Évaluer les niveaux de population : comment utiliser adéquatement les pièges à phéromones


L'évaluation des niveaux de population des ravageurs et des maladies constitue une première étape primordiale pour établir un programme de lutte intégrée (LI) adéquat. Quand les ravageurs sont maîtrisés au bon moment avec le bon produit, le producteur économise, ses programmes antiparasitaires sont plus efficaces et il protège les organismes bénéfiques sur sa ferme. Il existe de nombreuses façons d'évaluer les populations d'insectes ravageurs dans les vergers et les vignobles et l'utilisation des pièges à phéromones est l'une des plus populaires. Précisons d'abord que ces pièges ne sont PAS la seule méthode permettant d'évaluer tout ravageur. Ce sont des outils utiles mais dont il ne faut pas se servir de façon autonome. Le producteur qui n'obtient ses renseignements que des pièges pourrait mettre ses cultures à risque! Cela dit, les pièges sont des outils utiles mais qui doivent être utilisés correctement. Le producteur qui est dans un secteur où existe un service de surveillance régionale ou qui a accès aux messages d'Agriphone peut se fier sur ces directives générales, et aussi effectuer du dépistage sur sa propre exploitation.

Les phéromones sont des substances chimiques sécrétées par certaines espèces d'insectes (probablement beaucoup plus d'espèces qu'on ne croit) pour communiquer entre membres d'une même espèce. Ce sont souvent des " phéromones sexuels " produits par une femelle pour attirer un compagnon. Ce sont les phéromones des Lepidoptera (noctuelles et papillons) que l'on connaît le mieux et elles sont produites commercialement par synthèse et mélangées aux produits appropriés. Pour servir dans les pièges, les phéromones de synthèse sont d'ordinaire introduites dans un diffuseur (petit capuchon de caoutchouc) qui est déposé dans un piège collant pour attirer les mâles.

Entreposage et manipulation

Les capuchons à phéromones (appâts) doivent être conservés dans leur emballage fermé. " Les mélanges de phéromones sont spécifiques à chaque espèce et les insectes sont sensibles à d'infimes quantités de phéromones. Quand on manipule des appâts aux phéromones (ou tout autre produit aux phéromones), il faut porter des gants jetables pour éviter la contamination croisée avec d'autres produits " (adaptation libre). C'est ce que l'on pouvait lire dans la publication 360F, Recommandations pour les cultures fruitières, 2002-2003, au chapitre sur la lutte contre les ravageurs. On y trouve des renseignements sur ce sujet et bien d'autres touchant les ennemis des cultures.
Même pour manipuler un seul type d'appât, il faut porter des gants ou utiliser des pinces jetables sinon on peut contaminer l'appât, qui se révélera moins efficace que prévu. Il faut conserver les appâts aux phéromones dans leur emballage fermé au réfrigérateur jusqu'au moment de les utiliser.

Disposition dans le champ

Les pièges collants doivent être suspendus avant que les appâts y soient installés. Ils doivent être au moins à 40 m des autres si le producteur fait du dépistage pour plus d'une espèce d'insectes. Il faut utiliser des pièges séparés pour chaque type d'appâts et les installer à au moins 40 m de tout autre piège servant à évaluer la population d'autres espèces. Cinq pièges disposés en ligne dans le verger ou le vignoble devraient suffire pour chaque type d'insecte qui est visé. Indiquer les emplacements des pièges avec du ruban voyant et prendre garde que le ruban ne colle pas aux pièges. Installer chacun au moyen des grandes attaches qui sont fournies, et le fixer de façon qu'il ne tourne pas dans le vent. Il faut étiqueter les pièges surtout s'il y en a pour différents insectes au même endroit. Toujours utiliser des pièges différents pour chaque espèce d'insectes qui est visée, ne pas utiliser plus d'un type d'appât par piège.

Il est préférable de trouver une façon sûre de suspendre l'appât à l'intérieur du piège sans qu'il ne touche la surface collante. Cependant, cette manoeuvre peut s'avérer longue et fastidieuse. Si le piège est fermement fixé à un arbre, une vigne ou un fil, l'appât peut être disposé au fond du piège où il ne devrait pas trop se déplacer.

Directives pour installer les pièges de quelques ravageurs souvent surveillés et évalués.
Ravageur Nbre de pièges Distance Hauteur Disposition en ligne
Tordeuse orientale du pêcher (TOP) 5 40 m 1,2 - 1,5 m Du bord vers l'intérieur
Tordeuse de la vigne (TV) 5 40 m Sur un 2e fil Varie selon l'endroit - il vaut mieux commencer à 10 m d'une source d'infestation probable
Tordeuse à bandes obliques (TBO) *2 40 m à mi-couvert À tout endroit facilement accessible dans les parcelles où il y a eu des dommages par le passé

*Dans le cas de la TBO, on veut dénombrer les premières captures, il faut moins de pièges. Les protocoles établis indiquent deux pièges, mais on en suggère d'ordinaire trois.

Remplacement

Si les pièges sont remplis de débris, d'autres insectes ou de morceaux de feuilles, s'ils s'affaissent parce qu'ils sont mouillés depuis longtemps, il faut les changer. L'émergence de moucherons en masse près des grands lacs remplit souvent toute la surface interne et si on tente de les nettoyer on peut éliminer toute la substance collante. Les appâts ont une durée différente; si le délai de remplacement n'est pas indiqué sur le paquet, il faut présumer qu'il s'agit d'environ six semaines. Chose certaine, ce n'est pas toute la saison! Il faut essayer de remplacer les appâts entre les générations du ravageur dont on tente d'évaluer la population. Il vaut mieux sortir les appâts de leur emballage un jour ou deux avant de les installer car ils ont tendance à produire d'intenses " bouffées " de phéromones au moment où le paquet est ouvert pour la première fois. Il en résulterait des nombres anormalement élevés d'insectes capturés, ce qui rendrait plus difficile l'interprétation des résultats.

Surveillance des pièges

Il faut vérifier les pièges à phéromones deux fois par semaine, les mêmes jours chaque fois. Vérifier les pièges une fois par semaine ne suffit souvent pas parce que l'on n'aura pas une bonne idée des envols les plus populeux. Gratter les noctuelles et les autres insectes avec un petit grattoir ou une spatule. Le producteur doit être en mesure d'identifier le ravageur qu'il cible et de consigner les résultats chaque fois. Éviter de se fier à sa mémoire!

Le producteur qui se demande EXACTEMENT quel insecte il devrait cibler doit se renseigner. Les spécialistes du MAAARO, les entomologistes de la région et les consultants en agriculture peuvent l'aider à identifier ses captures ou lui conseiller de bons manuels d'identification des insectes. Même si les phéromones visent une espèce en particulier, les pièges capturent à l'occasion d'autres insectes, passivement (ils volaient en passant), ou activement, s'il y a une très grande similarité entre les phéromones de certaines espèces. Comme ce sont des mélanges de produits chimiques, leurs principaux constituants peuvent attirer un insecte non ciblé. Ce qui importe, c'est de dénombrer seulement les ravageurs qui sont visés. En notant les captures chaque fois et en inscrivant si c'est possible les résultats sur un graphique, le producteur peut mieux visualiser ce qu'ils signifient.

Interprétation des résultats

Les chiffres qui sont consignés à partir des captures dans les pièges donnent quelques indications sur les ravageurs, mais ce n'est pas suffisant. Ils ne révèlent pas quand un certain ravageur est présent sous la forme adulte dans la région. C'est important pour certains ennemis des cultures, comme peuvent l'être pour d'autres le repère biologique (biofix), le moment du premier envol. En notant sur un graphique le total d'insectes capturés chaque jour dans les pièges, le producteur peut aussi constater si le nombre d'adultes augmente ou diminue. Ces données permettent de déterminer le meilleur moment pour intervenir. Le nombre d'insectes capturés dans les pièges ne révèle pas tout sur la pression globale exercée par les ennemis des cultures et sur ce qui devrait être considérée comme un seuil d'intervention. Le bon moment pour la pulvérisation est déterminé de façon plus exacte quand l'information est colligée à partir de plusieurs endroits, les programmes de surveillance régionale sont très utiles à cet égard.

Avec les trois ennemis du tableau précédent, voici comment l'information provenant des captures effectuées dans les pièges peut servir à déterminer le bon moment pour effectuer les pulvérisations. (À noter que cette information ne s'applique pas au producteur qui utilise des produits de confusion sexuelle pour lutter contre un ravageur). Les pulvérisations d'insecticides visent les larves nouvellement écloses, non les adultes. Pour la TV et aussi la TBO, à un certain moment les décisions ne sont pas basées sur les données provenant des pièges à phéromones. L'évaluation des populations effectuées par d'autres moyens est aussi primordiale pour les mesures de lutte antiparasitaire.

  • Pour la TOP, traiter de trois à six jours après le vol le plus populeux selon la température (il faut surtout surveiller la température, pour la première génération au printemps, le bon moment serait d'ordinaire dans les six jours après le vol le plus populeux, et trois jours seulement après ce dernier pour les génération suivantes).
  • La première génération de TV ne provoque généralement pas de dommages sauf aux endroits qui ont connu de graves infestations. Le premier traitement d'insecticide pour la deuxième génération de TV doit être effectué de cinq à sept jours après la première hausse importante des captures dans les pièges pour cette génération. L'envol de la troisième génération est souvent sporadique, il faut donc des pulvérisations aux abords des champs quand les pièges indiquent une activité, et des pulvérisations complémentaires dans le vignoble selon le degré d'activité des larves sur les grappes.
  • Pour lutter contre la TBO dans la pomme, la première pulvérisation est effectuée au printemps au moment où les larves se nourrissent des pousses apicales. Les pièges à phéromones sont installés dans le verger après la chute des pétales et les traitements contre la première génération de l'été (fin juin à début juillet) s'effectuent juste avant que n'éclosent les premiers œufs. Ce moment survient entre 170 et 210 degrés jours Celsius (base 6,1 ºC) après le repère biologique (le moment du premier envol). Pour calculer les degrés jours (DJ), utiliser la formule suivante : DJ = (degrés C quotidiens max. + degrés C quotidiens min. / 2) - 6,1º C chaque jour, puis ajouter le DJ jusqu'à ce que le seuil d'intervention (170 - 210 DJ) soit atteint. Dans le cas présent, les pièges à phéromones sont surtout utilisés pour déterminer le repère biologique.

Il ne faut pas s'inquiéter si des insectes sont encore capturés dans les pièges après une pulvérisation. La pulvérisation pour la plupart des noctuelles vise les nouvelles larves à leur sortie de l'œuf. Des adultes arriveront encore d'autres endroits et les pièges continueront de capturer des mâles. Cette situation ne veut pas dire que la pulvérisation aurait été moins efficace. Au moment de la pulvérisation, il faut afficher l'information pour que les dépisteurs puissent respecter le délai d'attente avant de revenir inspecter les rangées de pièges.

Le producteur qui n'est pas certain de bien comprendre la signification de ces données devrait consulter des experts et des spécialistes en agriculture et en lutte intégrée.

En résumé :

  • manipuler et entreposer les appâts de phéromones avec soin sinon ils perdront de leur efficacité;
  • remplacer les pièges et les appâts au besoin et ne pas s'attendre que les appâts durent toute l'année durant;
  • disposer les pièges pour qu'ils n'interfèrent pas les uns avec les autres ou avec d'autres pièges visant d'autres insectes;
  • effectuer un dépistage constant et régulier et tenir de bons dossiers;
  • être en mesure d'identifier l'insecte visé et de savoir de quoi ont l'air les autres ravageurs les plus répandus;
  • ne pas se fier seulement sur les données de captures dans les pièges pour prendre les décisions de lutte antiparasitaire;
  • suivre des formations sur le dépistage, lire la " publication 360F " et rechercher des sources d'information pour en savoir toujours plus sur le dépistage.

Note spéciale à l'intention des producteurs qui ont recours à des produits de confusion sexuelle
Les pièges à base de phéromones ont un rôle bien différent si le producteur traite son vignoble ou son verger entier avec des techniques de confusion sexuelle (CS) visant un ravageur en particulier. Bravo à ceux qui ont lancés " mais ça ne fonctionne pas dans un endroit traité aux phéromones! ". Évidemment non, puisqu'ils ne capturent aucun insecte dans une zone traitée aux phéromones (sauf quelques-uns sur le pourtour des champs). La pulvérisation de phéromones ou les diffuseurs tubulaires à enrouler remplissent la zone environnante de phéromones, ce qui rend difficile pour les mâles de trouver les femelles et aussi les appâts. On peut vouloir utiliser quand même les pièges, qui permettent de mesurer si la confusion sexuelle fonctionne! Ne pas se fier seulement aux captures dans les pièges pour s'assurer que la technique de la confusion sexuelle protège le champ! On n'insiste jamais assez sur ce point. Les pièges doivent capturer les mâles, mais ils ne donnent aucun renseignement sur le nombre de femelles accouplées qui peuvent voler de n'importe où. Un dépistage régulier et soigné à la recherche de dégâts à la culture est primordial pour s'assurer que la culture est protégée. Ce conseil s'adresse à tous, pas seulement à ceux qui utilisent les produits de CS.

Pour en savoir plus:

 


Auteur : Neil Carter - spécialiste de la lutte intégrée, Fruits tendres et raisin- - désignation antérieure/MAAARO; Hannah Fraser, - chef de programme d'entomologie, Horticulture/MAAARO
Date de création : 16 mai 2005
Dernière révision : 16 mai 2005

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