| | |||||||
La drosophile à aile tachetée, nouvelle menace pour les cultures de fruits tendres et de petits fruitsTable des matières
IntroductionLa drosophile à aile tachetée (DAT) est une mouche du vinaigre parasite d'origine asiatique qui représente une menace importante pour de nombreuses cultures fruitières. Elle a d'abord été signalée en Amérique du Nord en 2008 (Californie). Des recherches subséquentes sur le terrain en 2009 ont aussi confirmé sa présence dans les états de Floride, d'Oregon, de Washington, de la Caroline du Nord et du Sud, de l'Utah et dans la province de la Colombie- Britannique. Des études effectuées à l'échelle nationale par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) l'ont aussi détectée dans des pièges au Québec, au Manitoba et en Alberta au cours de la dernière année. Au début novembre 2010, L'ACIA a capturé des DAT dans un piège d'une zone résidentielle de la région du Niagara en Ontario. Les DAT ont peut-être été introduites par des fruits frais importés de régions qui sont infestées. Étant donné sa distribution et son potentiel de propagation par les fruits infestés, il n'est pas possible de passer une réglementation sur la DAT. Jusqu'ici, on n'a pas trouvé de larves de DAT dans les cultures fruitières en Ontario, mais selon les modèles d'introduction, d'établissement et de propagation dans les autres zones infestées, les producteurs peuvent s'attendre à en voir aux champs en 2011. La détection précoce et une action rapide sont primordiales à la maîtrise de ce ravageur. Pourquoi s'en faire?Les horticulteurs connaissent les mouches du vinaigre associées aux fruits trop mûrs, endommagés et tombés. Les DAT sont des ravageurs différents parce que la femelle est dotée d'un ovipositeur dentelé comme une scie pour percer un trou au travers du fruit intact et déposer ses ufs sous la peau. Les larves éclosent et se nourrissent du fruit, le rendant non commercialisable. Les pathogènes et autres ravageurs porteurs de maladies peuvent pénétrer dans le fruit par les trous de ponte, l'endommageant encore plus. Quelles cultures sont les plus à risque?Les DAT s'attaquent aux fruits dont la peau est mince comme la framboise, la mûre de ronce, le bleuet, la fraise, la cerise, la prune, la pêche, la nectarine et parfois le raisin. Des recherches en cours en Oregon indiquent que les légumes fruits à peau tendre comme les tomates sont aussi menacés. Identification de la DATLes adultes et les asticots de la DAT ont une apparence très semblable aux mouches du vinaigre habituellement associées aux fruits trop mûrs, pourris ou endommagés. Ils ne sont pas apparentés de près aux asticots plus gros des mouches à fruits que l'on trouve dans les fruits comme la mouche de la pomme, la mouche de l'airelle et la trypète des cerises. Adults : petites(2-3 mm) mouches aux yeux rouges avec l'abdomen jaune pâle et des stries brunes.
Figure 1 : les adultes mâles de DAT sont de petites mouches (2-3 mm de longueur) de couleur jaune pâle ou brune. Les ailes ont un point noir sur le bord antérieur de l'aile, près de l'extrémité, centré autour de la première nervure de l'aile. Les antennes sont courtes et trapues. Les pattes avant portent des peignes foncés sur les premier et deuxième segments. Crédit photo : Sheila Fitzpatrick, Agriculture & Agri-Food Canada, Pacific Agri-Food Research Centre, Agassiz.
Figure 2 : les ailes des femelles ne portent pas de point. Comme pour les mâles, les bandes foncées au bord de chaque segment abdominal sont continues vu du haut. Crédit photo : E. Beers, Washington State University
Figure 3 : les femelles sont dotées d'un ovipositeur bien développé, semblable à une scie. Le bord dentelé est plus foncé. À noter l'uf qui y est encore rattaché. Crédit photo : E. Beers, Washington State University ufs : ils sont pondus sous la peau; de couleur blanche et translucide, de forme allongée, d'environ 0,6 mm de longueur et 0,18 mm de largeur; ils sont munis d'une paire de <<tubes de respiration >> semblables à des fils sortant du trou de ponte, visibles à la surface du fruit (figure 4).
Figure 4 : les orifices de respiration fins comme un fil ressortent du trou de ponte et sont souvent visibles à la surface des fruits. Crédit photo : E. Beers, Washington State University Larves : jusqu'à 6 mm de longueur, blanches, cylindriques, avec des crochets buccaux foncés à l'avant et une paire de spiracles caudaux de couleur havane à l'arrière; un fruit peut être infesté de plusieurs asticots. À maturité, les larves sortent partiellement ou complètement du fruit et se pupifient (figure 5). Les larves doivent être élevées jusqu'au stade adulte pour une identification certaine.
Figure 5 : les larves atteignent jusqu'à
6 mm à maturité, avec des crochets buccaux foncés
(à gauche) et des spiracles caudaux de couleur havane pour
respirer (à droite). Les spiracles caudaux saillent parfois
du fruit infesté. Pupes : 3 mm de longueur, brunes; deux tiges avec
d'un côté de minuscules projections comme de petits
doigts qui sortent du fruit infesté (figure 6).
Figure 6 : pupes : d'une longueur de 3 mm, de couleur brune, de forme ovale, avec deux tiges munies de minuscules doigts d'un côté. Crédit photo : ministère de l'Agriculture de la Colombie-Britannique Reconnaître les dommages aux fruitsComme il n'est pas possible de distinguer les larves de la DAT de celles des autres mouches à fruits, la présence de larves dans des fruits intacts doit éveiller les soupçons. Les signes d'infestation par la DAT peuvent être confondus avec les indices normaux de vieillissement du fruit à maturité. La plupart des fruits mûrs non infestés montrent un léger ramollissement général après quelques jours. Si les fruits ont été attaqués par la DAT, dans les deux à trois jours de la ponte on remarquera de la moisissure précoce; le ramollissement, les rides et les dommages deviennent évidents sur la plupart des fruits après trois ou quatre jours (figures 7, 8, 9). Des trous ou des cicatrices de la grosseur d'une tête d'épingle par lesquels s'échappe de la sève sont aussi visibles (figure 10). On peut aussi voir les orifices par lesquels les larves respirent, parfois aussi les tubes de respiration (figure 11). Avec le temps, les fruits ramollissent à un point tel que la peau s'affaisse et les rides sont très visibles après environ cinq jours. Les fruits qui restent sur l'arbre après la récolte peuvent montrer des signes d'infestation grave (figure 12).
Figure 7 : les framboises sont rapidement endommagées,
elles portent des cicatrices et s'affaissent un à deux jours
après la ponte des ufs.
Figure 8 : les fraises se détériorent rapidement après la ponte des oeufs. Les fruits sont ridés et ramollis, la moisissure apparaît après seulement trois jours.
Figure 9 : les bleuets commencent à ramollir après environ trois jours. Crédit photo : V. Walton, Oregon State University
Figure 10 : cerises infestées montrant des piqûres comme des trous d'épingle et des dommages directement sous la peau. On voit ici les larves et les pupes qui sont sorties du fruit. Crédit photo : V. Walton, Oregon State University
Figure 11 : orifices de respiration sur des bleuets. Crédit photo : ministère de l'Agriculture de la Colombie-Britannique
Figure 12 : les fruits laissés sur l'arbre
après la cueillette sont souvent très infestés.
Notez la présence de pupes sur les grappes de cerises. Crédit
photo : V. Walton, Oregon State University BiologieEn Ontario à l'heure actuelle nous n'avons pas d'expérience sur le terrain de la drosophile à aile tachetée, il faut donc se fier aux renseignements recueillis de zones présentement aux prises avec ce ravageur. Dans les climats tempérés, la DAT passe l'hiver au stade adulte dans des endroits protégés, y compris des fondations et des bâtiments chauffés. Elle retourne dans les cultures hôtes au printemps. Les adultes ont une vie relativement longue, aussi des générations multiples peuvent se chevaucher chaque année. La femelle peut pondre jusqu'à 383 ufs pendant sa durée de vie. Les adultes deviennent actifs au printemps, les dommages aux fruits surviennent quand ces derniers commencent à mûrir tout au long de la saison de culture. Les modèles climatiques indiquent que les DAT survivent aux hivers ontariens, mais pour en savoir plus il faut poursuivre les recherches dans nos zones de production fruitière. Lutte contre ce ravageurLa lutte contre la DAT est une combinaison de mesures incluant la surveillance, la lutte culturale (mesures d'assainissement, récolte au moment opportun) et des traitements avec des insecticides homologués. DépistageLe dépistage de la DAT combine des pièges avec des appâts pour recueillir des ravageurs adultes et l'inspection de fruits susceptibles à l'approche de la cueillette pour déterminer la présence de larves. On trouve dans le commerce des pièges pour les mouches à fruits qui conviennent à la capture des DAT adultes (figure 13). Le producteur peut aussi fabriquer des pièges simples avec un contenant de plastique de 250-750 ml avec un couvercle. Percer les contenants de 4 à 6 petits trous (0,5 cm) qui permettent aux mouches DAT d'entrer et évitent d'attirer des espèces plus grosses. Comme appât mettre dans les pièges une petite quantité de vinaigre de cidre, inspecter régulièrement. Installer les pièges quand la température reste constamment supérieure à 10°C, quand les fruits commencent à se former, au moins un mois avant le mûrissement. Une fois que les fruits commencent à mûrir, les mouches seront moins attirées par les pièges. Il faut remplacer le vinaigre de cidre chaque semaine.
Figure 13 : les pièges à mouches à fruits Contech peuvent servir au dépistage des DAT, mais des pièges maisons font aussi l'affaire. Utiliser seulement du vinaigre de cidre, qui doit être remplacé chaque semaine. Crédit photo : E. Beers, Washington State University
Lutte culturaleLes moyens de lutte culturale sont importants pour la maîtrise de ce ravageur. L'élimination des fruits tombés ou trop mûrs, la cueillette au moment opportun et l'éradication des hôtes sauvages permettent de réduire les populations. Le compostage ne constitue pas une solution fiable pour détruire les oeufs et les larves dans les fruits. Il faut enterrer tous les fruits de rebut (à 30 cm et plus) ou les éliminer dans un contenant scellé. InsecticidesQuand on détecte les mouches dans les pièges et que les fruits sont à un stade sensible (dès qu'ils commencent à se colorer), il faut appliquer un insecticide. Il faut protéger les fruits dès qu'ils commencent à se colorer jusqu'à la fin de la cueillette. Il faudra peut-être une autre application selon l'activité résiduelle du produit. En Colombie-Britannique, plusieurs produits sont homologués pour un usage en situation d'urgence contre les DAT dans de multiples cultures fruitières. Ces homologations ont expiré à la fin de l'année dernière et doivent être renouvelées pour 2011. Le MAAARO travaille en collaboration avec la C.-B. et les autres provinces touchées afin d'élaborer les outils de lutte nécessaires et de mettre sur pied des réseaux de surveillance et des stratégies de lutte pour 2011. Comment pouvez-vous aider?À ce stade, nous n'avons pas de données sur le terrain concernant la DAT en Ontario. La détection précoce est nécessaire pour réduire le potentiel de dommage causé par ce ravageur. Si vous soupçonnez la présence de DAT, il importe de prélever des échantillons et de les faire analyser au plus tôt. Recueillez des échantillons de fruits infestés ou d'insectes adultes pris au piège et soumettez-les à la clinique de diagnostic phytosanitaire (Université de Guelph), ou communiquez avec le MAAARO. Affiche : La drosophile à aile tachetée |
|||||||
| Auteur : | Hannah Fraser, chargée de programme, entomologie des cultures horticoles, Denise Beaton, chargée de programme, protection des cultures et Pam Fisher, spécialiste de la culture des petits fruits MAAARO |
|---|---|
| Date de création : | 09 décembre 2010 |
| Dernière révision : | 31 janvier 2011 |