Le sol vivant : meiux comprendre son rôle pour optimiser vos pratiques
agricoles
Partie 1 - Introduction
Publié originalement dans Country Guide,
printemps 2001
| Partie
1 - Introduction | Partie
2 - Insecte utile ou nuisible? | Partie
3 - Le bon, la brute et le truand |
| Partie 4 - Les vers
de terre : des véritables petites merveilles |
Table des matières
Introduction
Le sol vivant
Le cycle de l'azote
L'activité biologique des organismes vivants
du sol
Les organismes du sol
Ne le écrasez surtout pas!
Liens annexes
Introduction
Les organismes qui vivent dans le sol peuvent favoriser
la croissance des cultures commerciales ou nuire à ces dernières.
Nos connaissances sur ces créatures souterraines demeurent
toutefois limitées. Dans cette série d'articles sur
le sol vivant, la spécialiste en gestion des sols du MAAARO,
Anne Verhallen, apporte un certain éclairage sur ce monde caché.
Le premier document présente un aperçu du sujet qui
sera suivi d'un examen plus détaillé de certains organismes
utiles et nuisibles du sol, ainsi que des pratiques agricoles qui
peuvent être modifiées pour favoriser ou entraver leur
présence.
Le sol vivant
Les agriculteurs parcourent leurs champs à pied
ou en véhicule; ils y appliquent divers produits et font leurs
récoltes sans vraiment se soucier de toute la vie qui anime
la surface du sol ni de ce qui peut influer sur les organismes qui
l'habitent. Mais il se passe plein de choses sous leurs pieds et tout
agriculteur a intérêt à approfondir ses connaissances
à ce sujet.
Les organismes du sol sont essentiels à la décomposition,
la minéralisation et la dégradation des éventuels
polluants. Nous avons besoin des organismes du sol et nous devons
nous efforcer d'encourager leur survie.
Le cycle de l'azote
Le cycle de l'azote est un bon exemple de la très grande importance
des organismes qui vivent dans le sol. Le cycle débute lorsque
les bactéries dans les nodules des racines de légumineuses
comme la luzerne et le soya transforment l'azote gazeux de l'air en
ions ammonium ou nitrate dans les nodules.
Divers microorganismes décomposent ensuite les tissus végétaux
riches en azote pour libérer l'ammonium dans le sol. Cette
étape du cycle de l'azote s'appelle la minéralisation.
Ensuite, un autre groupe de microorganismes du sol transforment l'ammonium
en nitrates; ces derniers représentent la source d'azote la
plus facilement assimilable par les plantes.
Une partie de l'ammonium et des nitrates est cependant absorbée
par d'autres microorganismes. L'azote est donc temporairement inaccessible
pour les plantes. Il est en fait entreposé pour être
utilisé plus tard. Lorsque les microorganismes meurent, l'azote
qu'ils contiennent est libéré et assimilé par
d'autres organismes ou végétaux.
L'étape finale du cycle s'appelle dénitrification,
au cours de laquelle un autre groupe de bactéries transforment
le nitrate en gaz azoté qui est libéré dans l'atmosphère.
Cette étape se déroule principalement lorsque le sol
est saturé d'eau.
Les bactéries du sol ont besoin d'azote pour décomposer
les résidus des végétaux, surtout constitués
de composés de carbone, ainsi que pour libérer l'ammonium
(minéralisation). Si les résidus ne contiennent pas suffisamment
de réserves d'azote, les bactéries absorberont l'azote
du sol, y compris celui qui a été ajouté sous forme
d'engrais. Ce phénomène s'appelle l'immobilisation.
La minéralisation se produit lorsque le rapport carbone :
azote est inférieur à 25:1. Lorsque ce rapport est supérieur
à 25:1, il y a immobilisation. Le foin de luzerne à
13:1, par exemple, permet à la minéralisation de se
produire. Mais les tiges de maïs (60:1) et le bran de scie (400:1)
occasionnent l'immobilisation de l'azote, c'est-à-dire que
ce dernier est présent dans le sol, mais temporairement inassimilable
par les plantes.
| Haut de la page |
L'activité biologique des organismes
vivants du sol
L'activité biologique des organismes vivants du sol contribue
à construire et à maintenir la structure du sol et à
le garder meuble. Les fourmis, les insectes et les vers de terre par
exemple, creusent des tunnels (macropores) qui permettent à
l'eau de pénétrer dans le sol et d'y circuler rapidement.
Dans les systèmes de culture sans travail du sol, la majorité
des macropores ne sont pas perturbées, ce qui explique pourquoi
les agriculteurs signalent que le drainage des champs se fait mieux
lorsque ces derniers ne sont pas labourés. La diversité
des formes de vie dans le sol contribue aussi à améliorer
sa structure en mélangeant les particules de sol avec la matière
organique.
Le degré d'activité biologique détermine une
grande partie de la résilience du sol, ou sa capacité
à se rétablir à la suite de stress lié
au compactage, à l'excès d'eau et au labour. Pensez
aux champs que vous connaissez bien. Un champ dont le sol a une grande
résilience est celui qui semble toujours donner de bonnes récoltes,
quelles que soient les conditions.
Les organismes du sol
Les organismes du sol influent directement sur la santé des
plantes. Certains sont des ennemis des cultures et d'autres sont des
prédateurs de ces derniers. Un sol contenant une grande diversité
d'organismes a plus de chances d'être en santé et de
propager moins de maladies aux plantes.
Le sol est vraiment une entité vivante, remplie de végétaux
et d'animaux presque invisibles. Les articles qui suivront donneront
une idée plus précise de l'importance de ces organismes
pour les cultures et de l'effet des différentes pratiques agricoles.
La prochaine section sur les carabes donne un exemple des chroniques
à venir.
Ne les écrasez surtout pas!
Le carabe est un grand incompris depuis trop longtemps. Cet insecte
est souvent considéré comme un ravageur, alors qu'en
fait il est utile pour les cultures.
Quelques observations - Plus de 2 500 espèces de carabes ont
été répertoriées en Amérique du
Nord. Ils sont généralement brun foncé ou noirs,
mais certains sont d'un bleu, vert, mauve ou cuivre métallique
irisé. Les adultes ont une forme légèrement aplatie
et allongée et leur taille oscille entre 0,6 et 2,5 cm de longueur.
La plupart des carabes restent sur le sol, sous les roches, les agrégats
de sol, le bois en décomposition et les résidus de cultures
ou dans les tunnels souterrains. Très peu grimpent sur la végétation.
Lorsqu'ils sont dérangés, ils s'enfuient rapidement
et ne volent que rarement. Ils ont tendance à se cacher durant
le jour et à s'alimenter la nuit. On compte généralement
une génération par année et les adultes peuvent
vivre jusqu'à trois ans.
Les adultes et les larves se nourrissent d'insectes dont plusieurs
ennemis des cultures comprenant, entre autres, le doryphore, la pyrale
du maïs, la chrysomèle des racines du maïs, les légionnaires
uniponctuées, la mouche du chou, la fausse-teigne des crucifères,
la mineuse marbrée et les vers gris.
Des populations élevées de carabes peuvent contribuer
à garder les ravageurs sous les seuils critiques. Des études
menées en Iowa ont démontré que les carabes consomment
jusqu'à cinq larves de vers gris par jour ou 13 ufs de
vers gris par semaine. Par ailleurs, des populations suffisamment
élevées de carabes peuvent réduire de 98 % les
dommages causés par le ver gris.
Dans les champs, la présence de populations élevées
de carabes témoigne d'un écosystème sain. Il
est possible d'accroître les populations par des cultures de
couverture et un travail minimum du sol, car les résidus ainsi
laissés à la surface du sol servent d'habitat aux carabes.
Une utilisation réduite d'insecticides contribue aussi à
maintenir les populations de ce précieux insecte.
Par contre, les carabes se retrouvent occasionnellement à
l'intérieur des maisons. Ils sont peut-être désagréables,
mais ils ne sont pas nuisibles pour les humains ni pour les animaux
et ne causent pas de dommages aux bâtiments. Ne les écrasez
pas cependant, car ils peuvent alors dégager une odeur nauséabonde
qui leur sert de protection contre leurs ennemis. Réduisez
plutôt les quantités de résidus de végétaux
autour des murs extérieurs e bouchez les fissures et les autres
orifices pour garder les carabes à l'écart de la maison.
Quelques espèces de carabes peuvent causer du tort aux cultures.
En Ontario, on retrouve rarement le carabe du maïs et l'espèce
Clivinia impresssifrons. Le carabe du maïs est brun pâle,
sa tête est noire et son dos est recouvert de deux larges rayures
noires. L'espèce Clivinia impresssifrons, plus effilée,
est d'un rouge sombre et luisant et n'a pas de rayures.
Les deux espèces adultes peuvent causer des dommages aux semences
de maïs plantées en sol frais ou sous d'autres conditions
propices à ralentir la germination. Les larves de ces espèces,
toutefois, sont des prédateurs d'insectes nuisibles. Les avantages
des carabes dépassent de beaucoup les dommages que le carabe
adulte du maïs peut causer en Ontario. L'utilisation d'insecticides
de semences contre le carabe du maïs n'est ni recommandée
ni économique.
Alors, la prochaine fois que vous parcourez vos champs et que vous
remarquez la présence d'un carabe, souriez sans l'écraser.
Cette petite créature est votre amie.
Liens annexes
Publication 811F : Guide
agronomique des grandes cultures : chapitre 2
Gestion des sols
Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel :
ag.info.omafra@ontario.ca