Mineuse marbrée

Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée contre les ennemis du pommier,
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Table des matières

  1. Introduction
  2. Description
  3. Cycle biologique
  4. Dommages
  5. Surveillance et seuil d'intervention


Introduction

La mineuse marbrée, Phyllonorycter blancardella (Fabr.), est un insecte ravageur qui infeste le feuillage des pommiers partout en Amérique du Nord. La larve creuse des galeries entre les couches composant le tissu foliaire, réduisant ainsi la surface photosynthétisante de la feuille. Une infestation grave par la mineuse marbrée réduit le calibre des fruits, ralentit la croissance végétative et/ou provoque la chute prématurée des fruits. Cet insecte s'attaque principalement aux pommiers, mais on le voit aussi sur des pommetiers.

Originaire d'Europe, la mineuse marbrée a été introduite en Amérique du Nord dans les années 1930. Les populations de mineuses dans les vergers commerciaux ont explosé dans les années 1970 et 1980 après que l'insecte eut développé une résistance aux insecticides organophosphorés, aux pyréthrinoïdes et aux méthomyls (Lannate). La mineuse marbrée est alors devenue un important ravageur indirect des pommiers en Ontario. Toutefois, la mise en œuvre des méthodes de lutte intégrée (mettant à profit des insecticides moins nocifs pour les organismes utiles), l'existence de conditions météorologiques défavorables aux mineuses (printemps frais et pluvieux) et l'homologation de nouveaux pesticides à risque réduit appartenant à divers groupes chimiques ont contribué à faire reculer sensiblement les populations de mineuses marbrées dans les vergers ontariens.

Description

Les œufs de la mineuse marbrée sont transparents, ronds et plats, de couleur jaune-vert et d'un diamètre d'environ 0,35 mm (figure 4-31). Ils sont pondus un à un et posés au hasard sur la face inférieure des feuilles, ce qui complique leur détection, même avec une loupe. L'emploi d'un microscope facilite grandement la tâche.

Figure 4-31. Œufs de la mineuse marbrée.

Figure 4-31. Œufs de la mineuse marbrée.

L'insecte passe par cinq stades larvaires et les larves adoptent deux formes distinctes pendant leur développement. Les larves des premier à troisième stades larvaires se nourrissent de sève. Ces dernières varient du blanc au jaune, ont une capsule céphalique aplatie et un corps cunéiforme dont la longueur peut atteindre de 1 à 2 mm (figure 4-32). Les larves des quatrième et cinquième stades larvaires se nourrissent de tissus. Elles sont de forme plus cylindrique et ont une tête plutôt ovale (figure 4-33). Elles mesurent à maturité 3,9 mm de longueur. Les pupes, de couleur brune, s'amincissent vers l'arrière; elles mesurent environ 3,3 mm de longueur (figure 4-34).

Figure 4-32. Larve de la mineuse marbrée se nourrissant de sève.

Figure 4-32. Larve de la mineuse marbrée se nourrissant de sève.
Figure 4-33. Larve de la mineuse marbrée se nourrissant de tissus.

Figure 4-33. Larve de la mineuse marbrée se nourrissant de tissus.
Figure 4-34. Pupe.

Figure 4-34. Pupe.

La mineuse marbrée adulte est un petit papillon nocturne mesurant de 4 à 5 mm de longueur et dont l'envergure des ailes atteint de 7 à 8 mm (figure 4-35). Des motifs blancs, noirs et or décorent ses ailes et renvoient des reflets irisées sous le soleil. Les papillons adultes se reposent sur la face inférieure des feuilles le jour et s'activent la nuit.

Figure 4-35. Mineuse marbrée adulte

Figure 4-35. Mineuse marbrée adulte (Art Agnello, Ph.D., Cornell University).

Cycle biologique

Trois générations de mineuses marbrées se succèdent chaque année. L'insecte hiverne à l'état de pupe dans les feuilles tombées au sol. Les papillons adultes commencent à émerger au moment de l'éclosion des premiers bourgeons, fin avril, et continuent leur sortie tout au long du mois de mai. Le point culminant des sorties de la mineuse survient entre les stades du bouton rose avancé et de la pleine floraison. L'insecte choisit une journée douce et calme pour s'envoler et venir se poser sur les branches charpentières basses du pommier. Au sol, l'insecte est très discret, mais il suffit de marcher dans un verger à la fin avril pour assister souvent à l'envol d'une horde de mineuses qui surgissent du sol dès qu'on les approche.

L'accouplement survient peu après la migration des insectes dans les arbres. Les mineuses pondent leurs œufs sur la face inférieure des feuilles des dards en train de s'épanouir sur les branches charpentières basses. Les œufs sont pondus un à un sur le revers des feuilles, généralement le soir. Les femelles pondent jusqu'à 152 œufs au cours de leur vie. La ponte est interrompue si la température s'abaisse à moins de 9 °C. Les œufs de première génération éclosent en deux ou trois semaines, selon la température.

Les larves nouvellement écloses se nourrissent de sève. Elles s'introduisent à l'intérieur de la feuille où elles se sont posées et commencent à se nourrir en aspirant la sève circulant dans le mésophylle. Leurs galeries ont alors l'aspect d'une ligne vert pâle visible sur la face inférieure de la feuille (un microscope permet de mieux les distinguer). Parvenues à la fin du quatrième stade larvaire, les larves commencent à s'attaquer aux cellules épidermiques et parenchymenteuses de la feuille (les tissus foliaires). Elles découpent des morceaux d'épiderme de la face supérieure de la feuille, ce qui donne à celle-ci une allure tachetée. Les larves se nourrissant de tissus sont plus longues que les larves se nourrissant de sève. Les galeries creusées par les premières sont visibles à l'œil nu; en les ouvrant, on découvre des larves jaunâtres et aplaties. Tandis qu'elles se développent, les larves fixent des fils semblables à de la soie sur les parois des galeries qu'elles creusent.

Au cinquième et dernier stade larvaire, la larve se transforme en pupe à l'intérieur de la feuille. Les adultes de la deuxième génération émergent au milieu ou à la fin juin. Les larves de la deuxième génération continuent de percer des galeries dans les feuilles jusqu'à la mi-juillet. La troisième génération est active en août et en septembre. Les pupes issues de cette dernière génération tombent au sol avec les feuilles mortes et y passent l'hiver à l'abri.

Dommages

Les larves se nourrissant de sève coupent la surface des feuilles et se nourrissent de la sève qu'elles contiennent, sans attaquer les tissus. On ne peut les détecter qu'en observant soigneusement le dessous des feuilles (figure 4-36). Aux derniers stades larvaires, les larves ingèrent le tissu interne des feuilles, de sorte que toute la zone ravagée devient vert pâle. Les galeries des larves se nourrissant de tissus sont visibles du dessus des feuilles (figure 4-37). Elles apparaissent comme des zones marbrées et décharnées de 10 à 12 mm de longueur et de 4 à 5 mm de largeur sur la surface de la feuille. Chaque galerie occupe environ 4 % de la surface de la feuille. La tolérance du pommier à l'égard des attaques de la mineuse varie en fonction de la période de l'année, de la santé de l'arbre, du cultivar en cause et des conditions environnementales (sécheresse, par exemple). Des pommiers sains tolèrent des niveaux élevés d'infestations, mais les arbres soumis à un stress résistent beaucoup moins bien. Les pommiers McIntosh sont particulièrement susceptibles de perdre prématurément leurs fruits. Les attaques des mineuses marbrées, combinées à des carences nutritionnelles (notamment en bore et en magnésium), un manque de vigueur de l'arbre, une charge fruitière importante ou une sécheresse, augmentent le risque de chute prématurée des fruits.

Figure 4-36. Galeries laissées par les larves se nourrissant de sève

Figure 4-36. Galeries laissées par les larves se nourrissant de sève (Art Agnello, Ph.D., Cornell University).

Figure 4-37. Galeries laissées par les larves se nourrissant de tissus

Figure 4-37. Galeries laissées par les larves se nourrissant de tissus.

Surveillance et seuil d'intervention

La méthode traditionnelle de surveillance des activités de la mineuse marbrée consiste à disséminer des pièges à phéromones dans les vergers, mais certains consultants ont récemment opté pour une autre méthode, fondée sur la collecte et l'examen d'échantillons de feuilles. Dans le premier cas, on installera à la mi-avril, quatre pièges biconiques à phéromones dans la parcelle visée. La substance phéromonale doit être déposée sur une grille plastique encollée dans le fond des pièges encollés, ceux-ci devant être distancés de 15 à 20 m et placés début avril dans des zones abritées. Attacher les pièges près du tronc, sur les branches les plus basses, de façon qu'elles se trouvent sur la route des papillons lorsqu'ils quitteront le sol et monteront dans l'arbre. Vérifier les pièges deux fois par semaine et changer les grilles quand elles sont pleines. Lorsque tous les insectes auront quitté le sol, changer la mèche imbibée de phéromones et déplacer les pièges sur des branches basses, à environ 1 m du sol. Ces dernières années, les populations de mineuses sont tellement faibles que l'utilisation de pièges est rarement nécessaire. Lorsqu'on utilise des pièges, il faut se rappeler que le nombre d'insectes capturés ne permet pas de prédire la gravité des éventuels dommages. Ces prises indiquent seulement la date de la première émergence et le pic d'activité de chaque génération. Ces données aideront les dépisteurs à prévoir le moment où ils verront apparaître des œufs et des larves dans les vergers. On suivra les divers stades des mineuses (c'est-à-dire œufs et suceurs de sève) une fois par semaine en recueillant des lambourdes ou des feuilles et en comptant le nombre d'œufs et de larves sur les feuilles (utiliser pour ce faire un microscope capable d'un grossissement de 25 à 50 fois). Les cultivars à surveiller prioritairement sont les pommiers McIntosh ou tout autre cultivar implanté en grand nombre dans la parcelle suivie.

Échantillonnage des feuilles

Avant l'éclosion des œufs de la première génération (du stade prébouton rose à celui de bouton rose avancé), prélever sur cinq pommiers, cinq dards par pommier qui seront pris sur les grosses branches les plus basses. Compter et noter le nombre d'œufs présents sur le revers des feuilles et calculer le nombre d'œufs par dard.

Après l'éclosion des œufs de la première génération (autour du stade calice), cueillir 5 feuilles par pommier sur les grosses branches les plus basses de 10 pommiers. À l'aide d'un microscope, compter tous les œufs, toutes les larves se nourrissant de sève et toutes les larves se nourrissant de tissus qui se trouvent sur la face inférieure des feuilles. Calculer le nombre d'œufs et de larves se nourrissant de sève présents par feuille.

Commencer l'échantillonnage pour le suivi des œufs et des larves de la deuxième génération dès que les papillons de la deuxième génération amorcent leur envol, entre le milieu et la fin juin. Recueillir au moins 50 feuilles prélevées sur des dards, soit 5 feuilles par pommier prises sur les branches les plus basses (moins de 1,5 m) de 10 arbres différents.

Choisir des feuilles d'âge moyen sur des pousses de croissance ou des pousses terminales. À l'aide d'un microscope, compter et noter tous les œufs et toutes les larves se nourrissant de sève qui se trouvent sur la face inférieure des 50 feuilles. Calculer le nombre total d'œufs et de larves se nourrissant de sève pour l'ensemble des 50 feuilles et établir le nombre d'œufs et de larves se nourrissant de sève présents par feuille.

Nota : Mettre fin au programme d'échantillonnage si les larves se nourrissant de tissus deviennent prédominantes, car les insecticides ne sont alors plus efficaces.

Seuils d'intervention

Tableau 1. Seuils d'intervention contre la mineuse marbrée dans les pommiers.

Stade de croissance Génération Seuil d'intervention
Pré-floraison ou calice 1 3 œufs par dard (avant l'éclosion des œufs)
OU
1 galerie par feuille (après l'éclosion des œufs)
Été (juin-juillet) 2 2 galeries par feuille (arbres soumis à un stress)
4 galeries par feuille (arbres sains)
Été (août-septembre) 3 Il est généralement déconseillé de combattre la troisième génération

Comme les insectes utiles jouent un rôle important dans la lutte contre la mineuse marbrée, il convient de procéder au recensement des populations de parasitoïdes à l'œuvre dans les vergers au cours de la saison de végétation. Ces recensements doivent être effectués après que la plupart des larves se nourrissant de tissus se sont transformées en pupes, mais avant que les papillons de mineuses marbrées ne prennent leur envol (généralement au début juin). Recueillir 100 feuilles où les galeries sont visibles (2 feuilles sur 50 arbres). En s'aidant d'un microscope, faire une incision avec un outil tranchant sur le dessus de chacune des galeries pour l'ouvrir. Noter la présence de larves se nourrissant de tissus (saines, malades ou mortes), de pupes de mineuses et de pupes de parasitoïdes. Des biologistes de la Colombie-Britannique affirment qu'un taux de parasitisme de 30 % des larves se nourrissant de tissus de première génération au printemps suffit à assurer une lutte biologique efficace contre ce type de ravageurs pour le reste de la saison.

Lutte

Une intervention contre les infestations n'est justifiée que si les populations de mineuses dépassent les seuils établis. Il n'est généralement pas nécessaire de procéder à des pulvérisations ciblées contre la mineuse marbrée puisque les prédateurs naturels ou les insecticides utilisés contre d'autre ravageurs feront le travail.

Les prédateurs comme l'araignée et le carabe sont très utiles puisqu'ils se nourrissent de pupes ayant survécu à l'hiver sur le sol des vergers. D'autres prédateurs, comme les chrysopes, se nourrissent des larves de mineuses, mais les recherches donnent à penser que les plus importants ennemis naturels des mineuses sont les guêpes parasites. En Ontario, les parasitoïdes Pholetesor ornigis et Sympiesis marylandensis sont les principaux ennemis naturels de la mineuse marbrée. Dans certains vergers, le niveau de parasitisme par ces deux parasitoïdes peut atteindre 80 %. On trouve des niveaux de parasitisme encore plus élevés dans les vergers où les pomiculteurs mettent en pratique les méthodes de lutte intégrée et réduisent au minimum l'emploi d'insecticides agressifs à large spectre.

Pour un complément d'information sur les ennemis naturels de la mineuse marbrée, voir la rubrique Insectes utiles .

L'enlèvement des feuilles mortes est une pratique culturale qui permet de réduire les populations de mineuses marbrées dans les vergers. On peut pour ce faire utiliser un souffle-feuilles mécanique - monté sur un tracteur et entraîné par la prise de force - qui déchiquette les feuilles. Le broyage des feuilles ou l'épandage d'urée sur celles-ci (pour accélérer leur décomposition) à la fin de l'automne aura aussi pour effet de réduire le nombre de mineuses survivant à l'hiver. Cette méthode, dont l'efficacité n'est pas scientifiquement prouvée en Ontario, repose sur la théorie voulant que les feuilles (où se cachent les pupes de mineuses) se décomposent plus rapidement lorsqu'elles sont déchiquetées et peuvent donc être tirées plus facilement par les vers de terre dans les galeries souterraines qui leur servent d'abri.

Certains pomiculteurs font une pulvérisation de pyréthrinoïdes avant la floraison pour lutter contre les infestations de mineuses, mais ce produit s'insère mal dans les programmes de lutte intégrée en raison de sa toxicité élevée pour les prédateurs naturels et les parasitoïdes. Les pyréthrinoïdes ont également pour effet de provoquer chez les acariens phytophages une dispersion accrue et une intensification de l'alimentation et de la ponte d'œufs, à l'origine d'infestations.

Ces dernières années, plusieurs produits chimiques à risque réduit - dont les néonicotinoïdes et les régulateurs de croissance des insectes - ont été homologués pour combattre la mineuse; ils sont considérés comme étant moins nocifs pour les insectes utiles. Ces produits doivent être privilégiés par les pomiculteurs qui ont adopté un programme de lutte intégrée. Pour une liste des produits offerts sur le marché pour lutter contre la mineuse marbrée, voir la publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières.

Il n'est pas recommandé de recourir à des produits chimiques pour lutter contre la troisième génération de mineuses, dont les dommages apparaissent généralement dans les vergers en août et en septembre. Ces mesures sont habituellement inutiles puisque la saison est trop avancée pour que les dommages posent problème. En outre, en évitant l'emploi de pesticides contre cette génération, on favorise l'établissement des insectes utiles.

 

 


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 21 juilllet 2011
Dernière révision : 21 juilllet 2011

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