Le millepertuis et la chrysomèle
Table of Contents
- Introduction
- Chrysomèle du millepertuis
- Description
- Dommages
- Cycle biologique
- Lien avec l'anthracnose
- Références
Introduction

Le millepertuis et la chrysomèle
Le millepertuis a longtemps été considéré
comme une plante avec des propriétés magiques ou folkloriques.
À l'époque médiévale la croyance voulait qu'en
mettant le pied sur la plante après la tombée de la nuit
vous étiez transporté dans les cieux sur un cheval magique
et vous reveniez sur terre seulement après le lever du soleil.
Le millepertuis était partout appelé " la grâce
de Dieu ". En Angleterre il servait contre la mélancolie,
en Russie à guérir la rage et au Brésil à
soigner les morsures de serpent. Les fleurs écrasées produisent
un pigment rouge (hypéricine) dont l'apparence ressemble à
du sang. Son nom en anglais (St. John's Wort) provient du fait que la
récolte des fleurs est d'ordinaire effectuée autour du solstice
d'été ou de la fête de la Saint-Jean, le 24 juin.
C'est une herbe extrêmement attirante pour les chats et les rats
et selon la légende ces derniers étaient sortis d'Hamelin
en suivant le joueur de flûte. Par ailleurs, elle exerce aussi un
très grand pouvoir d'attraction pour certaines espèces de
chrysomèles.
De nos jours le millepertuis est l'une des herbes médicinales
les plus populaires. Il est largement utilisé en Europe pour traiter
les cas de dépression légère. Il possède aussi
des propriétés antivirales et antibactériennes et
il favorise le rétablissement des nerfs malades.
Le produit chimique le plus souvent associé au millepertuis est
l'hypéricine, qui sert de " repère " de l'activité
médicinale. De récentes recherches ont révélé
que cette herbe médicinale pourrait recéler jusqu'à
50 produits chimiques dotés de propriétés médicinales
diverses. Comme c'est le cas de nombreuses autres herbes médicinales,
les nombreuses propriétés médicamenteuses de cette
herbe ne peuvent être attribuées à une seule substance.
En plus d'être une herbe médicinale reconnue, le millepertuis
est aussi une mauvaise herbe très nuisible des pâturages
de certaines régions de l'Amérique du Nord. Comme de nombreux
animaux d'élevage qui broutent du millepertuis réagissent
à l'hypéricine, cette mauvaise herbe a fait l'objet de l'un
des premiers programmes de lutte biologique qui a connu un franc succès.

Chrysomèle du millepertuis
D'origine européenne, le millepertuis a d'abord été
introduit en Amérique du Nord en 1793 en Pennsylvanie. Son établissement
dans l'Est du Canada remonte à 1883. Sur la plus grande partie
de sa répartition au Canada le millepertuis a été
combattu avec succès par l'introduction d'insectes qui se nourrissent
uniquement de cette plante. Vers 1930, en Australie la lutte biologique
contre le millepertuis a commencé par l'introduction de trois chrysomèles
qui s'attaquent uniquement au millepertuis dans son habitat d'origine
en Europe. Ce sont Chrysolina hyperici de la région atlantique,
Chrysolina quadrigemina de la région méditerranéenne
et Anaitis plagiata du nord de l'Europe. Pendant les années 1950,
on a importé et libéré en Ontario les trois espèces
dans le but de mener une lutte biologique similaire contre le millepertuis.
À l'heure actuelle c'est Chrysolina quadrigemina qui prédomine.
Description
La chrysomèle du millepertuis (Chrysolina quadrigemina) fait partie
des chrysomélidés, la même famille d'insectes que
le doryphore de la pomme de terre. Elle présente une forme et des
habitudes similaires à ce ravageur commun et destructeur des solanacées.
Quand on la dérange, la chrysomèle se laisse tomber de la
plante et " fait la morte " au sol. Elle s'attaque avec voracité
aux larves et aux adultes.
Cette chrysomèle existe en quatre couleurs, bronze, vert métallique
et bleu métallique, de même qu'une sorte de pourpre qui n'a
pas été récemment observée en Ontario. Les
chrysomèles de couleur bronze dépassent en nombre celles
de couleur bleue, dans une proportion d'environ neuf sur un. La chrysomèle
verte se trouve rarement. Le reflet métallique sur leurs élytres
(couvertures alaires) est particulier.
Dommages
La défoliation atteint son paroxysme la semaine avant la floraison
et continue quand la floraison est à son apogée, au moment
de la récolte des fleurs pour usage médicinal. Dans des
parcelles d'observation de millepertuis datant de trois ans, on a dénombré
jusqu'à 97 ravageurs par plants. Les chrysomèles se nourrissaient
surtout des feuilles et les fleurs du sommet étaient relativement
peu touchées.
Cycle biologique
Les chrysomèles se nourrissent des feuilles. Dans d'autres juridictions,
les ravageurs survivent à l'hiver sous la forme d'oeufs qui éclosent
tôt au printemps. En Ontario, on ignore si les chrysomèles
passent l'hiver sous la forme de larves ou d'oeufs. Les larves ressemblent
à celles du doryphore de la pomme de terre. La recherche a indiqué
que les larves et les adultes accumulent de l'hypéricine qu'ils
ont ingéré des plants. La quantité d'hypéricine
dans les larves est suffisante pour les rendre photosensibles et leurs
habitudes d'alimentation semblent refléter cette accumulation.
Très jeunes les larves se nourrissent seulement de nuit et elles
restent cachées dans les bourgeons des feuilles terminales pendant
les heures d'ensoleillement maximal. Plus âgées elles ne
se nourrissent qu'à la naissance de l'aube. Elles s'enfouissent
dans le sol pendant le jour et y restent jusqu'à l'aube du jour
suivant. À maturité les larves se pupifient dans le sol.
Les insectes adultes émergent du sol vers la première semaine
de juin. Les chrysomèles adultes se nourrissent abondamment jusqu'au
milieu ou à la fin juillet. Les élytres (couvertures alaires)
ne laissent passer presque aucune lumière et l'hypéricine
ne peut " s'activer ". Les insectes adultes hésitent
à voler d'un plant à l'autre. Quand les élytres sont
ouverts pendant le vol, la lumière peut pénétrer
dans la cuticule, activant l'hypéricine qui leur est toxique. Les
adultes se déplacent seulement quand ils sont menacés de
mourir de faim.
Vers le milieu ou la fin juillet, les chrysomèles adultes entrent
en diapause d'été, s'enfouissant dans le sol et " se
reposant " jusqu'à ce qu'elles soient prêtes à
s'accoupler et à pondre des ufs. Dans les parcelles témoins,
aucun accouplement n'a été observé pendant que les
chrysomèles se nourrissent en début de saison. Ce type de
diapause comporte des risques élevés pour les insectes.
À la mi août 80 % des chrysomèles enfouies dans le
sol auront succombés à la prédation dans les parcelles
témoins. Les prédateurs les plus prévalents sont
de la famille des Carabidae.
Lien avec l'anthracnose

Lésion d'une tige de millepertuis causée
par l'anthracnose
Lors d'une recherche menée dans onze différents sites en
Ontario, on a constaté dans tous des signes d'infection due à
l'anthracnose. L'identification préliminaire de Colletotrichum
gloeosporioides a été effectuée à partir d'isolats
prélevés des lésions des tiges. Cette maladie est
endémique en Nouvelle-Écosse où les chercheurs ont
remarqué qu'elle était propagée par la chrysomèle.
De plus, quand les lésions sur les tiges étaient combinées
à de la défoliation par les insectes, les plants étaient
détruits par l'hiver à 75 %.
Dans des milieux naturels en Ontario, on n'a trouvé des chrysomèles
qu'à l'occasion et l'anthracnose à de faibles niveaux n'avait
pas causé de cas graves de dépérissement de la cime
des tiges. La situation était très différente dans
le millepertuis cultivé.
L'anthracnose était répandue dans la plupart des plants
de millepertuis cultivés. Sur les plants cultivés les lésions
dues à l'anthracnose étaient importantes, allant jusqu'à
ceinturer et étouffer la tige, le plant pouvait être touché
en entier. La maladie continuait de progresser pour affecter les plants
dans leur entier. Elle se répandait plus vite sur les plants transplantés
dans des paillis plastiques. À moins d'être totalement anéantis,
les plants de deux ans ayant succombé à l'anthracnose repoussaient
au printemps suivant. Les producteurs commerciaux ont signalé que
ces plants pouvaient être récoltés pour les fleurs
mais que le poids total de la récolte était réduit.
Le Colletotrichum est une maladie qui peut être transmise par les
semences. Les exploitants qui produisent leurs propres plants à
repiquer doivent être vigilants et obtenir des semences exemptes
de maladie.

Relation entre les espèces de chrysomèles
et l'anthracnose dans le millepertuis
Dans les cultures de millepertuis, deux facteurs entrent en jeu et menacent
la survie des plants :
- les populations de chrysomèles peuvent être très
élevées dans la troisième année de culture;
- la maladie peut être introduite par les semences et son incidence
être plus élevée que dans les peuplements sauvages.
La combinaison des attaques par la chrysomèle et des effets de
la maladie peut causer des dommages plus considérables aux cultures
que seulement l'un ou l'autre de ces ennemis. De récentes études
ont indiqué un lien direct entre la gravité des dommages
causés par les ravageurs qui se sont nourris et le degré
de gravité de la maladie.
Références
- Campbell C.L. and J.P. McCaffrey. 1991. Population Trends, Seasonal
Phenology, and Impact of Chrysolina quadrigemmina, C. hyperici (Coleoptera:
Chrysomelidae), and Agrilus hyperici (Coleoptera: Buprestidae) Associated
with Hypericum perforatum in Northern Idaho. Environ. Entomol. 20(1):
303-315
- Duffey S.S. and J.M. Pasteels. 1993. Transient uptake of hypericin
by chrysomelids is regulated by feeding behaviour. Physiological Entomology
20, 119-129
- Fields P.G., John T.Aenason and Bernard J.R.Philogene. 1989. Behavioural
and physical adaptations of three insects that feed on the phytotoxic
plant Hypericum perforatum. Can. J. Zool. 68: 339-346
- Hildebrand P.D. and K.I.N. Jensen. 1991. Potential for the biological
control of St. John's-wort (Hypericum perforatum) with an endemic strain
of Colletotrichum gloeosporioides. Can J. Plant Pathol. 13: 60-70
- Morrison Kimberley D., Edward G.Reekie and Klaus I.N.Jensen. 1998.
Biocontrol of common St. John'swort (Hypericum perforatum) with Chrysolina
hyperici and a Host-Specific Colletotrichum gloeosporioides. Weed Technol.
12: 426-43
La présente fiche d'information a été à l'origine
rédigée par Jan Schooley, auparavant spécialiste
du ginseng et des herbes médicinales, MAAARO