Les pâturages de réserve n° 5 l'incidence de la mise au pâturage en automne sur la production des fourrages la saison suivante

Table des matières

  1. Introduction
  2. Méthodes
  3. Résultats
  4. Résumé et interprétation

Introduction

La mise en réserve consiste à laisser une partie du foin ou des cultures de pâture sur pied pour les faire brouter en automne et en hiver une fois que la croissance des fourrages s'est arrêtée à cause du froid. Les pâturages de réserve sont aussi appelés pâturages différés, fall-saved pasture en anglais. La mise en réserve des pâturages vise avant tout à réduire les coûts des aliments pour animaux. Beaucoup de producteurs sont préoccupés du fait que le broutage automnal pourrait endommager le pâturage, ce qui aurait pour résultat de réduire la production fourragère les années suivantes. Dans cette mise à jour, nous examinons la productivité des fourrages après un an et plus de fauche automnale ou de broutage.

Méthodes

Au printemps suivant la fauche automnale ou le broutage, les rendements ont été mesurés à l'occasion de trois essais séparés. Voici la description de chaque essai.

  1. Pour le premier essai, de petites parcelles de recherche de graminées pures (5 espèces) ont été coupées le 1er septembre, le 1er octobre ou le 1er novembre pour trois années consécutives (1994 à 1996). Les parcelles de graminées ont été mise en réserve suivant deux systèmes de gestion : un régime de fauche consistant en une coupe simple au début de juillet suivie de la mise en réserve, ou un système de gestion des pâtures, composé de récoltes de pâturages simulées au milieu de juin et à la fin juillet, puis de la mise en réserve. En 1997, toutes les parcelles ont été laissées sur pied jusqu'au début de juillet, où les récoltes ont eu lieu et les rendements ont été consignés.
  2. Dans le deuxième essai, des agneaux ont été mis à brouter dans des enclos de mélanges fourragers de réserve (principalement composés de fétuque élevée, de brome inerme et de pâturin) chaque semaine du début d'octobre jusqu'à la fin de novembre chaque année en 1995, en 1996 et en 1997. La mise en réserve des mélanges de fourrages avait été effectuée en employant l'un des deux systèmes de gestion suivants : un système de gestion précoce qui a consisté en une récolte d'ensilage au milieu de juin, suivie d'un pâturage de masse par des moutons à la mi juillet et ensuite par la mise en réserve; l'autre est tardif et est composé d'une récolte d'ensilage au milieu de juin suivie d'un pâturage de masse par des moutons à la mi août et ensuite de la mise en réserve. Au milieu de juin 1997 et à la mi mai de 1998, les mesures de rendement ont été effectuées des enclos qui avaient été broutés au début octobre, à la fin octobre, au début novembre, à la mi novembre de l'année précédente.
  3. Au troisième essai, on a fait brouter les pâturages mixtes en lisières par des vaches de boucherie à compter du début d'octobre jusqu'à la mi décembre 1997. Chaque jour des pâturages frais étaient offerts mais aucune clôture de fond n'a été installée, les bovins avaient accès en continu à la zone broutée précédemment. À la fin de mai 1998, on a mesuré les zones broutées précédemment à la mi octobre, à la fin octobre, à la mi novembre, à la fin novembre, et à la mi décembre. Les rendements ont aussi été mesurés où les fourrages de réserve n'avaient pas été broutés l'automne précédent.

Résultats

Section première

Après trois années de fauche le 1er septembre, le 1er octobre ou le 1er novembre, les rendements en fourrages du printemps suivant se chiffraient à 6 500 kg/ha jusqu'à plus de 8 000 kg/ha (figure 1).

Figure 1. Rendement des herbages pendant les trois années précédentes à trois dates automnales différentes.

Figure 1. Rendement des herbages pendant les trois années précédentes à trois dates automnales différentes.

Il n'y a pas de différence dans le rendement des fourrages printaniers entre les parcelles récoltées l'automne précédent le 1er septembre ou le 1er octobre, mais chacun de ces traitements a offert un rendement moindre que celles récoltées précédemment le 1er novembre. Ces résultats suggèrent que les parcelles récoltées en septembre et en octobre n'étaient peut-être pas complètement dormantes (hypothèse raisonnable) et qu'une certaine repousse se produisait, ce qui avait affaibli les réserves disponibles pour la croissance du printemps suivant. Malgré cette observation, les rendements absolus du printemps suivant ont été plutôt acceptables si l'on considère que les peuplements étaient composés de graminées pures et âgés de quatre ans. On ne signale pas de différence dans le rendement printanier entre le régime de fauche ou le système de gestion des pâtures (données non illustrées). Le rendement des diverses espèces de graminées n'a pas été touché par la date de récolte de l'automne précédent (données non illustrées).

Section deux

Les rendements printaniers après le pâturage des moutons sont illustrés à la figure 2.

Figure 2. Rendement d'ensilage de printemps (1997) ou rendement du pâturage (1998) après le broutage des moutons à quatre dates différentes l'automne précédent.

Figure 2. Rendement d'ensilage de printemps (1997) ou rendement du pâturage (1998) après le broutage des moutons à quatre dates différentes l'automne précédent.

Au printemps les rendements ont été recueillis à partir de zones broutées par des moutons au début octobre, au milieu octobre, au début novembre et au milieu novembre. En 1997, la date de pâturage de l'automne précédent n'a pas influé sur le rendement de l'ensilage printanier (fauche du milieu juin). En 1998, la date de pâturage de l'automne précédent n'a pas influé sur les rendements des pâturages printaniers (fauche de la mi mai). Le système de gestion de la mise en réserve utilisé l'automne précédent n'a pas modifié les rendements des fourrages au printemps suivant (données non illustrées).

Section trois

Le rendement des fourrages le printemps qui suit le broutage par des vaches de boucherie est illustré à la figure 3.

Figure 3. Rendement du pâturage printanier après le broutage par des vaches de boucherie à trois dates différentes l'automne précédent.

Figure 3. Rendement du pâturage printanier après le broutage par des vaches de boucherie à trois dates différentes l'automne précédent.

Mentionnons une tendance à la hausse des rendements des pâturages printaniers à mesure que la date de mise en pâture automnale avance de la mi octobre au milieu décembre, même si elle n'est pas statistiquement significative. Les zones non pâturées l'automne précédent montraient des rendements absolus plus élevés que celles qui l'ont été, mais encore ici la différence n'était pas notable.

Résumé et interprétation

Le pâturage automnal s'est déroulé avec la fauche, le broutage des moutons et celui des vaches de boucherie. On n'a pas noté de dommages graves en utilisant l'un ou l'autre système à ce jour. Avec la fauche, les rendements fourragers le printemps suivant étaient plus élevés quand la coupe avait été effectuée en novembre. Lors du broutage par les moutons, les dates de pâture entre le début octobre et la mi novembre n'ont pas influé sur les rendements de l'ensilage de première coupe ou ceux des pâturages l'année suivante. Pour la paissance des vaches de boucherie, les rendements printaniers tendent à être plus élevés pour le broutage tardif (milieu décembre) ou aucune paissance, mais les différences entre les rendements printaniers n'étaient pas notables.

L'expérience du broutage par les moutons en automne (octobre et novembre) laisse supposer qu'une période relativement courte (7 jours ou moins) avec les animaux dans un enclos individuel n'a pas d'effet défavorable sur la vigueur et le rendement au printemps. Le fumier et l'urine laissés par les moutons pendant qu'ils broutent devraient représenter une valeur positive pour le maintien de la production des pâturages. Des sols humides ne semblent pas trop préoccupants quand les moutons broutent l'automne parce que la pression exercée par leurs sabots est relativement faible. Avec le pâturage de masse (à très haute densité) pendant de courtes périodes de temps, la récupération semble aller bon train. Étant donné la capacité des moutons de brouter assez près du sol, il faut une clôture pour éviter qu'ils ne provoquent la défoliation des fourrages résiduels.

La condition du pâturage est beaucoup plus préoccupante quand le sol est humide et que ce sont des bovins qui broutent. On n'a pas noté de dommages lors de l'essai de pâture des bovins. Sans clôture arrière, les bovins pouvaient circuler plus librement ce qui a permis d'éviter les dommages dus à un piétinement excessif. Quoi qu'il en soit, à certaines occasions il ne peut y avoir de broutage sur des sols lourds qui sont gorgés d'eau. Il est alors parfois possible de laisser brouter les bovins en sacrifiant une zone jusqu'à ce que le sol soit gelé, puis de permettre aux animaux de continuer.


Auteur : Jim Johnston, station de recherches en agriculture de New Liskeard /Université de Guelph; Matt Bowman, station de recherches en agriculture de New Liskeard/Université de Guelph; Sharon Slaght, station de recherches en agriculture de New Liskeard/Université de Guelph
Date de création : Décembre 1998
Dernière révision : 3 mai 2010

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