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Implanter un verger de pommiers haute densité avec tuteurage

Auteur : John Gardner - spécialiste en pomiculture/MAAARO
Date de création : 15 janvier 1998
Dernière révision : 15 novembre 2005

Deuxième partie : choisir des arbres pour la plantation

Table des matières

  1. Qualité et origine des arbres de pépinière
  2. Densité de plantation
  3. Choix de porte-greffes
  4. Sélection des cultivars
  5. Pollinisation

Qualité et origine des arbres de pépinière

Les pomiculteurs font souvent une grave erreur lorsqu'ils passent à un mode haute densité avec support en ne choisissant pas un arbre de qualité provenant d'une pépinière. Sans un arbre convenable, on réduit de beaucoup les avantages d'un système haute densité. Les arbres qui ne s'établissent pas rapidement font grandement monter les frais liés à un mode de conduite déjà coûteux. Ce délai peut suffire pour éliminer l'avantage économique que représente ce mode de conduite et décourager le pomiculteur qui essaie cette approche pour la première fois. On recommande de commander les arbres au moins deux ans avant la plantation. De cette façon, on a plus de chance d'obtenir les cultivars et les porte-greffes de la qualité souhaitée.

Arbre pourvu de branches latérales

On le considère comme l'arbre de pépinière idéal et il coûte plus cher qu'un fouet conventionnel de un an. Faut-il payer plus cher pour obtenir l'arbre idéal? Sans conteste oui, car si on ajoute à ces frais les pratiques de gestion nécessaires, on optimise le rendement d'une plantation haute densité de qualité. Même avec l'arbre idéal, si on omet les soins adéquats, le rendement ne pourra justifier le coût. Un arbre de haute qualité dans un verger adéquatement géré peut donner un rendement qui équivaut bien des fois à l'investissement de départ.

Définitions

Branche latérale - une pousse latérale produite la même année que la flèche.

Rameau - une pousse auxiliaire plus jeune d'une ou de plusieurs années que la flèche.

On ne dira jamais assez combien il importe d'utiliser un arbre de qualité en mode haute densité avec support. Il doit avoir été spécialement préparé pour produire immédiatement des fruits à un jeune âge. Le pomiculteur voudra planter le pommier idéal, celui dont le couvert structuré est déjà en place, avec des boutons à fruits (voir figure 1).

Cet arbre doit être pourvu d'un axe central dominant, appelé flèche, d'une hauteur entre 1,7 et 2 m (5-6 pi), incluant les racines. Il porte de 5 à 7 branches latérales de bonne qualité, dont le diamètre est presque égal. La première branche latérale doit prendre naissance à au moins 60 cm (24 po) au-dessus de la surface du sol du verger, après la plantation. Ces branches latérales doivent être bien distribuées, le long de l'axe central et autour, bien disposées pour devenir des branches charpentières permanentes à mesure que l'arbre se développe. Une branche latérale de bonne qualité est d'une longueur de 15 à 20 cm au minimum, de préférence plus longue.

Exemple d'un arbre bien pourvu en branches latérales

Figure 1 : Exemple d'un arbre bien pourvu en branches latérales

Fouet de 1 an

Un fouet de 1 an n'offre pas la même efficacité qu'un arbre bien pourvu de branches latérales. Un arbre ramifié de 2 ans est encore moins acceptable dans les systèmes haute densité. Si l'on choisit les " fouets ", ils doivent être d'un calibre minimal, ou d'un diamètre de 2 à 5 cm au-dessus de la reprise de la greffe (5/8 po). Avec des fouets, la technique de l'ensachage permet d'améliorer le développement.

Densité de plantation

Jusqu'à ce que de plus nombreux pomiculteurs maîtrisent le verger haute densité avec support, on suggère une densité d'environ 1 500 à 1 800 arbres par hectare (600 à 720 arbres par acre) comme introduction à ce mode. Il faut laisser entre les arbres dans le rang une distance d'environ 1,5 m (5 pi), on pourrait même s'accommoder de 1,2 m (4 pi) ou 1,8 m (6 pi) selon le cultivar, le porte-greffe, la capacité du sol et le tuteurage. L'écartement entre les rangs est dicté par l'équipement employé et on suggère de 3,6 à 4,3 m (de 12 à 14 pi).

Nombre d'arbres par acre selon l'écartement
Écartement entre les rangs d'arbres (en m) Distance entre les arbres dans la même rangée (en m)
1,2 (4 pi) 1,5 (5 pi) 1,8 (6 pi) 2,1 (7 pi) 2,4 (8 pi)
2,7 (9 pi) 1210 968 807 691 605
3,0 (10 pi) 1089 871 726 622 545
3,3 (11 pi) 990 792 660 566 495
3,6 (12 pi) 908 726 605 519 454
4,0 (13 pi) 838 670 558 479 419
4,3 (14 pi) 778 622 519 444 389
4,6 (15 pi) 726 581 484 415 363
4,9 (16 pi) 681 545 454 389 340

 

Plus la hauteur finale de l'arbre sera élevée, plus l'écartement doit être grand entre les rangs pour une interception optimale du flux lumineux. Lors des premières tentatives en mode fuseau élancé (décrit plus loin), on a constaté un bon rendement avec une distance de 1,5 m (5 pi) entre les arbres et un écartement de 3,6 m (12 pi) entre les rangs dans d'autres régions du Canada. Pour le mode en axe vertical (décrit plus loin), des distances de 1,5 m (5 pi) et de 4,3 m (14 pi) ont donné de bons résultats.

Pour une interception optimale du flux lumineux, on verra à maintenir entre les rangs un écartement qui équivaut de 1,3 à 1,5 fois la hauteur finale de l'arbre.


Choix de porte-greffes

On peut choisir parmi plusieurs porte-greffes pour le verger haute densité tuteuré. Dans ce type de plantation, le porte-greffe doit : maîtriser la taille de l'arbre, réduire la vigueur et favoriser la précocité (mise à fruits précoce). On conseille d'abord le M.9, que l'on trouve idéal pour son adaptabilité éprouvée dans les plantations haute densité. D'autres porte-greffes comme le Ottawa 3 (O.3), le Budagovsky 9 (B.9), le Poland 2 (P.2) et le MARK démontrent aussi de bonnes facultés d'adaptation, mais il faut éviter d'expérimenter avec d'autres avant d'avoir bien maîtrisé le M.9.

Le porte-greffe Malling 9 (M.9) produit des arbres qui atteignent de 20 à 35 % de la taille des arbres standard, qui sont très précoces et très productifs. Comme ses racines sont cassantes et se brisent aisément, l'ancrage laisse à désirer. Les arbres conduits sur M.9 ne devraient pas être cultivés dans un sol sablonneux, à texture légère, sans irrigation supplémentaire. Il est tolérant à la nécrose du collet et connaît une bonne croissance dans des sols plus lourds où le drainage est adéquat. Toutefois, le M.9 est sensible au feu bactérien et au puceron lanigère du pommier. Il existe de nombreux sous-clones de M.9 libres de tout virus, qui sont le résultat d'un traitement à la chaleur et qui découlent d'une sélection destinée à faciliter la propagation en couche et à obtenir une plus grande vigueur de l'arbre dans le verger. Il faut toutefois être prudent avec ce porte-greffe dans les zones de culture plus froides de l'Ontario, ou celles qui manquent fréquemment de couvert de neige. Le M.9 est moins tolérant dans des sols chauds pendant la saison de culture. Parmi les souches les plus vigoureuses du M.9, notons Pajam 2 et RN29.

Le M.26 peut aussi être modifié pour un système haute densité tuteuré avec certains cultivars, surtout de type spur. Le M.26 est très influencé par les conditions du sol. Il tolère mal la sécheresse et peut facilement devenir " rabougri " sur des sols sablonneux légers, sans irrigation supplémentaire. Il va bien sur les sols de texture intermédiaire ou plus lourde si le drainage est adéquat. Bien que modérément résistant à la nécrose du collet, le M.26 n'offre pas un rendement satisfaisant dans les zones mal drainées. Il est très vulnérable au feu bactérien et au puceron lanigère du pommier.

Porte-greffes à l'essai

Le porte-greffe MARK est un arbre de semis à pollinisation libre de M.9 qui a été lancé par la Michigan State University. Il est précoce et présente un rendement similaire au M.9. Le MARK pousse bien dans des sols plus humides et plus lourds, il est résistant à la nécrose du collet. Il est vulnérable au feu bactérien et au puceron lanigère du pommier. Des récoltes abondantes dès les premières années peuvent ralentir la croissance et réduire la taille des fruits plus tard. Les essais de porte-greffes ont démontré que le MARK est souvent atteint de bourrelets à la ligne du sol et que de fines racines se forment dans cette zone. Ce bourrelet peut nuire à la circulation de l'eau et des éléments nutritifs des racines vers le sommet de l'arbre. Ce phénomène ne se produit pas autant dans des sols plus humides et plus lourds où le climat est frais et humide. Le problème semble pire dans des conditions arides, sèches et chaudes. Le porte-greffe MARK doit toujours être tuteuré pour réduire ce problème.

Dans les conditions climatiques plus fraîches de l'Ontario, avec les porte-greffes 0ttawa 3, Budagovsky 9 et Polish 2, mieux acclimatés à l'hiver, on réduit le risque de perdre des arbres dans les vergers haute densité.

V.1 - Porte-greffe endurci et très productif issu du programme de sélection de Vineland, Ontario. Il est résistant au feu bactérien et présente une vigueur similaire au M26.

Ottawa 3 (O.3) est un porte-greffe précoce, acclimaté à l'hiver en provenance d'Ottawa, issu du croisement d'un M.9 avec le cultivar de pommetier " Robin ". Le Ottawa 3 produit un arbre dont la taille se situe entre celle du M.9 et celle du M.26. La difficulté de propagation du 0.3 en couche a nui à sa popularité et à sa disponibilité. Il est résistant à la nécrose du collet mais il est sensible au feu bactérien et au puceron lanigère du pommier.

B.9 est l'un des porte-greffes endurcis de la série Budagovsky produit au collège d'horticulture de Michurin en Russie. Il affiche un nanisme similaire au M.9, mais il est mieux endurci à l'hiver. Le B.9 peut être sensible au feu bactérien, au puceron lanigère du pommier, mais il est plus résistant à la nécrose du collet que le M.9.

P.2 est un porte-greffe polonais aussi précoce que le M.9, avec un potentiel de rendement semblable. Il est aussi acclimaté à l'hiver que le 0.3 et le B.9. Le porte-greffe P.2 est résistant à la nécrose du collet, mais il est sensible au feu bactérien et au puceron lanigère du pommier. Il ne produit pas de drageons racinaires, il présente peu de broussins, mais ne se propage pas facilement.

G.30 est un porte-greffe résistant au feu bactérien issu du programme de sélection de Cornell University dans l'État de New York. Il peut être trop vigoureux pour les systèmes haute densité. Il est aussi sujet à un point de greffe faible avec des cultivars comme la pomme " Gala ".


Sélection de cultivars

Le choix des cultivars pour les plantations à venir SERA DIFFICILE. Le premier avantage d'un système haute densité tuteuré est sa capacité à amener le cultivar à produire tôt. En plus de recouvrer ainsi plus tôt le coût initial de la plantation, les pomiculteurs bénéficient des avantages de nouveaux cultivars qui produisent des pommes se vendant à prix plus élevé sur le marché. Si l'on plante un verger haute densité tuteuré de cultivars avec un faible potentiel de rendement sur le marché, on perd les avantages d'un système de production intensif.

Parmi les cultivars traditionnellement utilisés en Ontario, ceux de type semi-spur, comme Empire et Idared, sont bien adaptés aux systèmes haute densité tout comme les pommiers de type spur, par exemple McIntosh et Delicious. Les pommiers non de types spur posent plus de difficultés à cause de leur vigueur, mais on arrive à les gérer. Certaines des nouvelles souches de cultivars plus anciens comme la Cortland se développent de façon plus conviviale, ils sont de type semi-spur, et sont mieux adaptées à la plantation haute densité que les souches standard d'origine.

Lorsqu'on établit de nouvelles plantations de McIntosh et de Delicious, il ne faut utiliser que les souches de la meilleure qualité de ces cultivars. Ces deux cultivars doivent être plantés dans les régions permettant d'atteindre la meilleure qualité possible. La McIntosh doit être confinée dans les zones de la province qui sont en mesure de produire un fruit avec toute la couleur et la fermeté qu'on lui connaît sur le marché.

Les nouveaux cultivars tels Honeycrisp, Ambrosia, Braeburn, Elstar, Fuji, Gala, Golden Supreme et Shizuka sont prometteurs pour certains pomiculteurs, s'ils sont en mesure de les faire produire immédiatement. Certains distributeurs de pommes de l'Ontario ont indiqué que les pomiculteurs devraient aller de l'avant avec ces nouveaux cultivars s'ils veulent occuper une bonne place sur le marché et concurrencer les importations. Toutefois, peu importe le cultivar, c'est le calibre qui prend de plus en plus d'importance pour le marché en Ontario. Les pomiculteurs doivent répondre à la demande en offrant des fruits dont la qualité et le calibre répondent aux demandes du marché. Tous les pomiculteurs devraient disposer d'un mélange de cultivars pouvant être récoltés de façon séquentielle au moment opportun. Le pomiculteur serait avisé de consulter son distributeur avant de planter tout cultivar.


Pollinisation

La récolte, surtout la récolte précoce, est un facteur primordial de la gestion. Il faut faire le maximum pour s'assurer de produire les fruits. Pour une pollinisation efficace, il faut qu'au moins un arbre sur dix représente une source de pollen compatible. Généralement, les arbres pollinisateurs sont dispersés uniformément au travers du verger, ou en rangs solides de manière à ce qu'aucun pommier ne se trouve à une distance de plus de 30 m (100 pi) de l'un d'eux.

Pour être efficace, le cultivar pollinisateur connaît une floraison régulière chaque année et il présente une quantité de pollen durable. Il doit fleurir en même temps que le cultivar que l'on doit polliniser. En cas de cultivars triploïdes (p. ex., Crispin, Jonagold) qui ne présentent pas de pollen viable, il faut deux pollinisateurs pour obtenir un rendement acceptable.

La présence de trois cultivars permet de répondre aux exigences de pollinisation de tous les trois, même si l'un d'eux n'a rien à contribuer. Certains pomiculteurs s'intéressent à l'utilisation des pommetiers. Consulter la fiche technique « Utilisation de pommetiers pour la pollinisation des pommiers », Agdex 211/21, pour plus de détails.

 

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