Le millepertuis et la chrysomèle

Table of Contents

  1. Introduction
  2. Chrysomèle du millepertuis
  3. Description
  4. Dommages
  5. Cycle biologique
  6. Lien avec l'anthracnose
  7. Références

Introduction

Le millepertuis et la chrysomèle

Le millepertuis et la chrysomèle

Le millepertuis a longtemps été considéré comme une plante avec des propriétés magiques ou folkloriques. À l'époque médiévale la croyance voulait qu'en mettant le pied sur la plante après la tombée de la nuit vous étiez transporté dans les cieux sur un cheval magique et vous reveniez sur terre seulement après le lever du soleil. Le millepertuis était partout appelé " la grâce de Dieu ". En Angleterre il servait contre la mélancolie, en Russie à guérir la rage et au Brésil à soigner les morsures de serpent. Les fleurs écrasées produisent un pigment rouge (hypéricine) dont l'apparence ressemble à du sang. Son nom en anglais (St. John's Wort) provient du fait que la récolte des fleurs est d'ordinaire effectuée autour du solstice d'été ou de la fête de la Saint-Jean, le 24 juin. C'est une herbe extrêmement attirante pour les chats et les rats et selon la légende ces derniers étaient sortis d'Hamelin en suivant le joueur de flûte. Par ailleurs, elle exerce aussi un très grand pouvoir d'attraction pour certaines espèces de chrysomèles.

De nos jours le millepertuis est l'une des herbes médicinales les plus populaires. Il est largement utilisé en Europe pour traiter les cas de dépression légère. Il possède aussi des propriétés antivirales et antibactériennes et il favorise le rétablissement des nerfs malades.

Le produit chimique le plus souvent associé au millepertuis est l'hypéricine, qui sert de " repère " de l'activité médicinale. De récentes recherches ont révélé que cette herbe médicinale pourrait recéler jusqu'à 50 produits chimiques dotés de propriétés médicinales diverses. Comme c'est le cas de nombreuses autres herbes médicinales, les nombreuses propriétés médicamenteuses de cette herbe ne peuvent être attribuées à une seule substance.

En plus d'être une herbe médicinale reconnue, le millepertuis est aussi une mauvaise herbe très nuisible des pâturages de certaines régions de l'Amérique du Nord. Comme de nombreux animaux d'élevage qui broutent du millepertuis réagissent à l'hypéricine, cette mauvaise herbe a fait l'objet de l'un des premiers programmes de lutte biologique qui a connu un franc succès.

Chrysomèle du millepertuis

D'origine européenne, le millepertuis a d'abord été introduit en Amérique du Nord en 1793 en Pennsylvanie. Son établissement dans l'Est du Canada remonte à 1883. Sur la plus grande partie de sa répartition au Canada le millepertuis a été combattu avec succès par l'introduction d'insectes qui se nourrissent uniquement de cette plante. Vers 1930, en Australie la lutte biologique contre le millepertuis a commencé par l'introduction de trois chrysomèles qui s'attaquent uniquement au millepertuis dans son habitat d'origine en Europe. Ce sont Chrysolina hyperici de la région atlantique, Chrysolina quadrigemina de la région méditerranéenne et Anaitis plagiata du nord de l'Europe. Pendant les années 1950, on a importé et libéré en Ontario les trois espèces dans le but de mener une lutte biologique similaire contre le millepertuis. À l'heure actuelle c'est Chrysolina quadrigemina qui prédomine.

Description

La chrysomèle du millepertuis (Chrysolina quadrigemina) fait partie des chrysomélidés, la même famille d'insectes que le doryphore de la pomme de terre. Elle présente une forme et des habitudes similaires à ce ravageur commun et destructeur des solanacées. Quand on la dérange, la chrysomèle se laisse tomber de la plante et " fait la morte " au sol. Elle s'attaque avec voracité aux larves et aux adultes.

Cette chrysomèle existe en quatre couleurs, bronze, vert métallique et bleu métallique, de même qu'une sorte de pourpre qui n'a pas été récemment observée en Ontario. Les chrysomèles de couleur bronze dépassent en nombre celles de couleur bleue, dans une proportion d'environ neuf sur un. La chrysomèle verte se trouve rarement. Le reflet métallique sur leurs élytres (couvertures alaires) est particulier.

Dommages

La défoliation atteint son paroxysme la semaine avant la floraison et continue quand la floraison est à son apogée, au moment de la récolte des fleurs pour usage médicinal. Dans des parcelles d'observation de millepertuis datant de trois ans, on a dénombré jusqu'à 97 ravageurs par plants. Les chrysomèles se nourrissaient surtout des feuilles et les fleurs du sommet étaient relativement peu touchées.

Cycle biologique

Les chrysomèles se nourrissent des feuilles. Dans d'autres juridictions, les ravageurs survivent à l'hiver sous la forme d'oeufs qui éclosent tôt au printemps. En Ontario, on ignore si les chrysomèles passent l'hiver sous la forme de larves ou d'oeufs. Les larves ressemblent à celles du doryphore de la pomme de terre. La recherche a indiqué que les larves et les adultes accumulent de l'hypéricine qu'ils ont ingéré des plants. La quantité d'hypéricine dans les larves est suffisante pour les rendre photosensibles et leurs habitudes d'alimentation semblent refléter cette accumulation.

Très jeunes les larves se nourrissent seulement de nuit et elles restent cachées dans les bourgeons des feuilles terminales pendant les heures d'ensoleillement maximal. Plus âgées elles ne se nourrissent qu'à la naissance de l'aube. Elles s'enfouissent dans le sol pendant le jour et y restent jusqu'à l'aube du jour suivant. À maturité les larves se pupifient dans le sol. Les insectes adultes émergent du sol vers la première semaine de juin. Les chrysomèles adultes se nourrissent abondamment jusqu'au milieu ou à la fin juillet. Les élytres (couvertures alaires) ne laissent passer presque aucune lumière et l'hypéricine ne peut " s'activer ". Les insectes adultes hésitent à voler d'un plant à l'autre. Quand les élytres sont ouverts pendant le vol, la lumière peut pénétrer dans la cuticule, activant l'hypéricine qui leur est toxique. Les adultes se déplacent seulement quand ils sont menacés de mourir de faim.

Vers le milieu ou la fin juillet, les chrysomèles adultes entrent en diapause d'été, s'enfouissant dans le sol et " se reposant " jusqu'à ce qu'elles soient prêtes à s'accoupler et à pondre des œufs. Dans les parcelles témoins, aucun accouplement n'a été observé pendant que les chrysomèles se nourrissent en début de saison. Ce type de diapause comporte des risques élevés pour les insectes. À la mi août 80 % des chrysomèles enfouies dans le sol auront succombés à la prédation dans les parcelles témoins. Les prédateurs les plus prévalents sont de la famille des Carabidae.

Lien avec l'anthracnose

Lésion d'une tige de millepertuis causée par l'anthracnose

Lésion d'une tige de millepertuis causée par l'anthracnose

Lors d'une recherche menée dans onze différents sites en Ontario, on a constaté dans tous des signes d'infection due à l'anthracnose. L'identification préliminaire de Colletotrichum gloeosporioides a été effectuée à partir d'isolats prélevés des lésions des tiges. Cette maladie est endémique en Nouvelle-Écosse où les chercheurs ont remarqué qu'elle était propagée par la chrysomèle. De plus, quand les lésions sur les tiges étaient combinées à de la défoliation par les insectes, les plants étaient détruits par l'hiver à 75 %.

Dans des milieux naturels en Ontario, on n'a trouvé des chrysomèles qu'à l'occasion et l'anthracnose à de faibles niveaux n'avait pas causé de cas graves de dépérissement de la cime des tiges. La situation était très différente dans le millepertuis cultivé.

L'anthracnose était répandue dans la plupart des plants de millepertuis cultivés. Sur les plants cultivés les lésions dues à l'anthracnose étaient importantes, allant jusqu'à ceinturer et étouffer la tige, le plant pouvait être touché en entier. La maladie continuait de progresser pour affecter les plants dans leur entier. Elle se répandait plus vite sur les plants transplantés dans des paillis plastiques. À moins d'être totalement anéantis, les plants de deux ans ayant succombé à l'anthracnose repoussaient au printemps suivant. Les producteurs commerciaux ont signalé que ces plants pouvaient être récoltés pour les fleurs mais que le poids total de la récolte était réduit.

Le Colletotrichum est une maladie qui peut être transmise par les semences. Les exploitants qui produisent leurs propres plants à repiquer doivent être vigilants et obtenir des semences exemptes de maladie.

Relation entre les espèces de chrysomèles et l'anthracnose dans le millepertuis

Dans les cultures de millepertuis, deux facteurs entrent en jeu et menacent la survie des plants :

  • les populations de chrysomèles peuvent être très élevées dans la troisième année de culture;
  • la maladie peut être introduite par les semences et son incidence être plus élevée que dans les peuplements sauvages.

La combinaison des attaques par la chrysomèle et des effets de la maladie peut causer des dommages plus considérables aux cultures que seulement l'un ou l'autre de ces ennemis. De récentes études ont indiqué un lien direct entre la gravité des dommages causés par les ravageurs qui se sont nourris et le degré de gravité de la maladie.

Références

  1. Campbell C.L. and J.P. McCaffrey. 1991. Population Trends, Seasonal Phenology, and Impact of Chrysolina quadrigemmina, C. hyperici (Coleoptera: Chrysomelidae), and Agrilus hyperici (Coleoptera: Buprestidae) Associated with Hypericum perforatum in Northern Idaho. Environ. Entomol. 20(1): 303-315
  2. Duffey S.S. and J.M. Pasteels. 1993. Transient uptake of hypericin by chrysomelids is regulated by feeding behaviour. Physiological Entomology 20, 119-129
  3. Fields P.G., John T.Aenason and Bernard J.R.Philogene. 1989. Behavioural and physical adaptations of three insects that feed on the phytotoxic plant Hypericum perforatum. Can. J. Zool. 68: 339-346
  4. Hildebrand P.D. and K.I.N. Jensen. 1991. Potential for the biological control of St. John's-wort (Hypericum perforatum) with an endemic strain of Colletotrichum gloeosporioides. Can J. Plant Pathol. 13: 60-70
  5. Morrison Kimberley D., Edward G.Reekie and Klaus I.N.Jensen. 1998. Biocontrol of common St. John'swort (Hypericum perforatum) with Chrysolina hyperici and a Host-Specific Colletotrichum gloeosporioides. Weed Technol. 12: 426-43

La présente fiche d'information a été à l'origine rédigée par Jan Schooley, auparavant spécialiste du ginseng et des herbes médicinales, MAAARO


Auteur : Sean Westerveld -Spécialiste de la culture du ginseng et des herbes médicinales, MAAARO
Date de création : Non disponible
Dernière révision : 10 decembré 2010

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