie d'images sur la DAT à www.ontario.ca/ailestachetees.

Détection des larves avec une solution saline

En plus de piéger les adultes, il est recommandé de prélever des échantillons de fruits à la cueillette afin de détecter la présence de DAT à la ferme ainsi que pour éviter d'expédier des fruits infestés. Recourir au test à l'eau salée pour vérifier l'efficacité du programme de lutte contre la DAT utilisée à la ferme.

Les larves de fruits infestés vont flotter à la surface de la solution saline dans laquelle le fruit est placé. Dissoudre une partie de sel dans 16 parties d'eau (1/4 tasse de sel dans 4 tasses d'eau). Placer un échantillon de fruits (environ 100 fruits mûrs d'apparence saine) dans un contenant ou un plateau peu profond. Verser suffisamment de solution saline pour recouvrir entièrement les fruits (figure 9). Réduire légèrement les fruits en purée avec un ustensile servant à piler les pommes de terre. En 10 à 15 minutes, les larves vont se mettre à flotter à la surface de la solution (figure 10). Il faudra une loupe et un bon éclairage pour détecter les très petites larves. Les larves de drosophile sont petites, blanches, mesurent de 1 à 4 mm de longueur et leur corps est fuselé aux deux extrémités. À ce stade, il est impossible de distinguer les larves de DAT de celles des autres types de drosophiles. Toutefois, avec des fruits qui sont à point, sans être trop mûrs, les larves qui émergent dans la solution sont probablement des larves de DAT. Il arrive parfois que d'autres ravageurs, comme la trypète des cerises ou la mouche du bleuet, infestent les fruits. Ces larves sont cependant plus grosses que celles de la DAT et leur postérieur est plat.

Figure 9. Matériel nécessaire pour effectuer le test à l'eau salée.

Figure 9. Matériel nécessaire pour effectuer le test à l'eau salée.

Figure 10. Larves de DAT émergeant de fruits infestés dans une solution saline.

Figure 10. Larves de DAT émergeant de fruits infestés dans une solution saline.

Culture de drosophophiles à partir de fruit infestés

Il peut être utile de faire des cultures de mouches pour confirmer la présence de DAT dans les fruits ou lorsqu'on cherche à obtenir une évaluation plus précise des populations. La culture de DAT adultes à partir des fruits est plus précise que le prélèvement de larves à partir des tests à l'eau salée, mais le processus est beaucoup plus long.

Pour chaque échantillon, prélever environ 1 tasse (250 mL) de fruits mûrs et sains dans le champ ou dans les contenants utilisés pour la récolte.

On peut fabriquer des cages pour l'observation des DAT à partir de contenants ou de pots alimentaires en plastique. Doubler le contenant avec un filet rigide ou une éponge afin que le jus des fruits s'écoule et ne noie pas les larves (figure 11). Placer une couche de fruits au fond du filet. Mettre le couvercle doté d'orifices de ventilation recouverts d'un filet. Utiliser pour cela du matériel délicat, comme un rideau de voile. Ainsi, l'air pourra pénétrer dans le contenant afin que les larves ne suffoquent pas et cela empêchera aussi les mouches adultes de s'échapper.

Figure 11. Les contenants utilisés pour la culture des DAT doivent être ventilés. Le filet aide à prévenir la décomposition rapide des fruits et empêche les larves de se noyer.

Figure 11. Les cages pour l'observation des DAT doivent être ventilées. Le filet aide à prévenir la décomposition rapide des fruits et empêche les larves de se noyer.

Garder les contenants à la température ambiante (20°C) jusqu'à deux semaines, ou jusqu'à l'apparition des mouches. Congeler le tout pour tuer toutes les mouches, puis examiner l'échantillon à la loupe pour vérifier la présence de DAT mâles (aile tachetée) et femelles (ovipositeur dentelé). Étant donné que les taches sur les ailes des mâles ne se manifestent que plusieurs heures après l'apparition des insectes, il est possible que certaines DAT adultes dans l'échantillon soient plus difficiles à identifier, et qu'il faille s'attarder à d'autres caractéristiques moins évidentes. On peut conserver les mouches dans de l'éthanol pour les examiner plus tard.

Liens vers des informations sur la drosophile à aile tachetée


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 29 juin 2012
Dernière révision : 30 mai 2016

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