Le sol vivant : mieux compredre son rôle pour optimiser vos pratiques
agricoles
Partie 4 - Les vers de terre : de véritables petites merveilles
Publié originalement dans Country Guide,
printemps 2001
| Partie
1 - Introduction | Partie
2 - Insecte utile ou nuisible? | Partie
3 - Le bon, la brute et le truand |
| Partie 4 - Les vers
de terre : des véritables petites merveilles |
Table des matières
Introduction
Les espèces de vers de terre et leur habitat
Pour augmenter les populations de vers de terre
Trois observations sur les vers de terre
Liens annexes
Introduction
Les vers de terre ne font pas qu'améliorer la texture du sol.
Ils nous renseignent énormément sur la qualité
de la gestion des sols.
Les vers de terre sont les organismes du sol qui sont les plus faciles
à reconnaître. Les agriculteurs et les jardiniers les
considèrent depuis longtemps comme les indicateurs d'un sol
en bonne santé. Les nouveaux adeptes du semis directs rapportent
que leur sol est en meilleur état en raison de l'augmentation
des populations de vers de terre, et ils ont raison de faire cette
affirmation. En fait, les vers de terre sont souvent considérés
comme des organismes indicateurs pour suivre les changements dans
la qualité des sols.
Les agriculteurs peuvent apprendre beaucoup au sujet de leurs sols
en observant les populations de vers de terre. Il y a aussi une question
de gestion. Bon nombre de pratiques agricoles ayant un effet sur les
vers de terre influent aussi sur les organismes du sol. En raison
de leur taille, toutefois, les vers sont faciles à étudier
et à surveiller. Alors regardons de plus près cette
brave créature.
Les espèces de vers de terre et leur
habitat
Il existe des milliers d'espèces de vers de terre dans le
monde, mais on en compte qu'une vingtaine au Canada. Les espèces
que l'on retrouve au pays (sauf dans une petite région de l'île
de Vancouver) ne sont pas indigènes. Les vers de terre indigènes
ont été éliminés par les calottes glaciaires
qui ont recouvert le Canada il y a environ 15 000 ans. Les vers de
terre du Canada ont été en quelque sorte importés
d'Europe par les premiers colons sur les porte-greffes qu'ils apportaient
avec eux et dans la terre qu'on utilisait comme lest pour les bateaux.
Les vers de terre sont plus abondants dans les sols de texture fine
et moyenne (les sols argileux et les loams). Ils sont moins répandus
dans les sables, les graviers et les sols acides. Les vers de terre
respirent par la peau et doivent rester humides pour survivre. Ils
tendent à se déshydrater dans les sols qui demeurent
longtemps secs.
On trouve deux types de vers de terre dans les sols agricoles du
Canada. D'abord, Lumbricus terrestris, appelé lombric ou ver
de terre commun, qui creuse de profondes galeries dans le sol. Il
s'agit des vers qui sont généralement vendus comme appâts
pour la pêche. Les adultes mesurent de 10 à 30 cm de
longueur. Ils creusent de larges tunnels verticaux permanents qui
pénètrent jusqu'à deux mètres de profondeur
dans le sol. Ils entraînent dans leur tunnel les débris
végétaux de la surface, et dans certains cas du matériel
vivant, qui sont ameublis avant d'être ingérés.
Dans les champs qui contiennent suffisamment de résidus à
la surface, on peut observer des turricules (mélanges de résidus
de plantes, d'excréments de vers et de petits cailloux), formés
par les vers au-dessus de l'entrée de leurs tunnels. Ces petits
monticules protègent les tunnels et servent de garde-manger.
Le travail du sol et les rotations qui réduisent les quantités
de résidus à la surface du sol exercent beaucoup d'effet
sur les populations de vers de terre communs. Le labour peut déranger
les ufs qui ont été pondus à la surface,
endommager les tunnels et blesser les vers. Si vous souhaitez favoriser
la présence des vers de terre, laissez des résidus de
culture à la surface du sol, car ils sont nécessaires
à leur alimentation et à leur protection.
On retrouve aussi, dans les champs cultivés, des vers qui
habitent dans la couche supérieure du sol. Plusieurs de ces
espèces de plus petite taille se tiennent dans les 10 à
30 premiers centimètres du sol. Les adultes peuvent mesurer
moins de 20 mm jusqu'à plus de 15cm. Ces vers de terre ne construisent
pas de tunnels permanents, mais se promènent ici et là
dans le sol. Le travail du sol les dérange aussi, car toute
réduction de résidus à la surface fait baisser
les populations. Les cultures en croissance et les résidus
de culture leur fournissent la nourriture et protègent le sol
des fluctuations extrêmes d'humidité et de température
qui réduisent aussi les populations de vers.
Pour augmenter les populations de vers de
terre
Les vers de terre, tout comme les autres organismes qui recyclent
les éléments nutritifs du sol et stabilisent sa structure,
contribuent à la santé du sol. Il est intéressant
d'observer les fluctuations dans les populations de vers de terre
pour vérifier l'effet des pratiques agricoles sur la vie du
sol.
Les vers mélangent le sol et les résidus de culture
en favorisant la décomposition de la matière organique
et le recyclage des éléments nutritifs. Ils laissent
des empreintes remplies de ces éléments sur les murs
de leurs tunnels. Les racines des plantes se développent souvent
le long de ses tunnels ou à l'intérieur de ceux-ci,
et profitent de la structure améliorée du sol, des plus
grandes quantités d'éléments nutritifs qui s'y
trouvent et de la texture meuble du sol le long du tunnel qui favorise
l'étalement des racines.
Les tunnels contribuent à accroître la porosité
du sol, en facilitant le déplacement de l'air et de l'eau.
Les macropores formées par les tunnels des vers de terre communs
facilitent le drainage. L'amélioration rapide du drainage observée
dès qu'on adopte la technique du semis direct est attribuable
aux tunnels verticaux formés par les vers.
Les prédateurs des vers de terre sont nombreux : les oiseaux,
les ratons laveurs, d'autres petits animaux et un grand nombre d'insectes
nuisibles aux cultures dont la pollenie du lombric. Cette dernière
est répandue dans les vieilles demeures rurales et se reproduit
en pondant des ufs sur une espèce particulière
de ver de terre.
Ce sont toutefois les activités humaines qui ont le plus d'effet
sur les populations de vers. Le déplacement de la terre pour
la construction de maisons et les dérangements à grande
échelle ont le plus d'impact, suivis du travail du sol intensif
et de l'insuffisance des rotations. L'application de pesticides n'a
habituellement pas d'effet sur les populations de vers de terre.
Il est rentable d'encourager l'abondance et la diversité des
populations de vers de terre dans le sol. Certains ensemencent leurs
champs avec des ufs de vers de terre, mais l'amélioration
des techniques culturales est plus efficace. Si la source de nourriture
et l'habitat requis font défaut, les vers ne se développeront
pas et ne se reproduiront pas.
Pour accroître la population de vers de terre sur votre ferme,
réduisez ou éliminez le travail du sol; variez les rotations
avec des fourrages et des petites céréales; épandez
du fumier ou gardez des résidus de culture à la surface
et semez des cultures de couverture.
Trois observations sur les vers de terre
- Le ramassage des vers de terre pour le marché des appâts
aux États-Unis est un gros commerce. Dans la plupart des
champs ayant des populations de vers de terre assez élevées
pour intéresser les ramasseurs (champs sans travail du sol,
foin, pâturage, pelouse) les vers peuvent être ramassés
de façon limitée avec peu ou pas d'effet négatif.
Soyez vigilants toutefois lorsque vous signez un contrat avec des
ramasseurs. Pour plus d'information sur le ramassage des vers, consulter
le site Web d'Agriculture Canada.
- Les goélands sont souvent blâmés pour les
pertes importantes de vers de terre après le labourage. Mais
le labourage cause plus de dommages que les goélands. Les
goélands mangent les vers et d'autres organismes du sol qui
ont été perturbés ou sont remontés à
la surface en raison du labour.
- L'application d'ammonium anhydre et de fumigants tue les vers
de terre dans la bande de terre ainsi stérilisée.
Généralement, l'effet ne persiste pas, car les populations
se renouvellent dans le sol environnant. Attention : il se peut
que les populations ne se renouvellent pas si les rotations et les
pratiques culturales ne favorisent pas la présence des vers.
| Haut de la page |
Liens annexes
d'Agriculture
Canada
Publication 811F : Guide
agronomique des grandes cultures : chapitre 2
Gestion des sols
Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel :
ag.info.omafra@ontario.ca