Chenilles défoliatrices du printempsExtrait du Publication 310F, Lutte intégrée
contre les ennemis du pommier, Table des matières
IntroductionLes chenilles défoliatrices du printemps comprennent plusieurs espèces de lépidoptères (famille de papillons nocturnes), dont les enrouleuses, les pyrales, les chenilles arpenteuses, les tordeuses et les livrées. En général, ces chenilles sont actives tôt dans la saison, depuis le stade du débourrement avancé jusqu'à la mi-juin. Enrouleuses et tordeusesPlusieurs espèces d'enrouleuses et de tordeuses comprises dans la famille de papillons nocturnes appelée Tortricidae s'attaquent aux pommiers, notamment la tordeuse à bandes rouges, Argyrotaenia velutinana (Walker), l'enrouleuse panachée, Platynota flavedana (Clemens), la tordeuse du pommier, Archips argyrospila (Walker), et la tordeuse à bandes obliques, Choristaneura rosaceana (Harris). L'espèce la plus nuisible aujourd'hui en Ontario est la tordeuse à bandes obliques (figure 4-44). En développant une résistance aux composés organophosphorés, la tordeuse à bandes obliques est passée du statut de ravageur secondaire à celui de ravageur important des pommiers. On a aussi remarqué des résistances croisées aux pyréthrinoïdes et à certains régulateurs de croissance des insectes au sein de diverses populations de tordeuses à bandes obliques. Les autres espèces d'enrouleuses et de tordeuses ne sont pas vraiment problématiques en Ontario, mais elles peuvent le devenir dans les vergers où l'on met en uvre un programme de pulvérisation de pesticides à risque réduit et dans les cas où l'on applique la technique de la confusion des mâles pour d'autres espèces.
Figure 4-44. Larve de la tordeuse à bandes obliques. DescriptionPour une description de la tordeuse à bandes obliques, voir la tordeuse à bandes obliques. Cycle biologiqueLa plupart des espèces d'enrouleuses et de tordeuses hivernent à l'état de larves réfugiées dans un hibernaculum (gîte d'hivernation), ou de pupes, sauf la tordeuse du pommier qui hiverne au stade d'uf. La plupart des espèces produisent deux générations par année. Les papillons nocturnes femelles déposent leurs ufs sur la face supérieure des feuilles, en amas aplatis et chevauchants de 20 à 200 ufs de couleur jaune pâle à brunâtre. Les larves deviennent actives dès que des tissus verts apparaissent sur l'arbre au printemps et se nourrissent en s'attaquant aux feuilles en voie de développement et aux bourgeons. À mesure que les feuilles grandissent, les larves s'affairent à recouvrir d'une toile et à enrouler les feuilles d'extrémité et s'y réfugient lorsqu'elles ne se nourrissent pas. La défoliation, si elle est sévère, peut réduire l'activité photosynthétique de l'arbre. Dans les pépinières et les vergers nouvellement plantés, les larves d'enrouleuses et de tordeuses deviennent rapidement un grave problème si on ne prend pas des mesures efficaces pour juguler l'infestation (figure 4-45). Certaines espèces se suspendent à des fils de soie et se laissent porter par la première brise vers d'autres arbres. Les infestations sont souvent plus graves à la périphérie des vergers et près des boisés.
Figure 4-45. Dommages causés par une enrouleuse ou tordeuse à un jeune pommier. DommagesLes enrouleuses et tordeuses consomment indifféremment les feuilles de nombreuses espèces d'arbres fruitiers et d'arbres d'ombrage. Elles se nourrissent également de fleurs et d'amorces de fruit. Une activité alimentaire en début de saison entraîne la formation de grandes cicatrices et échancrures liégeuses sur le fruit (figures 4-46 et 4-47), lequel tombe souvent prématurément de l'arbre. Les attaques subies par les pommes en été entraînent leur déclassement comme pommes à jus (figure 4-48).
Figure 4-46. Fruit avorté à la suite de l'activité alimentaire d'une chenille en début de saison.
Figure 4-47. Déformation résultant d'une blessure précoce.
Figure 4-48. Lésion infligée au fruit en fin de saison. Surveillance et seuils d'interventionLes chenilles défoliatrices du printemps se nourrissent
des feuilles d'une large gamme d'arbres et d'arbustes à feuilles
caduques, ainsi que de plantes herbacées et de ronces. On
les rencontre le plus souvent sur les pommiers situés à
la périphérie des vergers, près d'autres hôtes
éventuels. Toutefois, comme plusieurs espèces profitent
des vents pour s'enfoncer plus profondément à l'intérieur
des vergers, il est important d'étendre la surveillance à
l'ensemble de la plantation. LutteLes chenilles défoliatrices du printemps font face à
de nombreux prédateurs et parasites. Parmi ces prédateurs,
on compte les carabes (famille des Carabidae), les pentatomes ou
punaises des bois (famille des pentatomidés), les réduves
(famille des réduviidés) et les araignées.
Certains oiseaux, comme les mésanges, le merle bleu de l'Est,
les fauvettes et les pics-bois se nourrissent volontiers de chenilles.
Les guêpes parasites (Braconidae, Ichneumonidae) et les mouches
(Tachinidae) attaquent aussi les chenilles, tandis que les minuscules
guêpes Trichogramma parasitent souvent les ufs des papillons
nocturnes. Diverses maladies virales et fongiques affectent également
les populations de chenilles, notamment lors des printemps doux
et pluvieux. Malheureusement, l'activité naturelle des ennemis
de la chenille ne suffit habituellement pas à abaisser les
populations sous les seuils de nuisibilité économique.
De manière à préserver et à stimuler
les ennemis naturels des chenilles défoliatrices du printemps,
on n'aura recours aux insectides que si les seuils d'intervention
sont atteints; le cas échéant, on choisira les produits
les moins dommageables et qui présentent le spectre toxique
le plus étroit possible. Noctuelles des fruits vertsL'espèce de noctuelle des fruits verts la plus répandue dans les vergers de l'Ontario est l'orthosie verte, Othosia hibisci (Guenee). DescriptionLes ufs de noctuelles des fruits verts ont 0,8 mm de diamètre
et 0,5 mm de hauteur; ils sont blancs teintés de gris. La
chenille à pleine maturité est relativement grosse,
soit de 30 à 40 mm de longueur; sa couleur varie alors de
lime à vert foncé, y compris la tête (figure
4-49). Le corps de la chenille est couvert de petites taches blanches
et est parcouru longitudinalement de plusieurs bandes blanches.
Les pupes ont 20 à 30 mm de longueur et environ 100 mm de
largeur. Les adultes possèdent des ailes antérieures
sombres et des ailes postérieures beaucoup plus pâles.
Les papillons adultes ont une envergure de 25 à 40 mm. Figure 4-49. Larve de noctuelle des fruits verts. Cycle biologiqueLa pupe hiverne sous terre. Les papillons (de la famille des noctuidés) prennent leur envol au début du printemps. Après l'accouplement, la femelle pond des ufs qu'elle dépose individuellement sur des feuilles en voie de formation. Ces ufs sont gris blanchâtre avec des nervures distinctes sur les côtés, visibles lorsqu'on les observe sous un microscope. Les larves, qui ressemblent à de petites chenilles arpenteuses lorsqu'elles éclosent, se nourrissent de bourgeons, de feuilles, de fleurs et d'ébauches de fruits. On compte une seule génération par année. DommagesLes cicatrices profondes et liégeuses laissées par la larve sur la surface d'un fruit dont elle s'est nourrie sont difficiles à distinguer de celles qui sont causées par les enrouleuses et tordeuses. Environ 70 % des fruits ainsi attaqués avorteront avant ou pendant la chute de juin. Les larves se concentrent souvent sur un seul fruit, mais il arrive qu'elles s'attaquent à une douzaine de fruits ou plus. Surveillance et seuils d'interventionPour le calendrier de surveillance et les seuils d'intervention à observer dans la lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses. LuttePour connaître les possibilités de lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses. Pique-bouton du pommierLe pique-bouton du pommier, Spilonota ocellana (Denis et Schiffermullar), est un ravageur occasionnel des pommiers en Ontario. DescriptionLes ufs de forme ovale ont 0,8 mm de diamètre, ils sont blanc crème à la ponte et jaunissent avec le temps. Les larves sont brun chocolat, la couleur de la tête pouvant varier de brun moyen à noir. Parvenues à maturité, les larves mesurent de 9 à 14 mm de longueur (figure 4-50). Les pupes sont brun doré et ont de 6 à 7 mm de longueur. Les papillons adultes sont de couleur brun-gris et ont une envergure de 12 à 16 mm. L'aile antérieure est plus foncée et affiche une série de rayures pâles à son extrémité.
Figure 4-50. Larve du pique-bouton du pommier. Cycle biologiqueLe pique-bouton du pommier hiverne à l'état de larve
immature enfermée dans un cocon de soie fixé à
la base d'un dard et d'un rameau. Les larves deviennent actives
au début du printemps, lorsque les pommiers arrivent au stade
du débourrement avancé. Elles s'insinuent dans un
bouton floral en voie de déploiement dont elles vont se nourrir,
puis se construisent un abri en attachant plusieurs feuilles ensemble.
Elles peuvent aussi s'enfoncer dans des pousses en croissance et
sont à l'origine de lourdes pertes économiques lorsqu'elles
infestent des pépinières et des plantations non productives.
DommagesLes lésions dues à l'activité alimentaire du pique-bouton sont caractérisées par de petites dépressions peu profondes et circulaires à la surface du fruit (figure 4-51), semblables aux blessures infligées par la tordeuse à bandes obliques de la génération estivale.
Figure 4-51. Blessure infligée au fruit par le pique-bouton du pommier. Surveillance et seuils d'interventionPour le calendrier de surveillance et les seuils d'intervention à observer dans la lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses. LuttePour connaître les possibilités de lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses. LivréesLa livrée de l'Est se rencontre parfois dans les vergers situés près de boisés de feuillus. Elle peut provoquer une défoliation localisée importante sur certaines branches des pommiers. DescriptionParvenue à sa pleine taille, la larve mesure de 40 à 50 mm de longueur, elle présente un dos velu de couleur brun-noir avec des taches bleues sur le corps et une bande blanche qui fait toute la longueur du dos. Les ufs se présentent sous la forme d'amas brun or encerclant de jeunes rameaux. Les adultes, brun rougeâtre, ont des ailes ornées de deux bandes diagonales pâles. Cycle biologiqueLa livrée de l'Est, Malacosoma americanum (de la
famille des lasiocampidés), hiverne sous la forme d'amas
d'ufs annelant de jeunes rameaux (figure 4-52), qu'on aperçoit
souvent lors de l'émondage d'hiver. Chaque amas comprend
de 200 à 300 ufs. Ces derniers éclosent au début
du printemps. Les larves tissent alors dans une fourche de l'arbre
une tente de forme caractéristique (figure 4-53), où
elles se regroupent en colonie qu'elles ne quittent que pour se
nourrir le matin et le soir à même le tissu de feuilles
en train de s'épanouir. Les papillons adultes émergent
à la fin juin et les femelles pondent leurs ufs en
juillet. Figure 4-52. Amas d'ufs de livrées
de l'Est. Figure 4-53. Nid de livrées de l'Est dans un arbre. DommagesUne colonie de livrées installée sur une branche peut en consommer toutes les feuilles, bloquant complètement le développement des fruits en formation. On compte une seule génération de ces insectes par année. Surveillance et seuils d'interventionNoter toute trace d'activité de la part des livrées lors des inspections périodiques du verger. LutteLe recours à des produits chimiques n'est pas nécessaire. La méthode la plus efficace pour lutter contre les infestations consiste généralement à couper les branches atteintes. SpongieuseLa spongieuse, Lymantria dispar (Linnaeus), est généralement classée comme ravageuse des forêts. On la trouve à l'état indigène dans le sud de l'Europe, l'Afrique du Nord, l'Asie centrale et du Sud et le Japon. Elle a été introduite en Amérique du Nord dans le but de créer une lignée de vers à soie résistante aux maladies. Un certain nombre de chenilles se sont échappées et multipliées et provoquent aujourd'hui des infestations qui infligent de sérieux dommages à nos forêts de feuillus. Et il n'est pas rare que la spongieuse passe de la forêt aux vergers voisins. DescriptionLes femelles pondent des amas d'ufs contenant de 300 à 1 000 ufs et les recouvrent d'une natte fibreuse velue. Ces ufs sont d'abord beiges, puis pâlissent sous l'effet de l'exposition à l'air. Les larves sont jaunes, grises ou noires et portent de longs poils fins. Juste sous la tête de la larve apparaissent cinq paires de points bleus suivies de six paires de points rouges. Ces points permettent de distinguer les larves de spongieuses des autres grosses chenilles velues. À maturité, les larves mesurent de 6 à 7 cm de longueur (figure 4-54). Les pupes de spongieuses sont couvertes de boucliers protecteurs en forme de poire d'environ 2,5 à 5,0 cm de longueur et de couleur brune. Les papillons adultes sont noirs et blancs. La femelle possède des ailes blanches ornées de motifs noirs, tandis que le mâle a des ailes gris foncé décorées de motifs pâles. La larve parvenue à maturité mesure de 30 à 65 mm de longueur et est très velue. Les femelles adultes ne peuvent voler et comptent sur les phéromones qu'elles émettent pour attirer les mâles.
Figure 4-54. Larve mature de la spongieuse. Cycle biologiqueLa spongieuse hiverne sous la forme d'amas d'ufs regroupant de 100 à 1 500 ufs déposés sur les troncs, sous les branches et sur l'écorce des arbres. Les ufs éclosent au printemps et les larves commencent immédiatement à se nourrir en mangeant les feuilles. Les larves passent par cinq à six stades larvaires, puis se transforment en pupes au milieu de l'été. Les larves des premier à troisième stades larvaires se nourrissent de l'aube jusqu'au milieu de la matinée, puis se protègent de la chaleur du jour en se réfugiant sous l'écorce des arbres ou la couverture herbacée du sol. Les larves des quatrième à sixième stades larvaires se nourrissent la nuit, du coucher au lever du soleil (toutefois, les larves se nourriront jour et nuit si les densités de population deviennent trop fortes). La période larvaire s'étend sur une quarantaine de jours, de l'éclosion des ufs à la pupaison, celle-ci durant environ deux semaines. Les ufs hivernants sont pondus en août et en décembre. On compte une seule génération par année. DommagesLes larves mâchent les feuilles, laissant derrière elles de petits trous appelés criblures (figure 4-55). Quand elles ne se nourrissent pas, les larves se reposent sur une natte de soie qu'elles tissent sur le revers des feuilles.
Figure 4-55. " Criblures " laissées sur les feuilles par les larves de la spongieuse. Surveillance et seuils d'interventionPour le calendrier de surveillance et les seuils d'intervention à observer dans la lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses. Noter tout indice de l'activité de la part de la spongieuse lors des inspections périodiques du verger. LuttePour connaître les possibilités de lutte contre les diverses espèces de chenilles défoliatrices du printemps, voir la même rubrique sous Enrouleuses et tordeuses.
Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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