Tordeuse à bandes
obliques
Extrait du Publication 310F, Lutte intégrée
contre les ennemis du pommier.
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Table des matières
- Introduction
- Description
- Cycle biologique
- Dommages
- Surveillance et seuils d'intervention
- Lutte
Introduction
La tordeuse à bandes obliques, Choristoneura roseceana
(Harris), un papillon de nuit de la famille des tortricidés,
est présente dans les régions pomicoles partout en
Amérique du Nord. Jadis considérée comme un
ravageur de peu d'importance, cet insecte est devenu un ennemi redoutable
des pommiers en Ontario depuis l'apparition dans la plupart des
vergers commerciaux, d'une résistance aux insecticides organophosphorés.
Certaines populations de tordeuses à bandes obliques afficheraient
également une résistance croisée à des
pyréthrinoïdes ainsi qu'à des régulateurs
de la croissance des insectes.
La tordeuse à bandes obliques possède un éventail
extrêmement vaste d'hôtes. Elle se nourrit de toutes
les espèces d'arbres fruitiers, de feuillus (p. ex. érable,
aubépine et pommetier), du cornouiller à grappes et
de ronces (p. ex. framboisiers et mûriers).
Description
Les ufs sont pondus sur le dessus des feuilles par plaques
(7-14 mm) qui peuvent contenir plusieurs centaines d'ufs et
font penser à des petites cochenilles empilées les
unes sur les autres (Figure 4-96).

Figure 4-96. Masse d'ufs pondus sur le dessus
de la feuille.
Les masses d'ufs vont du vert pâle au vert jaunâtre.
Avant l'éclosion, le contenu des ufs noircit et l'on
peut entrevoir la tête noire de la larve. Après l'éclosion,
les masses d'ufs vidés de leur contenu restent souvent
sur les feuilles et paraissent blanches contre le vert sombre des
feuilles. Les larves passent par six stades larvaires, au terme
desquels elles atteignent une longueur de 20-30 mm. Leur corps va
du vert pâle au vert jaunâtre ou au vert foncé.
Elles ont une capsule céphalique qui est habituellement brun
foncé ou noire et possèdent un article de la même
couleur juste derrière la tête (bouclier prothoracique).
Souvent, une bande blanche ou crème sépare la capsule
céphalique du bouclier prothoracique (Figure 4-97).

Figure 4-97. Larve de la tordeuse à bandes
obliques.
Les pupes, d'un brun rougeâtre sombre, se forment dans des
endroits abrités, souvent à l'intérieur de
l'étui formé par les feuilles enroulées par
les larves (Figure 4-98). Leur longueur varie de 11 à 14
mm.

Figure 4-98. Pupe de la tordeuse à bandes
obliques.
La couleur de l'adulte varie de brun clair à brun foncé
avec des bandes sombres sur les ailes antérieures (figure
4-99). Les femelles sont plus grosses et généralement
plus foncées que les mâles. L'envergure des ailes chez
les mâles et les femelles se situe respectivement dans les
fourchettes de 16-22 mm et de 24-30 mm. Les femelles volent difficilement.
Les individus des deux sexes sont surtout actifs à la tombée
de la nuit.

Figure 4-99. Adulte de la tordeuse à bandes
obliques.
Cycle biologique
La tordeuse à bandes obliques hiverne à l'état
de larve du deuxième ou du troisième stades larvaires
dans des hibernacula (cocons temporaires servant de gîte hivernal)
sous l'écorce ou dans les fourches à la naissance
des grosses branches. Au début du printemps (du prébouton
rose à la floraison), une fois que les températures
s'élèvent au-dessus de 10 ºC, les larves s'activent
et migrent vers les lambourdes et les boutons. Au fur et à
mesure que les feuilles s'épanouissent, les larves se déplacent
vers les pousses terminales où elles tissent des toiles qui
provoquent la torsion des feuilles terminales. Il s'agit d'un mécanisme
de défense, fruit d'une évolution qui protège
les larves non seulement de leurs prédateurs, notamment des
oiseaux, mais aussi des traitements insecticides. La pupaison se
produit en général au début de juin à
l'intérieur des feuilles ainsi tordues. L'émergence
des adultes s'étale sur quatre à cinq semaines, de
la fin juin jusqu'à la fin juillet. Le gros des activités
de reproduction et de ponte s'effectue dans la partie supérieure
de la frondaison, mais on peut également observer des masses
d'ufs dans la partie basse du feuillage. Les larves nouvellement
écloses (ou larves de la génération estivale)
dispersent les masses d'ufs en rampant vers d'autres feuilles
ou en se balançant suspendues à des soies. À
la faveur des courants d'air, ces larves qui flottent au vent se
dispersent vers les pommiers avoisinants. Elles commencent par se
nourrir des feuilles qui se trouvent sur le point de croissance
et autour de celui-ci. Dès le début juillet, quand
les pousses terminales commencent à s'endurcir, les larves
migrent vers les bouquets de fruits et se nourrissent des fruits
et des feuilles adjacentes. Puis, vient la pupaison et, par la suite,
l'apparition des adultes, entre le début d'août et
le début de septembre. Les adultes s'accouplent et les femelles
pondent leurs ufs. Les larves appartenant à cette génération
sont actives pendant une bonne partie de septembre, puis entrent
dans les hibernacula pour y hiverner. La tordeuse à bandes
obliques produit deux générations par année.
Dommages
Les lésions causées en début de saison sur
les boutons, les feuilles et les fleurs (par l'alimentation des
larves du printemps) (Figure 4-100) ont rarement une incidence économique.

Figure 4-100. Extrémité des pousses
dévorées.
Les larves hivernantes se nourrissent également des jeunes
fruits dans lesquels elles creusent des trous profonds (Figure 4-101).
Il n'est pas rare que ces fruits avortent au moment de la chute
de juin. Les fruits qui restent sur la branche jusqu'à la
cueillette portent de profondes marques de roussissure et des cicatrices
liégeuses, qu'il est impossible de distinguer des lésions
attribuables à d'autres chenilles actives au printemps, comme
celle de la noctuelle des fruits verts.

Figure 4-101. Fruit portant les marques des déprédations
causées au printemps.
Les dommages causés sur les pousses terminales au printemps
ou durant l'été ne sont préoccupants que dans
le cas des cultures de pépinière et dans le cas des
jeunes plantations de pommiers non productifs. Les larves de la
génération estivale se nourrissent à la surface
des fruits, aux endroits où elles sont protégées
par une feuille ou au point de contact entre deux pommes. Ces lésions
peuvent être étendues et former une croûte au
moment de la cueillette. Elles sont souvent entourées de
zones claires à l'endroit où les feuilles étaient
attachées (Figure 4-102).

Figure 4-102. Lésions attribuables aux larves
de la génération estivale.
Les dommages causés aux fruits en fin de saison sont attribuables
aux jeunes larves hivernantes qui creusent un ou plusieurs petits
trous circulaires à la surface du fruit. Les lésions
ou piqûres faites en fin de saison passent souvent inaperçues
à la cueillette, mais deviennent apparentes plus tard lorsque,
durant l'entreposage, la chair entourant ces petits trous se détériore
ou s'assèche (Figure 4-103). Les lésions apparaissent
le plus souvent sur les fruits qui sont regroupés en bouquets
ou ceux qui sont restés en contact avec une feuille, des
situations qui offrent aux larves d'excellents endroits où
s'abriter.

Figure 4-103. Lésions ou piqûres causées
en fin de saison.
Même si la tordeuse à bandes obliques s'attaque à
tous les cultivars de pommiers, certains, comme les Gingergold,
Paulared, Jerseymac et d'autres cultivars hâtifs, supportent
davantage les infestations, peut-être parce que ces cultivars
s'éclaircissent plus difficilement ou parce qu'ils possèdent
des feuilles plus grosses. Dans le cas des cultivars Red Delicious,
McIntosh, Ida Red, Golden Delicious, Mutsu, Spartan et Cortland,
jusqu'à 50 % des pommes peuvent être atteintes.
Surveillance et seuils d'intervention
Les techniques de surveillance de la tordeuse à bandes obliques
varient selon la génération visée. Dans le
cas des larves hivernantes présentes du prébouton
rose au calice, vérifier 5 pousses terminales et 5 boutons
sur chacun de 10 pommiers (50 pousses terminales et 50 boutons au
total), à la recherche de signes de l'activité des
chenilles. Un traitement insecticide est généralement
recommandé quand le seuil de 1-2 larves est atteint après
l'examen des 50 pousses et des 50 boutons. On applique alors un
insecticide dirigé contre les larves hivernantes au moment
où la plupart de celles-ci sont actives, soit au stade calice.
On doit traiter les vergers ayant produit l'année précédente
une récolte touchée à plus de 2 % par des lésions
de la tordeuse.
Utiliser des pièges à phéromones et un modèle
de degrés-jours pour prévoir le moment des traitements
dirigés contre la génération estivale et faire
suivre les traitements d'opérations de dépistage visant
à surveiller l'activité des larves et les lésions
aux fruits.
Après le calice, suspendre quatre pièges à
phéromones dans chaque bloc de 10 hectares en laissant 30
m entre les pièges le long d'une rangée de pommiers.
Trouver des endroits facilement accessibles où placer les
pièges dans les blocs de vergers ayant déjà
subi des infestations de ce ravageur. Attacher les pièges
aux grosses branches, à la hauteur des yeux, là où
la circulation d'air est bonne. Vérifier les pièges
deux fois par semaine et prendre note de toutes les captures.
Selon le modèle de degrés-jours applicable à
la tordeuse à bandes obliques, les degrés-jours commencent
à s'accumuler à partir du premier vol substantiel
d'adultes dans les pièges. À l'aide des minimums et
maximums enregistrés quotidiennement, on calcule les degrés-jours
Celsius (DJC) en se servant de l'équation que voici :
DJC= [(temp. max.(°C) + temp. min.(°C)/2]
- 6,1°C
Les DJC sont comptabilisés chaque jour. À 244 DJC,
les ufs de la première génération estivale
commencent à éclore et à 433 DJC, 95 % des
ufs ont déjà éclos. Les larves immatures
sont très petites et difficiles à voir. Les larves
se nourrissent d'abord des pousses terminales tendres, des pousses
adventives et des fruits en croissance. À partir du troisième
stade larvaire, elles causent davantage de dommages aux fruits.
Surveiller l'apparition des larves en examinant 5 pousses et 5 fruits
de chacun de 10 pommiers situés dans un bloc de 4 hectares,
à la recherche de larves ou de lésions causées
par celles-ci. Souvent, dans les vergers, les lésions sont
plus faciles à voir que les larves.
Il est recommandé d'intervenir pour lutter contre la génération
estivale dès que 1 à 2 % des pousses terminales ou
des fruits sont infestés. Procéder à un nouvel
échantillonnage trois à cinq jours plus tard pour
s'assurer de ne pas avoir sous-estimé l'importance des populations.
À partir d'une accumulation de 240-280 DJC, si de 1 à
2 % des pousses terminales ou des fruits sont infestés, un
traitement insecticide est recommandé. Il peut arriver qu'il
faille répéter le traitement les années où
l'apparition des larves de la génération estivale
se prolonge sur quatre à cinq semaines.
Lutte
Un certain nombre de guêpes parasites (Ichneumonidae, Braconidae,
Trichogrammidae) et de mouches (Tachinidae) (Figure 4-104) s'attaquent
aux larves de la tordeuse à bandes obliques. Dans les vergers
où l'on emploie des produits compatibles avec la lutte intégrée,
ces parasitoïdes peuvent réduire temporairement les
populations de tordeuses, sans toutefois offrir une maîtrise
suffisante.

Figure 4-104. Larve parasitée et pupe
de tachinidé.
Plusieurs pratiques culturales permettent d'atténuer la
gravité des sévices causés par la tordeuse
à bandes obliques. Procéder diligemment à un
éclaircissage manuel ou chimique afin de réduire les
bouquets à un seul fruit et afin de priver ainsi les tordeuses
de lieux abrités d'où elles peuvent s'attaquer aux
fruits.
Faire un élagage annuel afin d'ouvrir la frondaison et d'améliorer
ainsi le recouvrement lors des pulvérisations. Éviter
les apports excessifs d'azote afin de limiter la croissance luxuriante
et la durée de la croissance végétative, de
façon à ne pas attirer la tordeuse à bandes
obliques.
Les producteurs ont à leur disposition de nombreux produits
efficaces pour combattre les tordeuses à bandes obliques.
Mettre en uvre des programmes de gestion des résistances
afin de garantir que les insecticides actuellement offerts restent
efficaces à long terme. Au moment de recourir à la
lutte chimique, n'utiliser qu'un seul insecticide contre une même
génération. Si l'on emploie des insecticides pour
combattre deux générations, s'assurer d'employer un
produit appartenant à un groupe chimique différent
quand le traitement est dirigé contre une nouvelle génération.
Pour plus d'information sur les stratégies de gestion des
résistances et les produits offerts sur le marché
pour lutter contre la tordeuse à bandes obliques, voir la
publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières.